‹ Napoléon, poème en dix chantsChapitre 4 sur 12 · CHANT TROISIEME · texte numérisé non relu

CHANT TROISIEME

Napoléon Empereur. — Guerre avec V Autriche et la Russie. — Campagne d^Austerlitz .

Un empire s'élève, et, fort dès son berceau, (1) De la grandeur du chef porte déjà le sceau. La France, sous les traits d'une fière amazone, Rayonnante de gloire, apparaît près du trône. Elle a quitté du deuil les lugubres couleurs ; Son front noble.est orné de guirlandes de fleurs ; Dans ses traits rajeunis brillent de nouveaux charmes, Et ses yeux pleins d'amour, chargés de douces larmes, Souriant au héros, auteur de son salut. D'un juste sentiment acquittent le tribut. Un peuple, retrempé comme au feu du génie. Contemple avec orgueil sa nouvelle patrie ; L'étincelle électrique a passé dans son cœur, Il s'enflamme et s'élance à la voix de l'honneur.

Les rois que l'Angleterre armait pour sa querelle, Avaient été vaincus, il ne restait plus qu'elle. Déjà sur l'Océan s'agitaient nos guerriers, (2)

(1) 18 Mai, 1804.

(2) L'Empereur au camp de Boulogne, 19 Juillet, 1804.

4a NAPOLEON. [Camfiagnt

Tout prêts à l'attaquer jusque dans ses foyers, Et déjà d'Albion les plages frémissantes Voyaient étinceler nos armes menaçantes, Lorsque, pour écarter un si pressant danger, Dans un affreux dédale on sut nous replonger.

Une trame nouvelle, habilement ourdie.

Ramène contre nous l'Autriche et la Russie. Napoléon, forcé de suspendre son plan, Rapelle ses guerriers des bords de l'Océan, fl) Renonçant cette fois à la lenteur Germaine, Et portant sur Munich son attaque soudaine, François s'était promis, par sa célérité. De dompter un rival jusqu'alors indompté. Mais, tel que l'on nous peint le maître du tonnerre. Quand il parcourt les cieux pour effrayer la terre. Napoléon franchit fleuves, monts et forêts. Renverse de François les superbes projets. Et les Aigles Germains, perdant leur arrogance, Ont abaissé leur vol devant l'Aigle de France. Déjà de toutes parts les agresseurs surpris Se refoulent, vaincus, jusque dans leur pays. L'Empereur des Français compte chaque journée Par les succès brillants dont elle est couronnée.

(1) 15 Fructidor, an 14.

d'Austerlitz.'] CHANT III, 4^

A Vertingen, Gunsbourg, l'ennemi confondu (1) Succombe sous le glaive, ou s'enfuit éperdu. Munich a vu briller nos armes triomphantes ; On presse des Germains les cohortes tremblantes. L'Empereur fond sur Ulm d'un vol précipité : (2) Un cercle impénétrable entoure la cité ; Les nombreux défenseurs qu'elle a dans son enceinte, Semblent la garantir d'une subite atteinte ; Mais l'aspect du héros et de ses étendards, La foudre déjà prête à briser les remparts. Font pâlir cette foule interdite et confuse ; Vous croiriez qu'elle a vu la tête de Méduse : Triomphe glorieux, qui, sans coûter de pleurs. Met une armée entière au pouvoir des vainqueurs !(3) Bientôt l'Inn est franchi, sur Braunau l'on s'avance : Rien ne peut des Français soutenir la présence. Quel bruit sur Dierstein attire mes regards ? (4) Quel tableau de la gloire et des fureurs de Mars ! Mortier, sachant au nombre opposer son génie. L'art, l'intrépidité d'une troupe aguerrie. Affronte le sarmate, et détruit un renfort. Orgueilleux précurseur des phalanges du Nord.

(1) 16 et 19 Vendémiaire, an 14.

(2) 25 idem.

(3) 20 Brumaire, an 14.

(4) 22 Brumaire, an 14.

