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LES BŒUFS, REBELLES A CES MAINS QUI AVAIENT SU CEPENDANT METTRE

UN MORS A l'europe — s'échappèrent DU SILLON. » (L'origioal en italien.) « L'Empereur à la charrue », dessin de Charlet, représente une scène semblable, à Sainte-Hélène. (Voir Mémorial, 3o Décembre i8i5.)

LA PEAU DU RENARD

(( Des arbres fruitiers, le plus possible, particulièrement de fruits à pépins et de fruits rouges.

(( La prééminence aux champs de blé.

(( La création d'une race de chevaux.

(( Un établissement public pour l'éducation des animaux domestiques.

(( Défense absolue d'introduire dans l'île des bêtes dangereuses.

(( Des moutons et des brebis.

(( Des plantations de pins et la constitution d'une forêt de chênes dont on ferait venir les glands de la Forêt Noire. »

Il n'y aurait point de terrain perdu.*

Enfin une partie de l'île aurait une destination sacrée. Elle servirait de dotation nationale et de retraite pour les Elbois vieillis au service de la patrie, qui y termineraient leurs jours, comme lui-même à San Martino, dans les joies du jardinage. ^

Un sergent, un carabinier, un chasseur et un Polonais ont demandé chacun, à la Pianosa, une concession, qui leur a été accordée. Ceux des grognards qui préfèrent des terrains à l'île d'Elbe, et n'ont point été compris dans les distributions antérieures, en reçoivent autour de Porto-Ferraio. L'Empereur les encourage à y cultiver des fleurs et des légumes. Ces donations sont faites aux officiers « en toute propriété », afin qu'ils soient assurés que les travaux auxquels ils se livreront « leur profitent à eux et à leurs enfants ». ^

* Pons de l'H., p. 3o5. — Par « bêtes dangereuses » l'Empereur entendait sans doute les sangliers et les renards, ainsi que les chèvres, à cause des dégâts qu'elles commettent.

Pons de l'H., p. 3o6.

3 Registre de l'I. d'E., n. i8i ; Gorres. imp., 21.610, 2i.65o; Labadie, p. 54; Pons de l'H., p. 38o.

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Pour son propre amusement et afin de pouvoir s'offrir sans fatigue le plaisir de la petite chasse, l'Empereur a fait clore le cap Stella avec une muraille de pierres sèches et un fossé, et il ordonne, dans l'île, une battue de tous les lièvres et de tous les lapins, qui seront enfermés sous clef dans cette garenne. (( Trois chiens d'arrêt, autant pour la chasse au sanglier dans les montagnes de l'île, et six chiens courants, formeront, avec un valet de chiens et deux ou trois cors, l'équipage de chasse. » Pour l'entretien de cette meute, de ce parc et de cet équipage, une augmentation de loo francs par mois est inscrite au budget de 1 8 1 5 / Il est en pourparlers pour l'achat d'une maison démontable, en bois, comprenant cinq pièces, qui se monte en deux heures, qui se démonte en une heure, et qu'un ingénieur lyonnais vient d'apporter à Porto-Ferraio. L'Empereur projette d'aller s'établir avec ce domicile portatif, soit sur les pitons aigus de Volterraio, soit sur tous les points de l'île où le poussera son caprice. ^

Aussi les gens sérieux ne se laissent-ils point entraîner au flot de l'imagination populaire, qui affirme le départ imminent de l'île d'Elbe. Ni Bertrand, ni Drouot ne croient ce départ probable, ni même possible. Drouot, encouragé par l'Empereur, a songé à se marier avec une pure jeune fille elboise, éprise de sa gloire et de sa belle vertu. D'autres mariages sont près de se consommer, ou se consomment. ^

1 GoRRES. iMP,, 2i.64o, 21.668; Registre de l'I. d'E., n. 78; Pons de l'H., p. 2^7; Labadie, p. 52. — Le cap Stella est situé sur la face sud de l'île, entre Gapoliveri et Campo. C'est une étroite bande de terre de 2 kilomètres 1/2 de long, sur un peu moins d'un kilomètre de large.

^ Pons de l'H., p. 288; Marchand d'H., p. i54.

^ Registre de l'I. d'E., n. 118 et 189; Pons de l'H., p. 171 et 174.

LA PEAU DU RENARD

Les geôliers de l'Empereur, les espions qui épient ses actes, ne savent non plus que penser. Leur esprit se perd à ce qu'ils voient et ils n'y comprennent rien. Tantôt Campbell s'effraye, tantôt il se rassure : (( Plus il considère l'Empereur avec soin, plus il l'étudié descendu au niveau des autres hommes, et moins il lui apparaît sous un aspect favorable. » C'est une réputation surfaite. Par moments, il lui semble « tout à fait résigné ». L'entente avec Murât n'est qu'une fable et toutes les alarmes (( proviennent de ces vieux canons, de ces vieilles pièces d'artillerie que l'Empereur a fait embarquer, pour les vendre à Givita-Vecchia ». Le Marchand d'Huiles écrit de son côté : (( Beaucoup de choses donnent une apparence de vérité aux nouvelles d'un prochain départ. Pourtant, on doit aussi faire attention aux travaux ordonnés dans l'île par l'Empereur, aux plantations auxquelles se livrent les soldats et les officiers de la Garde sur les terrains que Sa Majesté leur a donnés. A ce spectacle on finirait par se convaincre qu'il s'agit plutôt d'une installation que d'un départ. » Gomment supposer que ce jardinier modèle, qui sème des glands de chêne, ne se considère pas, pour l'éternité, comme l'hôte de l'île d'Elbe ? Tout ce qu'il désire, c'est qu'on l'y laisse en paix, tondre ses brebis et fusiller ses lapins. Et, lorsque l'Empereur affirme à Campbell, en le regardant dans les yeux « qu'il sait qu'on l'appelle, que le mécontentement va croissant en Europe, en Italie, en Allemagne, oii le Wurtemberg et la Bavière ne peuvent dissimuler leurs inquiétudes. En France, Louis XVIII et ses ministres ont méconnu le caractère national. Je suis informé, par des correspondances de la capitale, que le Français ressentent vivement leur humiliation présente. Le parti des Bourbons est peu nombreux et une guerre les

