Marchand d'H., p. 133 et i^i
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demandant un engagement. Il ne manqua que les bonnets à poiL *
L'indiscipline et la désertion étaient en de bien autres proportions dans le bataillon corse. Tous ces « cousins» de l'Empereur, sous prétexte que les recruteurs qui les avaient embauchés leur avaient jDromis « des cailles toutes rôties » , et qu'on ne les leur donnait point, mais seulement /i5 centimes par jour, mettaient l'île sens dessus dessous, se répandant dans les campagnes et rançonnant les paysans, qui étaient obligés de se défendre contre eux à coups de fusil et à coups de fourches. Ils désertaient en masse, avec leurs uniformes et leurs armes, et tiraient sur les officiers qui, les surprenant au moment où ils s'embarquaient, essayaient de les arrêter. Un exemple était nécessaire. Cinq d'entre eux ayant été pris en flagrant délit de désertion et de révolte, l'Empereur ordonna de faire désigner par le sort celui qui paierait pour tous, et qu'il serait fusillé. Au dernier instant l'Empereur pardonna. Il déclara qu'il ne retenait personne par force, que tous ceux qui préféraient s'en retourner dans leur pays étaient libres. Les désordres diminuèrent, mais la désertion continua, malgré les conseils de guerre, les condamnations à cinq ans de fers et les cachots du fort Falcone. ^
Pour remplacer ces déserteurs, l'Empereur tenta de nouvelles recrues en Italie et en Corse. Mais les recruteurs étaient saisis et fusillés par ordre de Stahremberg et de Bruslart.
1 PeYRUSSE, p. 254; CORRES. IMP., 21. 699; MONIER, p. 7I; MÉMOIRE AUX
Puis. All., p. 84; Registre de l'L d'E., n. 47, 121 et 181; Gorres. imp., ai.658.
Pons de l'H., p. 34i et 342; Registre de l'L d'E., n. 55, 65, 176 et j8i ; Marchand d'H., p. 160.
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L'Empereur protesta près de Stahremberg et lui fit écrire, par Drouot, qu'il s'agissait simplement de maintenir les cadres de son armée, non de lever des régiments pour attaquer l'Europe. Le Gouverneur autrichien ne daigna pas répondre et continua à passer par les armes « toute la canaille», embauclieurs et embauchés, qu'il saisissait. ^
Quant au Bataillon Elbois, son uniforme n'avait plus de charmes pour lui. Cette peu guerrière milice voulait bien parader, le Dimanche, sur la Place d'Armes, avec ses galons d'or et ses plumets, mais réclamait, en semaine, la liberté de vaquera ses affaires et de cultiver ses champs. L'Empereur décida, le 19 Janvier, qu'à partir du i^' Février le Bataillon Elbois ne ferait plus de service. "
La troupe la plus fidèle était celle des 109 chevau-légers polonais, chevau-légers démontés pour la plupart, leurs chevaux ayant été transportés à la Pianosa, faute de fourrages à l'île d'Elbe. On employait ces Polonais comme canonniers, comme gardes de l'écurie, et partout où l'on avait besoin d'eux. Ils furent les premiers à ne plus toucher leur solde, dont le paiement fut suspendu en même temps que celui des pensions militaires de la Légion d'honneur. ^
Si l'Empereur n'avait plus de soldats, il était encombré d'ofHciers, qui arrivaient en foule, italiens ou français, réformés comme suspects par l'Autriche ou par les Bourbons, et qui lui redemandaient un grade et du pain. Il les gardait, quoiqu'ils fussent pour lui une charge superflue. Les traitements de l'état-major, portés, pour les sept derniers mois de 181 4, à 3o.ooo francs, faisaient, dans les
* Campbell, p. I3i, 127, 128, i45 et i64; Peyrusse (^Appendice), p. 35.
2 GoRRES. iMP., 21.669.
3 Registre de l'I. d'E., n. i3, 17, 86 et 184.
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prévisions budgétaires de i8i5, un bond à 107.000 francs. Traitements imaginaires d'ailleurs, puisque l'argent manquait. Ces officiers recevaient une cinquantaine de francs par mois et une ration, pour subsister, eux et leur famille, que quelques-uns avaient amenée. C'était la misère. *
(( J'ignore ce que l'avenir nous réserve, disait Bertrand, mais, quel que soit notre sort, il ne peut être pire que celui que nous subissons maintenant. Si l'espérance de jours meilleurs ne nous soutenait, je ne sais ce que nous deviendrions. Pour moi, je ne regrette pas d'avoir suivi l'Empereur. Mon devoir me le prescrivait. Mais je regrette la France, comme un enfant qui a perdu sa mère, comme un amant qui a perdu sa maîtresse. » Et, quand il parlait ainsi, « ses yeux se mouillaient de larmes )). ^
Une dernière catastrophe pouvait se produire. Elle n'y faillit point. Dans la nuit du 11 au 12 Janvier, le commandant Taillade qui, pour obéir aux ordres de l'Empereur, lequel n'admettait pas plus la résistance des éléments que celle des hommes, était perpétuellement en mer avec I'IncoNSTANT, pris par une tempête soudaine, naufragea son navire.