44 NAPOLEON. [Camfiagne

La ville des Césars se rend sans résistance, Et reçoit dans ses murs le Monarque de France, (l) L'Empereur des Germains a quitté ce séjour : Aux bords de la Morave il transfère sa cour ; Là, joignant ses débris aux forces d' Alexandre, Qui des glaces du Nord accourt pour le défendre, Il espère en vainqueur rentrer dans ses états ; Mais déjà nos guerriers ont volé sur ses pas. Le sort, à ZuntersdorfF, vient encor nous sourire, Et François consterné sur Olmutz se retire. Alexandre, à Vischau, concentrant tous ses corps, Prépare contre nous de vigoureux efforts.

Des hordes qui du Don boivent l'onde sauvage. Et qui n'ont que l'instinct du meurtre et du pillage, Font plier sous leur poids quelques soldats Français:(2) Le Russe, enorgueilli par ces premiers essais. D'un triomphe assuré croit voir briller l'aurore. Dans un si fol espoir pour l'affermir encore, L'Empereur se retire au milieu de la nuit. Comme un vaincu tremblant que le vainqueur poursuit. Les ennemis, trompés par sa feinte retraite. Ne semblent déjà plus douter de sa défaite. Tout va de leur erreur épaissir le bandeau. Tout conspire à la fois à creuser leur tombeau.

(1) 25 Brumsùre, an 14.

(2) 7 Erim. an 14, à 9 heures du matin.

d'Austerlitz.'] CHANT III. 45

Pour épagner le sang que l'orgueil veut réprandre,

Savary près du Czar est chargé de se rendre.

Et de lui présenter l'olive de la paix.

Le Czar, avec honneur accueille le Français,

Au cri de la raison d'abord prête l'oreille.

Et dans son cœur ému l'humanité s'éveille ;

Mais les adulateurs, autour de lui pressés.

D'un jeune souverain conseillers insensés.

Exaltant à ses yeux la vaillance sarmate.

Lui présentent l'espoir d'un laurier qui le flatte :

" Le Français, disaient- ils, a tremblé devant vous,

" Demain, vous le verrez tomber à vos genoux :

"En vous offrant la paix, il trahit sa faiblesse,

" Sa retraite hâtée annonce sa détresse ;

" Sachez prouver, seigneur, à ces hommes si vains

" Qu'ils n'ont plus devant eux de timides Germains."

Cependant, Alexandre, avant le jour célèbre Qui pour les siens, pour lui, deviendra si funèbre, Dépêche à l'Empereur l'altier Dolgorouki : Arrivé dans le camp, l'aveugle favori Croit voir de la terreur la pâle contenance, Et juge ^es Français déjà vaincus d'avance. L'Empereur, se jouant de sa crédulité, Prend un air de réserve et de timidité ; Sûr de punir bientôt un orgueil téméraire,

46 NAPOLEON. \Camliagne

Il contient les transports de sa juste colère, Et sourit aux discours de ce jeune imprudent, Qui vient lui proposer un traité révoltant.

Au retour du Héraut dans le camp d'Alexandre, On l'entoure, on le presse, on brûle de l'entendre : " Je n'ai trouvé," dit-il, " que des fronts consternés, " Et des bras que la peur semble avoir enchainés.

Le sarmate, à ces mots, croyant tenir sa proie, Fait retentir au loin les éclats de sa joie : Il menace, il rugit, s'agite impatient.

Et déjà frappe l'air du glaive étincelant. Au combat qu'on méprise on s'apprête en tumulte ; Aux traits d'un fol orgueil on ajoute l'insulte : On censure les chefs du valeureux Germain : Chacun jette sur eux le regard du dédain. Et leurs conseils prudents, leur sage expérience N'est plus qu'impéritie aux yeux de l'arrogance.

Cependant, ce guerrier qui, frappé de terreur, Devait courber son front sous le joug du vainqueur, Choisit pour ses desseins une scène opportune. Et tâche, à force d'art, de fixer la fortune. Sa droite est appuyée à de vastes marais. Dont les bords sont couverts de rocs et de forêts ; Sa gauche, à des hauteurs faciles à défendre. Où l'audace eût envain tenté de le surprendre ;

4'Justerlitz.'] CHANT III. ^ 47

Son centre est protégé d'un puissant mamelon, D'où l'œil s'étend au loin sur un vaste horizon, Et vingt bouches d'airain hérissent l'éminence, Boulevard élevé des mains de la prudence.