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sauverait seule, en leur ralliant l'armée. On craint une révolution faite par les émigrés et, avec eux, un nouveau règne de la Terreur. C'est un torrent d'opinion qui emportera tout I )) — lorsqu'il dit à Drouot, en public: «Qu'en pensezvous Drouot.f^ Serait-il trop tôt de partir pendant le Garnaval.^^ », Drouot et Campbell ne peuvent voir dans ces paroles et dans ces déclarations que des boutades sans conséquence, trop osées pour être vraies. ^

Avec l'ouverture du Carnaval coïncida à Porto-Ferraio l'inauguration du théâtre de l'Académie, achevé en trois mois. La loge centrale avait été réservée à l'Empereur, que le rideau de scène représenta sous la figure d'Apollon banni du ciel, gardant ses troupeaux chez Admète et instruisant les bergers. Un tonnerre de bravos salua cette touchante allégorie. Au cintre était peinte, dans un médaillon, une Fortune sur un char. Le char était l'île d'Elbe et la Fortune symbolisait (( le héros du siècle » qui faisait la prospérité de l'île. Les comédiens étaient arrivés à point nommé, cabotins de rencontre (( qui ne tenaient pas un premier rang, ni même un second ». Mais se montrer trop exigeant eût été de mauvais goût et Sa Majesté donna le signal des applaudissements.

Après le spectacte, il y eut bal travesti sur la scène, jusqu'à sept heures du matin. Pauline y parut en Napolitaine,

* Campbell, p. m, i6i, 171, i85, 198 et 2o3 ; Marchand d'H., p. lao et 159.

LA PEAU DU RENARD

et, au bal suivant, car les fêtes se multiplient, en bergère de l'île de Procida. Un magasin de modes s'ouvre dans la ville. Jamais on ne s'est tant amusé. Le Théâtre du Palais complète son organisation et l'Empereur lui fait brosser des décors. *

Les alertes d'assassinat ne discontinuent point cependant. Lorsque I'Ingonstant avait failli sombrer, l'enseigne de vaisseau Sarri avait jeté à la mer, dans un chapeau de toile cirée, une note manuscrite, qui lui avait été remise en Corse et qui avertissait l'Empereur de continuer à se garer de Bruslart. Une autre note, parvenue au juge policier Poggi, le prévenait qu'un ancien magistrat, destitué par l'Empereur deux ou trois ans auparavant, arriverait à l'île d'Elbe pour se venger. Le signalement était précis. Le magistrat débarque et est aussitôt filé. On apprend que c'est en plein théâtre qu'il accomplira son crime. Longtemps avant le lever du rideau, la salle est occupée par tous les fidèles de l'Empereur. Les militaires sont armés jusqu'aux dents. Les fonctionnaires civils ont bourré leurs poches de pistolets et de poignards. L'assassin prend place à côté de l'administrateur des Mines, qu'il avait autrefois connu. (( Alors, dit Pons, tous les yeux se portèrent sur nous. Les regards du commandant Mallet flamboyaient. Ils me criaient : « Ne le manquez pas, dès qu'il fera un mouvement. » L'Empereur ne vint point au spectacle, ce qui évita un malheur. » La dénonciation était une infamie, l'effet d'une vengeance pri-

1 LabORDE, p. 4l ; POKS DE l'H., p. 2^3 et 246; LaBADIE, p. 54; GORRES.

IMP , 21.665. — Le théâtre de Porto-Ferraio existe toujours, ainsi que les deux peintures, du rideau et du cintre. Il comprend quatre étages de loges et une galerie, et peut contenir près d'un millier de spectateurs. La société de « l'Académie » en est restée propriétaire.

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vée, d'une vendetta entre le magistrat incriminé et le dénonciateur. L'alerte avait été chaude. Elle laissa une pénible impression. *

Mais laisser aller, besoin de s'étourdir tandis que l'on ne sait quelles catastrophes marchent dans l'ombre, fatalisme qui commande de jouir de la vie puisque demain peut-être on sera mort, la consigne est de secouer les soucis.

On voyait aux soirées, jadis si austères, des Mulini, la femme d'un officier polonais montrer sa jambe en dansant le fandango, au bruit joyeux des castagnettes, et Cambronne, rouge et s' épongeant le front, y courir des galops avec Pauline, tout ému de sentir contre sa tunique de vieux soudard la chair palpitante et rose de cette belle femme, sœur de son Empereur.

Aux représentations de comédie du Théâtre de l'Académie l'Empereur propose d'adjoindre des représentations d'opéra. Le 3 Février, il écrit à Bertrand à ce sujet : (( C'est une dépense de 4o.ooo francs par an. J'accorderai une subvention de I2.000 francs. Une troupe italienne demande 12.000 francs pour trois mois. C'est bien cher. En la prenant à l'année, on l'aurait sans doute pour 36. 000 francs. Une autre troupe demande 5. 600 francs par mois. On lui proposera 2.600 francs, ou même 2.000 francs, sans l'orchestre. La note ne porte que quatre hommes. Quatre hommes ne font pas une troupe. Il faut des femmes. Eclaircir cela. » Quant à l'orchestre, c'est celui des 20 musiciens de la Garde qui servira, accompagnant de ses clarinettes, de ses cors et de ses flûtes, les roulades des Clorinde et des Armide. Une loge pour ce remarquable spectacle coûtera,

^ Registre de l'I. d'E., p. 4 et 5 (Note) ; Pons de l'H., p. 162.

LA PEAU DU RENARD

par abonnement, dix sous. Porto-Ferraio « devient une autre Capoue ». *

Enfin, à l'occasion des funérailles du Carnaval, le Mercredi des Gendres, 8 Février, une inénarrable mascarade se promena dans les rues de Porto-Ferraio. (( Le commandant Mallet conduisait le cortège, habillé en sultan, avec les cachemires de la princesse Pauline, fier comme Artaban et monté sur le cheval blanc de l'Empereur », le fameux cheval blanc, hier demi-dieu lui-même. (( A côté du commandant Mallet, le capitaine Schultz représentait Don Quichotte à s'y méprendre, car il mesurait cinq pieds neuf pouces et était aussi maigre que son cheval, qui était bien la haridelle la plus haridelle de l'île ». Tout l'état-major suivait, vêtu « de beaucoup d'autres beaux costumes », tandis que la Garde avinée acclamait sur le seuil des cabarets. ^

Gette fois, c'était bien la fin, la fin dans la pitrerie et le grotesque ! C'était aussi, surenchérissait l'armée des policiers secrets, la fin dans la pourriture et l'ignominie. L'Empereur, disaient-ils, rongé de maladies honteuses, était l'amant incestueux de sa sœur Pauline, toujours prête à se livrer à tous, et qui l'aimait tant ! Plongé dans ses débauches,

* Pons de l'H., p. i55; Mémoire aux Puis. All., p. io5 ; Gorres. iMP., 31.671. — Il y a une erreur de chiffres dans la Correspondance. Ce n'est pas 1.900 francs d'abonnements par mois, qu'il faut lire, mais i.ooo francs, soit : 12.000 francs par an, ou, pour chacune des 66 loges que compte le théâtre, 5o centimes par jour. Les recettes de la galerie étaient, en plus, estimées à 44 francs par soirée.