Avec les mois d'hiver qui avaient poudré de neige blanche le faîte nébuleux du Monte Giove, où se posaient des vols
* GoRRES. iMP., ai. 607; Campbell, p. f45; Fleury de Ghaboulon, p. io5; Peyrusse, p. 246 et 264.
2 Fleury de Ghaboulon, p. 117.
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d'oiseaux migrateurs aux grandes ailes, d'incessantes bourrasques s'abattaient sur Elbe, heurtant leurs fureurs à ses brusques escarpements et soulevant les flots autour d'elle.
Dans la nuit du 5 au 6 Janvier, I'Inconstant avait essuyé un premier coup de vent de nord-est. Il revenait de Civita- Vecchia, oii il était allé porter des lettres et des dépêches, et charger du blé. Parvenu à la hauteur de l'île d'Elbe, en tenant tête à la tempête, il avait passé l'île sans s'y pouvoir arrêter, avait été repoussé sur la Corse, qu'il avait doublée au nord, et, fuyant pour son seul salut, s'était réfugié sur la côte ouest, dans le golfe de Saint-Florent. Il y avait rencontré, au mouillage dans cet abri, une des frégates de la croisière française. Mais l'abri était insuffisant. Le vent entra dans le golfe et acheva de désemparer I'Inconstant. Il fallut ensuite travailler cinq jours pour réparer les dégâts, sous la surveillance d'un aide de camp de Bruslart, et presque bord à bord avec la frégate française qui ne s'en était pas tirée non plus sans avaries. Quoique les deux commandants se fussent rendus visite, le voisinage de la frégate était inquiétant pour le brick, dont l'équipage fut consigné, avec interdiction de descendre à terre.
Le 1 1 , I'Inconstant avait repris la mer, par beau temps et bonne brise de nord-ouest. A mi-route de l'île d'Elbe, le vent saute sud-ouest, se met à souffler grand frais, et repousse le brick vers Capraia. Taillade réussit cependant à se rapprocher de l'île d'Elbe, en tirant des bordées, mais la nuit était noire, et la mer grossissait toujours, lorsqu'il se trouva devant Porto-Fer raio. Il rasa la côte, afin de se protéger des rafales du vent, et passa entre l'écueil Scoglietto et la terre, comptant sur une dernière bordée pour embouquer le passage, qu'indiquait, dans l'obscurité, la clarté du phare,
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La manœuvre fut-elle trop brusque, ou tarda-t-elle trop? Le brick refusa de virer. Il n'y avait plus qu'à abattre en hâte la voilure et à jeter les ancres, pour l'empêcher de se briser sur les récifs qui écumaient autour de lui.
Le brick demeura sur ses ancres une partie de la nuit. Mais le vent devient furieux et les ancres commencent à déraper. A quatre heures du matin, Porto-Ferraio qui dormait sous le rugissement de l'ouragan, fenêtres et portes closes, fut réveillé en sursaut par le canon de détresse deFÏNCONSTAiNï. La population se précipite hors des maisons, avec des torches, et court vers le lieu du sinistre. L'Empereur, en une seconde, avait sauté à bas de son lit et partait à cheval. On essaya, sur ses ordres, d'organiser des secours, de lancer quelques embarcations à la mer. La mer démontée ne le permit point. Chacun voyait approcher le moment oii le brick s'engloutirait avec ceux qu'il portait, lorsque Taillade, profitant d'un instant oii, ayant filé de la corde, il se trouvait en face d'une petite plage sablonneuse, coupa ses ancres et se fit, par le flot, échouer sur la grève, sauvant ainsi le vaisseau.
L'aube du jour qui se levait éclaira un spectacle lamentable. « L'Inconstant gisait couché sur le rivage, ses mâts emmêlés de cordages. Son foc semblait insulter aux vents, qu'il flagellait de ses lambeaux. Les vagues se ruaient sur les flancs du brick, défendant encore d'en approcher et menaçant de le réduire en pièces. » On remarquait à bord un vieux monsieur, à cheveux blancs, qui poussait des cris de désespoir et se tordait les bras.
Une accalmie permit d'établir un va-et-vient et de procéder au débarquement des passagers et de l'équipage. L'Empereur animait les sauveteurs, du geste et delà voix. Le vieux
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monsieur s'agenouilla sur la grève en remerciant la Providence. C'était un authentique parent de Sa Majesté, un Ramolino, qui avait, malgré le changement de gouvernement, conservé sa place de directeur des finances à Ajaccio. tl venait rendre visite à l'Empereur et lui faire cadeau d'un cheval. Mais, moins heureux que lui, le cheval était noyé lorsqu'on le sortit du brick.
L'Empereur fit, à l'aide de tous les bateaux disponibles, remorquer l'épave jusqu'au port, où elle serait renflouée.
