‹ Napoléon: poèmeChapitre 10 sur 13 · WATERLOO · texte numérisé non relu

WATERLOO

Au champ de Waterloo les épis blonds mûrissent. Les bluets^ dans la nielle^ avant Faube fleurissent. Avant le laboureur et ses fils rassemblés , L^alouette quêteuse a glané dans les blés.

Quand la gerbe est liée et que le chaume brille y Où sont les moissonneurs , et que fait la faucille?

Les inoissonneui*8 au bois errent dès 1^ matin ;

La ferme abandonnée est cachée au ravin.

Le char fuit en criant sur la route pavée.

La colombe rustique appelle sa couvée ;

Bléroe est la terre , au loin , sans source , ni gazon ;

Et rimmense forêt tressaille à Fhorizon.

Au verger d'Hougoumont , où blanchit Taubépine, La génisse flamainde a foiilé Téglanitine.

Holà! le bouc errant insulte le chevreau.

Va , berger , hâte-toi^ de paître ton troupeau. Sinon y avant demain , sur le bord de la haie Le bœuf aura rongé le bon grain et l'ivraie.

Comment, àMont-Saint-Jçaxi ^ au champ an l^ureur, Le chevrier d'Ecosse, ept^il venu scms peur Sonner sa cornem^^? ^t jd^os jl'ardei^te plaine. Qu'enfermcQt Plai^c|ieqoit, Rossonune, Merket)raine^ Goniment les mpntagnards qés apf monts de Glenco , Oni-ils qpprîs leurs chants et leurs noms à Téeho?

Ckmimenty àMont^inMean, les moissonneursdes îles Se sont-ils partagés dans leurs sillons fertiles ? Que faisaient là y sans soc , sans herse et sans fléau , Les bouviers d'Albion? Comment à Waterloo Avec Fherbe, en un soir, les faucheurs desflébrides Ont-ils fauché le cèdre éclos aux pyramides?

Oh ! les hardis bouviers 1 oh ! les bons moissonneurs! Pour de rudes troupeaux, db t les rudes pasteurs! Ecoutez I écoutez ! comment dans la prairie Sonne leur cornemuse. « A moi, bouc de Gambrie! M A moi 1 chevreau d'Ecosse I ou , bientôt les aigtofis » Vivant t'emporteront au sommet des vallons \ » A moi! brebis des clansl à moi bélier d'Irlamie! » Aiguise là ta corne et cherche ta guirlande I

» Fais sonner à ton cou ta clochette d'acier ! » Sinon , tu te perdras au détour du sentier I » A moi, bœufs des Douglas, d'Erin et d'Angleterre, » Qui, sous un même joug, rongez même bruyère!

S40 itES BERGERSv

» Mieux qu'au pays des lacs, eu vôtre âùge d'airain, )> Dans le bois d'Rougoumont, vous mugirez demain. »

Et comme dans la Flandre , au moment de Forage, Un berger, «n Bifflant, appelle au pâturage La génisse et le bœuf; ainsi vers leur sillon Maints peuples, rassemblés sous un même aiguillon^ Suivaient la cornemuse; et Therbe dès clairières . Sons leurs pas, desséchée, entassait leurs litières.

Au loin , fumaient le chaume et le toit des hameaux. On entendait dans Taîr le vol lourd des corbeaux. Au loin, les chiens hurlaient sur leur seuil laoïéntable; Et la Belle- Alliance ouvrait sa grande étable. D^avance la vallée avait , dans les lieux bas , Creusé son lit d'ivraie au torrent des combats.

Le jour luit; mais ce soir , avant la nuit profonde , Oui , ce soir , non plus tard , à qui sera le inonde? Qui restera debout, Finsecte, ou le géant, Le passé , Tavenir , le siècle ou le néant ?

Empire , peuple ou roi , quelle herbe moissonnée Sera loin de son champ rejetée et fanée?

Le jour luit... mais, ce soir qui portera le deuil? Qui cherchera son uom épars sur son écueil?

Et lequel vaut le mieux , quand on joue un royaume, Ou rhommeou le hasard ^ le brin d'herbe oudechaume, Ou rhysope ou le cèdre , pu la haine , ou Famour? Il le faut décider avant la fin du jour.