2 Pons de l'H., p. 244- — Nous avons dit (p. io5) que « le Cheval Blanc » de l'Empereur se dédoublait en deux chevaux : Le Tauris et l'Intendant, dit « Coco ». C'est évidemment de ce dernier, qui servait aux parades, qu'il s'agit ici.

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ce n'était plus qu'une loque humaine, indigne de faire peur à un enfant. ^

Les journaux du Gouvernement bourbonnien et les libellistes à sa solde répandaient triomphalement ces nouvelles. Ils ne parlaient plus (( du nommé Napoléon », (( du parvenu d'Ajaccio », que comme « d'un aventurier qui avait, un temps, opprimé la France, un saltimbanque qui contrefaisait Mahomet, et que toutes ses victoires n'avaient pu sauver du ridicule ». Maintenant (( il était pareil au roi d'Haïti, qui règne sur des singes et sur des nègres » et, prenant goût à l'anthropophagie, se repaissait, dans son délire, de la chair de ses sujets. Afin de mieux rassurer l'opinion, ils ajoutaient que, tout autour du rocher oii agonisait cet être misérable et « pourri », malade, par surcroît, d'une fluxion de poitrine qui allait bientôt l'emporter, la mer était couverte de vaisseaux anglais et français qui ne perdaient de vue aucun de ses actes, et ne laisseraient pas une simple barque forcer leur blocus. Les émissaires qu'il tentait d'envoyer sur le continent étaient saisis et (( enfermés dans une prison murée ». En regard des somptueux portraits (( du Glorieux Roi de France », sous lesquels on lisait : (( Dieu créa Louis XVIII et se reposa » , les caricatures accrochées aux vitrines des libraires montraient « le poussif souverain de l'Ile des Mines » entouré de bossus et d'estropiés, décrétant « des levées en masse de 3o hommes »,

* Hérisson : Cabinet Noir, p. i3i ; Waldbourg-Trughsess, p. 34 ; Lettre de Caroline au C^l Fesch, dans N"e Revue Rétrospective, II, p. i5o. — C'était une manie de donner à Pauline le monde entier pour amant. On lui attribuait jusqu'à Drouot (Mémorial de Sainte-Hélène, ii Mars 1816), et on la rencontrait soi-disant, le soir, à Livourne, où elle venait faire l'amour, habillée en homme I (Rapport d'espion, cité par M. Pellet, p 68.)

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ou se promenant sur le rivage, en costume de Robinson, avec un bonnet de fourrure sur la tête, un parasol à la main, et, sur l'épaule, en guise de perroquet, son aigle plumé. *

Talleyrand, qui connaissait son ancien patron et lui savait plus d'un tour dans son sac, hochait la tête à ces histoires et ne cessait de répéter qu'il fallait se défaire « de l'homme de l'île d'Elbe ». On lui répondait: Plus tard ! — S'il insistait, on suspectait sa prétention d'être plus clairvoyant que les autres, on lui demandait s'il recevait les confidences de l'Empereur et s'il n'était pas mêlé « à cette diablerie ». En vain Fouché, à qui personne ne demandait son avis, avait écrit au comte d'Artois que Napoléon à l'île d'Elbe était pour la France et pour l'Europe (( ce que le Vésuve est pour Naples ». En vain Hyde de Neuville, qui trouvait que (( mort, l'Empereur serait encore à craindre », sonnait la cloche d'alarme et proposait de transporter le roi de l'île d'Elbe en Amérique, dans un asile digne de lui, afin que l'on eût l'espoir qu'il s'y tiendrait tranquille ; en vain, il affirmait que ses réclamations au sujet de Marie-Louise et du Roi de Rome n'étaient plus que pour tromper l'opinion, et qu'il ne tenait nullement à avoir près de lui cette femme et cet enfant qui ne pourraient que gêner ses mouvements. On le traitait de visionnaire et on l'assurait que la croisière de Corse parait à tout péril.

Le i6 Février, l'Empereur règle les comptes du budget de la Guerre de l'année écoulée, et commande d'établir celui de l'année courante.

1 Journal des Débats, 4. i3, et 3o Décembre i8i/i, et passim; Fleur y de Ghaboulon, p. loi (Note); Ghautard, p. 87; Marchand d'H., p. i5o; Pamphlets divers : Gonstitution donnée par Buonaparte aux habitants DE l'Ile d'Elbe; Robinson dans son île, etc.; Estampes diverses.

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Le 19 Février, il ouvre un crédit de ^o.ooo francs pour les ponts et chaussées « somme qui sera à dépenser dans les mois de Mars, Avril, Mai, Juin et Juillet, à raison de 8.000 francs par mois ». Il s'occupe de sa villégiature de l'été prochain au Monte Giove, de son installation à La Madone, qu'il veut plus confortable, et avec plus d'hommes pour le garder. Une partie de la Cour le suivra et habitera Marciana Alta. (( Monsieur le Comte Bertrand, mon intention étant d'aller vers la mi-Juin, ou au commencement de Juillet, à Marciana, il est nécessaire de commencer les travaux vers le mois d'Avril et de faire connaître les maisons qui pourront être occupées par Madame, la Princesse Pauline, la Comtesse Bertrand, et le Comte Drouot. Une commission sera chargée de choisir ces maisons et de les louer pour Juillet, Août et Septembre. Vous me présenterez un état des réparations utiles. Je logerai à l'ermitage. Agrandir la pièce qui me sert de cabinet de travail. Transporter la cuisine de l'autre côté de la chapelle. Une baraque en bois suffira. Il faudra une maison pour mes gens, une pour mon écurie, une pour ma garde, ne pouvant avoir avec moi moins de 5o hommes. Faites faire le devis de ces travaux. ))^

Le 21 Février, il visite la maison démontable, que son inventeur expose à la curiosité publique. Il l'examine en détail, la marchande, et s'en fait expliquer le mécanisme.