Tandis que l'Empereur, mûrissant ses projets, Attend paisiblement le fruit de ses apprêts. Du sommet d'un coteau, d'où, plongeant sur la plaine, Son œil cherche dit Czar la troupe encor lointaine, Il la voit se mouvoir dans un ordre imprudent, Et venir s'enlacer au piège qu'il lui tend : " Demain," s'écria-t-il, d'une voix prophétique, Qui porta dans les rangs une ardeur électrique, " Avant la fin du jour cette armée est à moi !" — Il va prouver bientôt qu'il est digne de foi.

Pendant ces mouvements, la nuit s'estavancée: (l) L'Empereur veut des siens connaître la pensée. Dépose de son rang les signes glorieux. Et, simplement vêtu, se glisse au milieu d'eux. Mais l'amour des soldats sur lui veille sans cesse j Leurs yeux l'ont découvert, on s'agite, on s'empresse; Son nom de bouche en bouche a volé dans le camp; Tous les cœurs, de concert, ont saisi le moment ; Un feu s'est élevé, chaque lance guerrière Etincelle soudain d'une ardente lumière,

(1) Le 10 Frimaire au soir.

48 NAPOLEON. [Camfia^e

Et cent mille fanaux, agités dans les airs,

Font à travers la nuit jaillir cent mille éclairs :

Présage fortuné du grand jour qui s'apprête.

Et qui du souverain doit signaler la fête.

On chante avec transport, et l'on répète en chœur :

*' Vive Napoléon, notre grand Empereur,

" Que l'Europe redoute et que l'Europe admire,

" Glorieux fondateur d'un glorieux empire !

" Du jour où les Français, d'une commune voix,

" Posèrent sur son front la couronne des rois,

" Célébrons aujourd'hui le retour mémorable.

" Prouvons-lui notre amour fidèle, inaltérable ;

" Sachons vivre pour lui jusqu'au dernier soupir,

" Et demain, s'il le faut, pour lui sachons mourir !"

Alors un grenadier, dont la verte vieillesse Etincelait encor du feu de la jeunesse, Lui dit en s'approchant : " Tu vas savoir demain *' Si tes vieux serviteurs aiment leur souverain ! " Pour toi, de tous tes jours comptable à la patrie, *' Tu te rendrais coupable en prodiguant ta vie : *' Tu ne dois désormais combattre que des yeux ; " Laisse-nous les périls, laisse faire tes preux, " Et ce front martial que la gloire environne, " Jamais n'aura porté de plus noble couronne."

" Qu'avec ravissement," répondit l'Empereur,

d'Austerlitz.'] CHANT III. 49.

*' J'accueille cet hommage inspiré par le cœur! " Votre chef, votre ami, partage votre ivresse ; "* Mais en tnoi la douleur se mêle à l'allégresse : " Verrais-je, sans gémir, les lauriers que j'attends, " Quand je dois les payer du sang de mes enfants !

Si le sarmâte eût vu cette scène touchante, Son orgueil eût bientôt fait place à l'épouvante ; Mais, entouré d'écueils qu'il ne soupçonnait pas, L'insensé vers sa, perte avançait à grands pas.

L'Empereur a formé sa ligne redoutable.

Enchaîné tous ses corps dans un ordre admirable j Chacun a pris son rang, chacun sait son devoir, Et la sphère oùT^ientôt il ira se mouvoir. Davoust, accompagné de la troupe brillante Qui porte sur son casque une aigrette flottante, Vers les murs de Raygern secrètement rendu, Sur le Russe abusé doit fondre inattendu. SouLT commande la droite, et ce puissant génie, Avec le fier Davoust marchant en harmonie, Pressera tout-à-coup de ses feux meurtriers La colonne engagée entre ces deux guerriers. Le vaillant Bernadotte au centre a pris sa place, (l) Et du centre ennemi doit combattre la masse. Non loin de lui, Murât, à la chute des monts, (2)

n et 2) lis combattaient alors l'un et l'autre pour leur patrie, G

50 NAPOLEON. [Camfiagne

A savamment groupé ses bouillants escadrons, Troupes qui, par la plaine ouverte devant elles, Voleront librement vers le centre ou les ailes. Notre gauche obéit à ce Montebello (l) Qui dans les champs d'Esling trouvera son tombeau, Heureux de succomber aux jours de notre gloire, Sans voir la triste fin d'une si noble histoire ! —