L'Inconstant était l'unique trait d'union qui reliait l'île d'Elbe à la terre, le seul navire, sérieusement armé, sur lequel l'Empereur, s'il voulait fuir sa prison, pouvait le tenter avec quelque chance de succès. Et, si l'on considère que ce fut sur ce même navire qu'il s'embarqua pour la France, un mois plus tard, l'on ne peut s'empêcher d'observer combien les événements tiennent à des fils fragiles. Que le brick se fût évèntré sur un récif, ou que la tempête l'eût démoli après son échouement, avant qu'une accalmie permît de le rentrer dans le port, l'Empereur ne possédait plus que des bâtiments insuffisants pour transporter sa petite cohorte, sans défense en cas d'attaque. Le temps qu'il remplaçât I'Incons- TANT, en admettant que l'Europe l'y autorisât et ne saisît pas cette occasion de le bloquer à l'île d'Elbe, qui sait quels faits nouveaux étaient susceptibles de se produire, quelle direction différente prenait son histoire ? L'on remarqua qu'il s'était retiré sans commentaire aucun sur le désastre. *
L'opinion publique, hostile à Taillade, qui était accusé de n'être monté sur le pont qu'à la dernière extrémité et d'avoir
* Pons de l'H., p. 354 et suiv. ; Registre de l'I. d'E., p. 4 et 5 (Note) ; Sellier Vincent, p. 233; Marchand d'H., p. i49 et i5o.
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laissé son enseigne Sarri se dépêtrer avec la tempête, comptait qu'il allait passer en conseil de guerre. L'Empereur se contenta de lui retirer son commandement. Il le remplaça par un nommé Ghautard, ancien pilote de la marine royale, qui avait émigré en 1793, commandé, en 1798, une division navale sur le lac de Garde, et qui était arrivé de Toulon à l'île d'Elbe depuis un mois. G 'était un homme fatigué, qui ne paraissait pas, non plus, trop capable. L'Empereur n'avait personne d'autre à sa disposition. ^
Cette (( espérance de jours meilleurs » dont parlait Bertrand, quelle était-elle donc ?
Nul ne le savait, et cependant elle était dans l'air, chacun la sentait nécessaire, chacun sentait la situation intenable, et qu'il était impossible qu'elle durât. Détresse d'argent, désorganisation de l'armée, hantises continues d'enlèvement et d'assassinat. Rien, en effet, ne pouvait être pire que la prolongation de cette existence au jour le jour. Quelque chose en allait sortir. C'était inévitable. Tout le monde en parlait. Mais quoi ?
Était-ce Murât qui viendrait de Naples recevoir l'Empereur en Toscane, ou l'Empereur qui irait le rejoindre à Naples, afin de se faire, avec son appui, proclamer roi d'Italie ? La péninsule, opprimée par la tyrannie autrichienne, était prête à se soulever. Le Milanais, le Piémont, une
* Pons de l'H., p. Sôg; Marchand d'H., p. iSa.
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partie de la Ligurie, le Modenais, les Légations, les Marches, la Vénétie, une partie de la Toscane, et toute la Romagne, n'attendaient que son débarquement pour lui offrir une armée de loo.ooo hommes et des subsides. Seules les villes maritimes, seuls quelques prêtres, et des sexagénaires, lui sont hostiles. Etait-ce Masséna qui tenterait un coup en sa faveur et dont la connivence lui permettrait de rentrer directement en France a où l'on souffle secrètement le feu, pour qu'il s'allume », où le parti de la Révolution et tous les mécontents appellent l'Empereur, où la plupart des officiers ont juré qu'ils ne tireraient l'épée que pour le rétablir sur le trône ^ Masséna, dit-on, qui est à Toulon avec lo.ooo hommes et i8 navires de guerre, a déjà arboré le drapeau tricolore et celui de l'île d'Elbe, et a fait crier par ses soldats et par ses marins : a Vive la République ! Vive Napoléon ! » Il suffira du chapeau de Sa Majesté, planté sur le rivage, au bout d'un bâton, pour attirer toute la France. Etait-ce Marie- Louise, dont la correspondance clandestine avec son mari n'arrêtait pas, paraît-il, qui viendrait le délivrer, malgré l'Autriche, ou avec sa complicité.^ On aurait bientôt connaissance (( du plan )) qu'elle méditait. Etait-ce l'Angleterre, dont tous les actes trahissaient la sympathie, qui favoriserait la fuite de l'Empereur .^^ Des questions d'intérêt ont brouillé avec les Bourbons cette avaricieuse nation. Passerait-il par la Corse, qui est en révolution .^^ Dans une seule échauffourée, plus de cent soldats ont été tués. Ne sera-ce pas le Sultan des Turcs, avec qui des émissaires ont été traiter à Gonstantinople et qu'inquiète l'accroissement de puissance de la Russie, qui fera éclater la guerre .^^ Il prendra les Alliés à dos, tandis que l'Empereur se portera, par l'Italie et le Rhin, vers Mayence et vers les Flandres. Quelle que soit la voie choisie,