Le 22 Février, il s'occupe de la comptabilité des salines, et d'organiser, pour l'avenir, leur exploitation directe par l'Etat. Il ordonne l'adjudication d'une route à exécuter, le long de la mer, à Porto-Longone, sur une mise à prix

* GORRES. IMP., 21.673, 21.676, 21.677.

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maxima de 2.5oo francs. (( Il faudra trois petits ponts près de Capoliveri ». *

Campbell, depuis le i6, est absent de l'île d'Elbe. Il est dans une période d'inquiétude. Il a rédigé, le i5, pour lord Castlereagh, une dépêche alarmiste qu'il hésite à envoyer, car il craint qu'on ne se moque de lui, et Castlereagh lui a recommandé « d'éviter toutes dépenses non nécessaires, de n'expédier de courriers spéciaux que dans les cas urgents et qui en valent la peine ». Il s'est donc fait porter à Livourne, par la corvette anglaise PARTRmcE, afin de se rendre, de là, à Florence, et d'échanger ses vues, comme il en a coutume, avec le ministre autrichien. A Florence, il se croise avec un sous-secrétaire d'Etat anglais, Mr. Cooke, qui arrive justement du Congrès de Vienne, et auquel il expose le motif de son voyage, ses craintes à propos de l'Empereur, son incertitude pour l'envoi de sa dépêche à lord Castlereagh. Il sort son papier de sa poche, et le lui lit. Le sous-secrétaire d'Etat éclate de rire: (( Napoléon... Qu'est-ce que c'est que çdi? Retournez en paix à l'île d'Elbe, colonel. Il ne peut rien faire. Et s'il vous demande ce qu'on pense à son sujet, répondez-lui que personne ne songe plus à lui en Europe. Il est complètement oublié. C'est comme s'il n'avait jamais existé. »

Campbell se sentit soulagé par cette déclaration. «Il était, dit-il, réellement très perplexe en présence de la conduite de l'Empereur et devant ses inconsistances apparentes. Mais, après les remarques de Mr. Cooke, je commençai à penser qu'en observant l'Empereur de trop près je m'étais faussé le

1 Marchand d'H., p. 169; Registre de l'I. d'E., n. i83; Gorres. imp., 31.678.

LA SIONORINA SiiUARCI AVEC LA ROBli DE SATIN BLA.\C QUE S0.\ AIEULIC PORTAIT AUX MULINI, A LA COUR DE NAPOLEON.

ET LA PEAU DU LION jugement, et que je m'étais laissé aller à des appréhensions

exagérées. »*

Il demeura à Florence et à Livourne, une huitaine encore. Quand, le 28 Février, il revint à l'île d'Elbe, l'Empereur n'y était plus.

Ainsi le renard avait vaincu. Le lion, trop faible, s'était affublé de sa peau, et, comme la bête fouinarde qui, lorsqu'elle se voit captive, suit docilement la corde qui la tient, jusqu'au moment où le chasseur ayant cessé de se défier, d'un brusque mouvement, elle se dégage et s'échappe, l'Empereur, feignant de courber l'échiné, avait trompé tout le monde et bafoué l'Europe.

Le premier ordre relatif au départ, si le souvenir de celui à qui il fut donné est exact, est de Janvier. Le sellier Vincent reçut dans le courant de ce mois l'ordre de démonter deux berlines dorées, venues de Fontainebleau avec la Garde, et de les emballer « pour Rome ». Il fit ce qu'on lui commandait, et les déposa, emballées, après en avoir numéroté chaque pièce, dans les magasins du port, prêtes à être embarquées. Ces deux berlines n'étant pas d'un usage journalier, le fait passa inaperçu. Vincent lui-même n'y attacha point d'importance.^

Puis, c'est Pons qui reçoit directement de l'Empereur, par le mameluck Ali, une lettre confidentielle lui demandant

* GaMPBKLL, p. 147, 212 et 21 3.

2 Sellier Vincent, p. 869.

La peau du renard

un rapport « sur les moyens d'organiser une flottille expéditionnaire )). — (( Une llotlille expéditionnaire! C'était dire: (( Je veux partir! » Je rédigeai le rapport et Sa Majesté, faisant appel à ma vertu républicaine, me recommanda un silence absolu. » Ce premier projet resta sans exécution. *

Dans les premiers jours de Février, le trésorier Peyrusse est avisé d'avoir à se transporter avec sa caisse au fort Stella, qui domine le goulet, et d'où, en cas de blocus, de coup de main et de fuite précipitée, on peut s'embarquer en descendant à pic le long de la falaise, sans passer par le port ni traverser la ville. (( J'en savais assez, dit Peyrusse, pour pressentir les motifs de ce déplacement. Je fis, secrètement, quelques provisions en farines, en vin, en pommes de terre et en bœuf salé, et j'attendis les événements. » ^

Le i6 Février, jour du départ de Campbell pour Florence, l'Empereur, tout en ordonnant de préparer le budget de la Guerre de i8i5, écrit à Drouot : « Donnez l'ordre que le brick soit viré sur quille, qu'on revoie son cuivre, que les voies d'eau soient bouchées, qu'on refasse son carénage, tout ce qui est nécessaire enfin pour qu'il puisse tenir la mer. Il

^ Pons de l'H., p. 198, 873 et 874; Mémoire aux Puis. All., p. 95 et 109 (Note). — « Je ne me suis confié qu'à Pons, et parce que sa coopération m'était indispensable pour préparer les bâtiments de transport dont je ne pouvais me passer », a déclaré l'Empereur à Montholon (Captivité de Sainte- Hélène, II, p. ig5). Cette première conversation de l'Empereur et de Pons relative au départ, et dont Pons ne donne pas la date, eut lieu vraisemblablement ou Janvier. Il est impossible, en tous cas, de ne pas la rapprocher de l'ordre d'emballage des voitures, reçu par le Sellier Vincent, et du naufrage de l'IrscoN- STANT, qui eut lieu en ce môme mois. N'est-ce pas ce naufrage qui, suivant ces deux ordres, vint entraver les projets de l'Empereur ? ou est-ce lui qui, les précédant, avait averti l'Empereur qu'il était temps de songer au retour avant une catastrophe nouvelle ?