Là, sur ce long coteau parait Napoléon, Berthier, de ses exploits fidèle compagnon ; Auprès d'eux est Junot, favori de Bellone, Devant qui tomberont les remparts de Lisbonne ; DuRoc, qui doit, un jour, au combat de Wurtchen, Mourir, baigné des pleurs du vainqueur de Lutzen; Bertrand, de l'amitié le plus touchant modèle. Qui saura tout souffrir pour lui rester fidèle. Qui, d'un auguste ami partageant les revers. Le suivra dans l'exil et jusque dans les fers ; Là brille aussi Bessiere, et la troupe illustrée Qui garde de son roi la personne sacrée ; On aperçoit enfin, près de ces combattants. Nos braves grenadiers, ces boulevards vivants, Cette troupe au front noble, à la haute stature, Et qui fait de l'honneur sa plus belle parure ;

(1) Le général Lanes.

d'Juéterlitz.'] CHANT III. 51

OuDiNOT et DuROc les mènent aux combats, Dignes de commander à de pareils soldats.

Ces grands corps, déployés sur deux lignes savantes.

Deviendront au besoin des redoutes mouvantes, Prêtes à s'élancer du sommet des coteaux, Si la victoire hésite à suivre nos drapeaux. Cette masse où du chef l'âme est comme imprimée. Compose la réserve et vaut seule une armée.

A l'instant où des nuits l'astre silencieux De son disque arrondi touche le haut des cieux. Napoléon s'éveille, et, sortant de sa tente. Commence dans le pamp sa ronde vigilante. Il recueille avec soin les différents récits ; Lui-même a consulté les feux des ennemis. Etudié leur marche et jugé la distance : Il voit avec plaisir que la crise s'avance. Et que, poussant des cris confus, tumultueux, Le Russe perd la nuit dans l'ivresse et Içs jeux,

L'Orient se dévoile, une vive lumière, (l) Fait pâlir du matin la brillante courrière. Le soleil radieux sort du sein des déserts, Et semble avec orgueil s'élever dans les airs j

(1) 11 Frimaire an 14, 2 Décembre 1805.

5â NAPOLEON. iBatailL-

Jamais, dans les beaux jours d'une riante automne, Tant d'or, tant de rubis n'ont orné sa couronne : Vous diriez qu'il est fier d'éclairer de ses feux L'un des plus grands exploits d'un peuple belliqueux. L'Empereur, voltigeant sur les fronts de bandière : " Enfants," s'écriait-il, par un coup de tonnerre, " D'un farouche ennemi sachons punir l'orgueil, " Que les champs d'Austerlitz deviennent son cercueil !" Chaque lance, à ces mots, vivement agitée, D'un signe martial s'élève surmontée.

Et de cent mille voix le formidable éclat Répond à l'Empereur et prélude au combat.

Alors on vit au loin s'élever un nuage : C'est des monts de Raygern que s'avançait l'orage. Les Russes sur nos flancs s'étaient déjà portés ; Mais, soudain par D avoust dans leur marche arrêtés, Ils ont tiré le glaive et la lutte commence. SouLT marche, et de Pratzen emporte l'éminence, Isolant, par ce coup, l'aile des ennemis Qui de nous enfermer s'était déjà promis. L'agresseur, maintenant réduit à se défendre. Engagé dans les rets qu'il a voulu nous tendre, Et par un double choc au même instant heurté, S'aperçoit, mais trop tard, de sa témérité.