Pour la dernière fois , sur sa cime escarpée , Âh! comment combattra Tépéeavec Tépée?

Avant de dépouiller. pour jamais son cimier, Gomment liiira le casque au front du cavalier? Et comment les chevaux , à Técume sanglante , Ce soir , rongeront-ils le frein de répouvante?

Il pleut 1 le chaume tremble et siffle au bord de Teau ;

Et la grêle a brisé le toit de Waterloo.

Le tonnerre bondit comme un fléau sur Taire...

Non 1 ce n^est pas la grêle ; et là-bas , le tonnerre

N'a jamais retenti. Ce sont des escadrons

Qui s'écroulent ensemble à la voix des clairons.

LORAGE: 345,

Ah ! maréchal Grouchy 1 que tardez-vous encore? N'avez-vous pas senti trembler , avant Faurore , La terre sous vos pieds? Oh I n^entendez-vous pas Les canons aboyer sur le seuil des combats?

Aux armes t croyeMnoi ! non , ce n'est pas un rêve. Accourez ! accourez par le ch^nin du glaive I

La bataille a grandi y comme un feu sur un mont. Voyez! que Tombreauloin^ dansleboisd'Hougoumout Est pesante à midi ! sur sa branche livide Que la fleur est fanée , et le feuillage aride! Celui qui j par hasard > s^nçlort dans son sentier ^. Jamais ne reverra son toit,, ni son foyer.

Où vont ces chevaux gris qiii sortent dé Fétable ? Leurs selles sont d'acier ; leurs pieds creusent le sable. Leurs cavaliers ont dit * Ecosse pour toujours! Mais Técho leur répond par le cri des vautours : Va ! montagnard de Perth , ta vallée est amère. Là-bas, le lion rouge^ a franchi ta barrière.

' Nom donné par les soldats au maréchal Ney.

— C^68t Theure! ils sont à nous! en avant! en ayant! Tambours! battez la charge! et Tarme blanche au vent* Vous , Ney , marchez en tête , et sapez la muraille. Tous ces hommes d'airain croulent sous la niitraille : Bien! France! encore un coup! comme un hardi b^ier Heurte là d'Albion le bouc au front d'acier.

Plus près! plus près encart visage sur visage! Le canon à Tépée a frayé le passage.

L'épéé en son chemin peut entrer jusqu^au bout. En son vase de fer le combat fume et bout.

Plus près! plus près encor! poitrine sur poitrine! Sang pour sang! mort pour mort! ruine pour ruine!

Garde à vous! tout va bien. Le boulet suit Téclair. 11 pleut, il pleut du fer, quand les cieuxsont de fer. La terre au loin pâlit où la bombe TefOeure.

Si le glaive poursuit sa tâche encore une heure , Demain qui survivra pour creuser les tombeaux? La source des vivans se tarit en ses flots.

Tout Ya bien , Toeuvre avance; et la journée est belle;

Jusqu^en ses fondemens la bataille chancelle.

Sur le bord de son aire ^ où piane le de^in,

L Wmée a secoué ses deux ailes d^airain ^

Et du bec et de Fongle aiguisant leur armure ,

A ses petits aiglons divisé leur pâture.

Tout va bien ; et le fruit mûrit sur Tespalier.

Après le fantassin , vienne le cavalier

Pour le cueillir sans peine! et vienne aussi sans guide ,

Après le cavalier le vautour homicide!

Puis après le vautour , viennent les noirs corbeaux

Pour achever demain le festin des héros.

Quand les vivans sont las, si leur colère tombe ^

L^empereur leur sourit , comme un roi de la tombe ,

Sur son tertre monté , qui caresse le flanc

De son pâle cheval aux crins souillés de sang ;

En sa nue orageuse il cherche, son étoile ,

« Là-bas vers ce clocher où Thorizon se voile. »

346 LOAAGË.

Et les morts ^ oui , les; morts , oubliant leur blessure Reprennent leur colère et leur pesante armure. Comme font les vivans ^ pleins de haine et d^espoir , Tous ils ont , sans faillir , combattu jusqu^au soir , Muets pendant le jour y muets dans la nuit sombre; Et leurs corps à leurss pieds ne profetaient poii]^ d'ombre

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