'^ Peyrusse, p. a68.

ET LA PEAU DU LION

sera peint comme un brick anglais. On le réarmera, on lui donnera du biscuit, du riz, des légumes, du fromage, moitié de l'approvisionnement en eau-de-vie et l'autre moitié en vin, de l'eau pour 120 hommes pendant trois mois, de la viande salée pour quinze jours. Afin d'économiser, le vin sera fourni par ma cave. Je désire que, du 2 4 au 25 de ce mois, il soit en rade et prêt comme il est dit ci-dessus. On fera de tout cela un devis que vous me présenterez demain. Faitesmoi connaître le nombre de chaloupes que le brick peut porter. Je désire qu'il y en ait autant que possible. » La première partie de cet ordre, concernant le virage sur quille et le radoub du brick, était nécessitée par le mauvais état de FInconstant, que son naufrage avait gravement endommagé et qui, quoique réparé et très ménagé depuis, avait recommencé à faire eau. L'opération ne pouvait surprendre ni Drouot, ni personne. La seconde moitié de la lettre, peinture semblable à celle d'un brick anglais, approvisionnements pour trois mois, chaloupes à rajouter au nombre réglementaire, était plus énigmatique. Drouot comprit évidemment que quelque chose d'insolite se préparait, mais il n'avait pas à demander d'explication, puisque l'Empereur ne lui en donnait point. Le surlendemain, 18 Février, maîtres-charpentiers et calfats s'attaquaient au brick tiré à terre. ^

Le même jour encore, 16 Février, l'Empereur rédigeait pour Pons l'ordre de noliser deux gros bâtiments de transport de Rio (( bricks ou chebecs, au-dessus de 90 tonneaux, les plus grands possible », et de les amener à Porto-Ferraio, l'un avec une cargaison de bois prise à la base du Monte

* GoRRES. iMP., 21.674; Pons de l'H., p, 36i ; Marchand d'H., p. i53 et i58.

LA PEAU DU RENARD

Giove, l'autre avec toutes les munitions de guerre disponibles dans la citadelle de Porto-Longone.

Pons, à qui Drouot transmit cet ordre, leso, comprit sans peine que c'était le projet de départ qui, cette fois, s'exécutait.'

Le 20, une pinque ou polacre marseillaise, le Saint- Esprit, jaugeant 200 tonneaux et allant de Gênes à Naples, fait relâche à Porto-Ferraio afin de s'abriter d'un coup de vent. Elle reçoit « pour Naples » les deux berlines démontées en Janvier, le landeau café au lait, des caisses d'argenterie et différents paquets. ^

Le 21, tandis que l'Empereur visite la maison portative et que Pauline se promène en gondole dans le golfe, en compagnie de Madame Mère, les capitaines d'habillement s'occupent de fournir des uniformes complets à la troupe et deux paires de souliers à chaque soldat. ^

' GoRRES. iMP., ai. 675; Ile d'Elbe et Cent Jours, p. 35; Mémoire aux Puis, All., p. 109. — C'est à la base du Monte Giove, près Rio, et non à celle du Monte Giove de Marciana, que Pons devait charger du bois. Ce bois était celui que prenait autrefois avec lui tout bâtiment qui allait faire campagne. Il devait servir à réparer les avaries et à boucher les voies d'eau qui se produiraient soit sur le bâtiment lui-même, soit dans ses chaloupes, (cloisons, pont, bordage, avirons). Aujourd'hui encore on embarque du bois de rechange, mais en moins grande quantité, puisque les navires sont presque entièrement construits en fer ou en acier. Enfin l'on embarquait aussi du bois pour la construction de radeaux, en cas de naufrage, et, sur les navires de guerre, de débarquement de troupes.

2 Marchand d'H., p. i56 et 169; Ile d'Elbe et Cent Jours, p. 35; Sellier Vincent, p. 370; Peyrusse, p. 271. — C'est la même pinque que, par une erreur de mémoire évidente, Peyrusse ne fait arriver que dans la nuit du 2 4 au 25. La « pinque » était, comme la « polacre », un gros bâtiment de commerce, à deux ou trois mâts, muni de voiles latines, et pouvant s'aider de rames. Les transports de Rio, envoyés par Pons, étaient des « felouques ». (Voir p. 96.)

3 Marchand d'H., p. i58 et 169.

ET LA PEAU DU LION

Le 12 2, ordre de retirer de la Pianosa les chevaux de la cavalerie polonaise. Sur I'Inconstant remis à flot, et sur le chebec TÉtoile qui appartient à l'Empereur, l'embarquement commence de caisses de cartouches, de ballots d'équipements, et de munitions diverses. Cela, à la nuit tombée. ^

Dans la journée, l'Empereur est allé voirPeyrusse. Il entre sans se faire annoncer, et va vers la fenêtre, qui donne sur les casernes de la Garde. Il regarde les plantations que font les soldats, les parterres qu'ils dessinent, et déclare qu'il est satisfait de voir se développer chez ces braves le goût de l'horticulture. L'Intendant Balbiani était présent. Il sentait que sa présence gênait l'Empereur, mais il n'osait pas se retirer, de peur de commettre une faute d'étiquette. L'Empereur sortit, et, quelques instants après, Peyrusse était mandé aux Mulini. La porte du cabinet impérial se referma sur lui. (( Ehl bien, Peyrousse, débuta l'Empereur, qu'est-ce qu'on dit de nous.t^ Que vous disait l'Intendant.^» — « Sire, au moment où Votre Majesté m'a fait l'honneur de venir chez moi, nous causions des bruits qui circulent en ville, que Votre Majesté irait rejoindre le Roi de INaples. » — (c Vous êtes deux nigauds. » Et se rapprochant de son trésorier, en lui tapotant les joues : « Avez-vous beaucoup d'argent, Peyrousse ^ Combien pèse un million en or.^^ Combien pèsent loo.ooo francs ? Combien pèse une malle de livres '^ Prenez des malles. Mettez-y de l'or, et par-dessus, des livres de ma bibliothèque. Renvoyez votre monde. Faites vous-même vos emballages. Sanglez vos malles. Ecoulez votre argent blanc. Payez. . . Mais ne payez pas. . . Je crois inutile de vous dire de tenir tout ceci secret. »

* Marchand d'H,, p. i6o.