d'Justerîitz.^ CHANT III. 53

Mur AT donne l'essor à sa troupe légère, Le rapide coursier rase à peine la terre. Aux accents belliqueux des voix et des clairons, MoNTEBELLo s'avance avec ses bataillons, Déployant par dégrés cette altière colonne Où s'unit au sang froid tout le feu de Bellone*

Ce formidable ensemble a heurté l'ennemi : La terre en a tremblé, les airs en ont frémi ; Vous diriez que le ciel se confond et s'écroule ; L'airain de toutes parts éclatfe, mugit, roule, Et va frapper l'écho des forêts, des vallons, Qui redouble l'horreur de ces terribles sons ; A travers les rideaux d'une épaisse atmosphère, L'éclair perce et répand mille jets de lumière.

Tels, ces feux assoupis dans le sein des volcans. Annoncent leur réveil par des mugissements. Et, s'échappant soudain de leurs prisons brûlantes, Lancent sur les cités des gerbes dévorantes.

Parmi les éléments de la destruction.

Conservant dans sa marche ordre et précision. Chaque troupe s'avance et ne voit autour d'elle Ni la mort qui rugit, ni le sang qui ruisselle : La gloire, déployant son manteau radieux. Leur voile ces horreurs, et sourit à leurs yeux. Quelle fierté du Russe anime le visage ! On croit voir des Titans l'effroyable assemblage,

54? NAPOLEON IJBataille

Quand, bravant Jupiter sur son trône éternel, De leurs robustes mains ils ébranlaient le ciel.

Mais en vain le sarmate, à force de vaillance, Tâche de réparer sa fatale imprudence : A peine le soleil rase le haut des monts. Et chasse devant lui les ombres des vallons, Que le sort se déclare, et cette aile isolée Par SouLT et par Davoust à la fois harcelée, Se débat dans un cercle, et n'a, pour en sortir. Qu'un lac, vaste tombeau qui la doit engloutir.

Le Czar, alors en proie aux plus vives alarmes, Commençait à douter du succès de ses armes : Il voit, en frémissant, dans quel affreux danger Ces malheureux guerriers viennent de s'engager. Il faut, pour les sauver, une troupe d'élite : Le signal est donné, la Garde Moscovite Vole, arrive, et d'abord ses fougueux escadrons Ont rompu, renversé l'un de nos bataillons ; Mais, au premier essor de ces guerriers terribles, Bessiere s'avançait avec ses invincibles. Des hauteurs d' Austerlitz, trois puissants souverains Purent bientôt juger quels seraient leurs destins.

O spectacle effroyable, et pourtant qu'on admire .' La nature frémit, l'humanité soupire ; Mais en vain la raison veut élever sa voix : Un Dieu puissant, l'honneur, l'asservit à ses lois ;

d'^usterlitz.'] CHANT III. . g5

Ce fantôme brillant, pour notre âme séduite, Sera toujours l'objet d'une ardente poursuite ; On le verra toujours l'idple du guerrier. — Oui, ce cœur qui palpite à l'aspect d'un laurier, Ce mortel qui s'enflamme au seul nom de patrie, Qai.retionce au repos, aux douceurs de la vie, Qui s'arrache dû sein d'une famille en pleurs, Pour aller affronter et périls et douleurs ; Ce héros étendu sur l'arène fatale.

Faisant encor des vœux pour sa terre natale. Et qui meurt satisfait, si ses derniers regards Ont vu de l'ennemi s'enfuir les étendards ; Tous ces objets sont grands, leur puissante magie Eblouit jusqu'à l'œil de la philosophie !

Quel mélange d'horreur et de ravissement Inspire le tableau qui s'offre en ce moment ! Avez-vous observe deux immenses nuages, Renfermant dans leur sein le germe des orages. Qui de deux points divers marchent impétueux ? Ils paraissent d'abord se menacer entr'eux. Et comme mesurer leur force mutuelle :

De livides éclairs leur fianc noir étincelle ; Les voilà confondus par les vents opposés, Et tous leurs éléments à la fois embrasés : Le feu, volant du centre aux deux bouts de la nue, De ses vastes rubans embrasse l'étendue ;

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