LA PEAU DU RENARD

Peyrusse, abasourdi de ce discours à la suite duquel l'Empereur l'avait congédié sans rien dire de plus, alla trouver Drouot. Drouot était lugubre. (( Je cherchai à le pressentir sur nos futures destinées. Il me regarda fixement et demeura boutonné. » Peyrusse se mit à emballer les i.863.5oo francs qui lui restaient en caisse. *

Si Drouot n'avait pas été, d'une façon formelle, prévenu par l'Empereur, il ne pouvait conserver aucun doute sur le départ, d'autant que les embarquements de munitions s'opéraient par ses soins. Il avait fait appeler le sellier Vincent et lui avait demandé si sa selle de campagne était en état. Sur la réponse affirmative du sellier, il lui prescrivit d'y ajouter un coussinet, des courroies de porte-manteau, et un étui de portefeuille (( afin de se rendre, dit-il, à Marciana, travailler avec l'Empereur et tirer des plans )).^

Le 23, les approvisionnements de bouche parviennent à Porto-Ferraio, du continent et de l'intérieur de l'île. Ils sont aussitôt embarqués sur le chebec et sur le brick, ainsi que des tonneaux d'eau douce. ^

Les préparatifs en étaient là, lorsque, le 24, à lo heures du matin, la corvette anglaise qui a conduit Campbell à Li-

* Peyrusse, p. 269 et p. 334 {Compte en caisse au sa Février). — On laissait en outre, derrière soi, en comptes courants publics et privés, à l'île d'Elbe, à Gênes et à Rome : 387.880 fr. 87 c.

2 Sellier Vincent, p. 369.

3 Marchand d'H., p. 161. — Nous avons vu que l'Empereur avait ordonné que ces approvisionnements seraient « pour 120 hommes pendant trois mois ». C'est qu'en effet l'Empereur avait à embarquer, non pas 120 hommes, mais plus d'un millier, ce qui donnait à peine une dizaine de jours de vivres, et il fallait prévoir le cas où, poursuivi par la croisière française ou par la corvette anglaise, il serait contraint de rebrousser chemin et de revenir chercher un refuge en Italie ou en Corse.

vourne, voilà huit jours, et qui doit l'y attendre, pour le ramener à l'île d'Elbe, apparaît sur l'horizon. Alerte. Va-t-il falloir, brusquant le dénouement, s'emparer du navire ennemi, de vive force ou par surprise, faire prisonnier l'équipage, et Campbell lui-même, s'il est à bord.î^ C'est une lutte terrible, a l'issue incertaine, avec l'Angleterre un casus belli certain, qui s'apprête peut-être. Tout mouvement suspect est interrompu dans le port.

La corvette ne ramène point Campbell. Elle amène six touristes anglais que le capitaine Adye accompagne aux Mulini, par le chemin détourné qui longe les remparts, afin de n'être point remarqué dans cette démarche toute officieuse. Après une heure de cordiale conversation avec l'Empereur, il va saluer le maréchal Bertrand qui s'enquiert de Campbell et de la date exacte de son retour, et il redescend vers le port. 11 s'arrête à regarder les soldats de la Garde, occupés à charrier de la terre dans des brouettes et à planter des arbres, et regagne sa corvette, sur laquelle il repart dans l'aprèsmidi. A peine a-t-il repris le large, surveillé par les lunettes des sémaphores et par un petit bateau qui part à sa suite en feignant de pêcher, que reprend l'embarquement de l'artillerie, des bombes et des fusils. ^

Nouveau contre-temps. L'Empereur a envoyé un courrier à Rio Marina, afin de prévenir Pons que, si les deux transports qu'il doit amener à Porto-Ferraio avec les munitions de guerre de Porto-Longone et le bois de Giove, ont terminé leur chargement, il ne se mette pas en route avant le lendemain, de crainte d'une rencontre avec la corvette

* Campbell, p. 227; Peyrusse, p. 371; Marchand d'H,, p. 162. — Les bombes devaient servir, durant la traversée, au cas de bataille et d'abordage avec un autre navire.

LA PEAU DU RENARD

anglaise. Le courrier arrive au moment où les transports viennent de partir et où la corvette, cachée par la montagne, débouche en face d'eux, ayant le cap sur Palmaiola. Virer de bord, et rentrer à Porto-Longone ou à Rio, n'était plus possible sans s'exposer aux soupçons « de l'Argus britannique )). Pons prit un autre parti. Il écrivit à Campbell, que, lui aussi, il croyait sur la corvette « en l'invitant à un dîner qu'il donnerait la semaine suivante ». Un homme intelligent fut dépêché dans un canot, avec la lettre. Ce fut le capitaine Adye qui la reçut. Il promit de la transmettre à Campbell et remercia en son nom. Il demanda où allaient les deux transports et quel était leur chargement. La question avait été prévue. Le messager répondit qu'ils étaient chargés de minerai pour la Romagne. La corvette continua son chemin, voulut faire escale à Palmaiola, où les factionnaires déclarèrent que le règlement s'y opposait, et remit le cap sur Livourne. Les bâtiments riais entraient, le soir, à Porto-Ferraio. '

L'Empereur ne s'expliquait toujours pas. Les grognards, qui ont été reformés en quatre compagnies, demeurent persuadés qu'il ne s'agit pour l'instant que « de les faire trotter dans l'île » et que, si on part, « ce sera dans un mois ».

Le 25, les effets de campement sont réunis, la giberne des soldats est garnie de cartouches, le bataillon corse fait l'exercice à feu, puis est consigné dans ses casernes, afin d'empêcher de sa part toute velléité de désertion. Le commandant Mallet, du fort du Faucon, observe la mer et si la corvette anglaise ne reparaît pas. L'embargo est mis sur l'île.

L'Empereur, se prétendant indisposé, ne se montra pas

^ Pons de l'H., p. 38o; Campbell, p. 328; Peyrusse, p. 371; Ile d'Elbe ET Cent Jours, p. 35.

ET LA PEAU DU LION

de la journée. Il désirait éviter les interrogations importunes. Porto-Ferraio s'agitait. A la fin de la journée, il reçut en audience une délégation des Corps Constitués, qui lui témoigna la douleur et la joie que ressentaient à la fois ses sujets, à le voir les abandonner « pour reprendre le chemin de la gloire )) . Il remercia la délégation des sentiments qu'elle lui exprimait et se tint dans de vagues généralités. *

Il s'ouvrit seulement à sa mère, ce soir-là. Après le dîner il était, avec elle et Pauline, à jouer aux cartes, aux Mulini. Il semblait plus gai que de coutume. Soudain il interrompit la partie, et quitta la pièce. Ne le voyant pas revenir, Madame Mère se leva, alla à la porte, et l'appela. Mais le chambellan de service lui dit que l'Empereur était descendu au jardin. Elle y descendit.

La lune scintillait, brillante, entre les feuillages, et l'Empereur se promenait à pas précipités dans les allées, dont le gravier craquait sous ses pieds. Puis il s'arrêta, et, s'appuyant la tête contre un figuier : a II faudra bien pourtant que je le dise à ma mère î » s'écria-t-il. Celle-ci, s'avançant à ces mots, lui demanda avec impatience quelle pensée le tourmentait. — (( Oui, ma mère, il faut que je vous le dise, lui répondit-il après une hésitation, feinte ou réelle. Mais je vous défends de répéter mes paroles à qui que ce soit, pas même à Pauline. Je pars la nuit prochaine. » — « Pour aller oii.^ )) — (( A Paris. Quel est, là-dessus, votre avis ? » Il avait embrassé, en souriant, le front stoïque de celle qui avait déjà par lui subi tant et de si rudes angoisses, et qui le pria de la laisser réfléchir un instant afin « qu'elle pût oublier qu'elle était mère et réprimer en elle toute faiblesse ». — « Si vous

' Pons de l'H., p. 38i ; Marchand d'H., p. i63, i64 et i65.

La peau du RÈNARi)

devez mourir, mon fils, dit-elle enfin, le ciel qui n'a pas voulu que ce soit dans un repos indigne de vous, ne voudra pas, j'espère, que ce soit par le poison, mais l'épée à la main. » Et ce fut tout. '

L'Empereur s'occupa, une partie de la nuit, à rédiger et à faire imprimer trois proclamations, qui seraient prêtes pour l'heure oii il débarquerait en France. Deux en son propre nom, au Peuple et à l'Armée, la troisième que la Garde signerait pendant la traversée, après l'avoir censément rédigée elle-même et spontanément adressée à ses frères d'armes, généraux, officiers et soldats. ^

^ Récit de Madame Mère a Mlle Rosa Mellini, demoiselle d'honneur, cité par Larrey, II, p. 53 1.

2 « Français, la défection du duc de Gastiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis. L'armée dont je lui avais confié le commandement était, par le nombre de ses bataillons, la bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient, à même de battre le corps d'armée autrichien qui lui était opposé. La trahison du duc de Raguse livra la capitale... Français, dans mon exil j'ai entendu vos plaintes et vos vœux. J'ai traversé les mers au milieu de périls de toute espèce. J'arrive parmi vous, reprendre mes droits qui sont les vôtres... » — « Soldats, nous n'avons pas été vaincus. Deux hommes sortis de nos rangs ont trahi nos lauriers, leur pays, leur prince, leur bienfaiteur... Reprenez ces aigles que vous aviez à Ulm, à Austerlitz, à léna, à Eylau, à Friedland, à Eckmûhl, à Essling, à Wagram, à Lûtzen, à Smolensk, à la Moscowa, à Montmirail ! La victoire marchera au pas de charge... » — « Soldats, camarades, nous vous avons conservé votre Empereur. Nous vous le ramenons au milieu de mille dangers. Foulez aux pieds la cocarde blanche, elle est le signe de la honte... » Ces proclamations enflammées où l'Empereur reprenait les événements à l'heure de son départ de France et où sa pensée devançant ses actes, il annonçait « qu'il avait traversé les mers », portent dans la Correspondance Imp. la date du i^^ Mars i8i5, golfe Jouan, et l'Empereur a nié qu'elles aient été imprimées à Porto-Ferraio (Ile d'Elbe et Cent-Jours, p. 4o). Mais elles existent aux Archives Etrangères avec celte mention : « Porto-Ferraio, chez Broglia, imprimeur du Gouvernement » (Houssaye j8i5, p. 192 et 206). Les bouts de papier griffonnés, trouvés dans la chambre de l'Empereur après son départ, étaient probablement les brouillons de ces proclamations. (Voir p. 243.)

ET LA PEAU DU LION

Le lendemain matin, 26, un dimanche, à la réception habituelle de son lever, il parla.

Les autorités civiles et militaires, jusqu'aux simples adjudants, furent invitées par Bertrand à se rendre aux Mulini. Les règles de l'étiquette furent suspendues. Ceux même qui d'ordinaire n'avaient pas le droit d'entrer, trouvèrent le passage libre. L'Empereur parut. « Il était transformé. On aurait cru qu'on le voyait pour la première fois. Son air était grave, mais calme, et sa parole émue allait à l'âme. Une légère fatigue de ses traits trahissait qu'il avait dû longtemps veiller. Selon sa coutume en ces sortes de cérémonies, il débuta par des questions oiseuses, puis, sans transition, il annonça qu'il partait le soir même. Ce n'était pas la foudre qui venait de tomber ; mais on avait cru l'entendre. L'Empereur rentra dans son appartement, l'assemblée se sépara et le cri fut partout : « L'Empereur s'en va ! » Où allaitil ? Reconquérir l'Europe avec une armée de 678 hommes .^^ » Il laissait planer sur son but le plus complet mystère. ^

A 9 heures, il y eut messe, comme tous les dimanches. A II heures, un canot aborda sous le fort Stella et débarqua une estafette qui monta directement aux Mulini, apportant,

1 Pons de l'H., p. 382 ; Labadie, p. 56. — Ce chiffre de 678 hommes, donné par Pons, semble être celui de la Garde, soldats, officiers et état-major impérial. Il y faut ajouter les 108 Polonais, /ioo Corses et volontaires elbois, et les 5o gendarmes. Soit i.aSi hommes environ, pour le total de l'armée. Beaucoup de Corses s'étaient esquivés au dernier moment. Des canonniers, dont quelques Polonais, restèrent dans les forts, pour maintenir l'embargo sur l'île et protéger le départ. (Campbell, p. 383 (éd. anglaise); Marchand d'H., p. 167, 168 et 170 ; Moniteur du 23 Mars i8i5.) Dans la relation du Moniteur, l'Empereur fit réduire le chiffre de la Garde à 4oo hommes, chiffre officiel porté au Traité de Fontainebleau, ce qui, en diminuant le nombre de ses soldats, augmentait le mérite de l'entreprise.

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sans nul doute, les derniers renseignements recueillis sur les mouvements de la corvette anglaise et de la croisière française. Pour plus de prudence cependant, l'Empereur a ordonné (( que les grenadiers qui travaillent au jardin de MM. les officiers continueraient leur ouvrage jusqu'à 3 heures de l'après-midi. Alors seulement ils le quitteront. »

A 4 heures, les troupes mangent la soupe. A 5 heures, le rappel se met à battre. C'est le branle-bas général et l'embarquement. *

L'embargo proclamé la veille redouble de rigueur. Aucun navire ne doit aborder dans l'île ni en sortir, sous peine de voir les forts tirer sur lui à boulets rouges et le couler. Depuis deux jours la police ne délivrait plus de passeports, surveillait les suspects, et, de tous les espions qui opéraient à l'île d'Elbe, pas un ne peut passer sur le continent. Ils courent çà et là, avec un désespoir risible, en persévérant à rédiger leurs rapports, priant, offrant, suppliant, et jurant leurs grands dieux que des affaires commerciales urgentes les appellent à Piombino ou à Livourne. Les sentinelles ne s'attendrissent point. Le « Marchand d'Huiles » séduit le patron d'une barque, qui accepte, pour 6o francs, de lui faire traverser le détroit. Mais à peine est-il en rade qu'un officier le hèle du pont de I'Inconstant et lui demande oii il va. L'espion proteste de l'innocence de ses intentions. C'est le beau temps qui l'a incité au plaisir d'une promenade en mer. L'officier lui enjoint de regagner le rivage s'il ne veut point recevoir une balle. Des touristes anglais, que surexcite la curiosité, tentent de s'approcher du brick. Ils

^ Labordp:, p. 48; Marchand d'H., p. i66; Larabit, p. 71; Mkaiorial DE S'c-H., 34 Février 1816.

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sont invités, sous la même menace, à s'en retourner à terre. Comble de misère I Notre homme rencontre Cambronne avec lequel il a souvent conversé, en étalant des sentiments d'admiration et de dévouement pour l'Empereur. Cambronne prétend l'inscrire parmi les volontaires elbois : « Votre place, lui dit-il, est sur le bâtiment n*" 5 I » Sans un ami commun qui s'interposa et se porta caution qu'il rejoindrait le convoi dans quelques jours, Cambronne lui mettait de force un fusil sous le bras, un sac sur le dos, et l'embarquait.*

Aucun de ceux qui partaient avec l'Empereur, sauf Bertrand et Drouot, vis-à-vis de qui plus de mystère aurait été offensant, ne savait oii il les conduisait. Nul ne s'en inquiétait. Pons, le robespierriste, partait avec les autres. Le commandant Cornuel s'était relevé de son lit d'agonie, afin de n'exhaler qu'à Paris son dernier soupir. Cambronne marchait, les yeux fermés. L'Empereur lui avait dit : « Oh allons-nous Cambronne.^ » Il avait répondu : « Je n'ai jamais cherché à pénétrer les secrets de mon Souverain. » Bertrand espérait etcraignaità la fois, et, comme toujours, obéissait, triste de laisser sa femme derrière lui. Qui sait s'ils se reverraient ? Seul, Drouot était franchement hostile à l'entreprise et avait tenté « tout ce qui était humainement possible » pour en détourner l'Empereur. Il n'en était pas moins résolu à accomplir son devoir jusqu'au bout. Taillade avait repris aux côtés de Chautard le commandement de I'Inconstant, et ils se chamaillaient tous les deux. Les fils des meilleures familles elboises « suivaient l'homme du destin )).^

* Marchand d'H., p. i65 et i66; Campbell, p. aSo.

2 Pons de l'H., p. 344 et 382 ; Mémoire aux Puis. All,, p. i3i ; Laborde, p. 5i; Peyrusse, p. 378; Marchand d'H., p. 161; Déclar.vtions de Cambronne et DE DkOUOT a leur PROCÈS,

LA PEAU DU RENARD

Madame Mère donnait l'exemple de l'énergie dans les adieux. Mme Bertrand tâchait aussi de se montrer forte. Pauline, livide, les lèvres décolorées, épongeant ses yeux avec son mouchoir de dentelle, embrassait les grognards et posait câlinement son bras sur le leur, les conjurant de veiller sur la tête chère qu'elle leur confiait. ^

Entre 7 et 8 heures, presque tout le monde avait achevé d'embarquer. Les retardataires, emportant des pains de quatre livres, des saucissons, des bouteilles de vin et des couvertures, ralliaient les navires dans des barques de pêcheurs. Beaucoup abandonnaient des objets mobiliers qu'ils avaient acquis, pensant se fixer à l'île d'Elbe, et que les officiers refiisaient d'admettre à bord. ^

Dans la journée, l'Empereur avait ordonné de payer comptant, au capitaine Gardini, la cargaison de la pinque marseillaise qui, le 20 Février, avait reçu ses voitures et des caisses, et que, sous divers prétextes, l'on n'avait point laissée poursuivre sa route vers JNaples. Peyrusse versa 25.000 francs au capitaine. Il aurait voulu éplucher ses factures qui lui paraissaient majorées. Mais l'Empereur survint et, estimant que ce n'était point l'instant de discuter, fit voler en l'air, au grand scandale de son trésorier, toutes ces « paperasses ». Le capitaine empocha son argent et les Polonais jetèrent à la mer la cargaison du navire, sur lequel ils s'installèrent. Il fallut renoncer, faute de place, à embarquer les chevaux des hommes, qui ne prirent avec eux que les selles. Seuls, les officiers emmenèrent les leurs. ^

1 Pons de l'H., p. 383; Mémoire aux Puis. All., p. 119.

2 Sellier Vincent, p. 371.

3 Peyrusse, p. 272 ; Sellier Vincent, p. 370. — L'encombrement* était considérable à bord des navires, qui, outre les troupes, emmenaient tous les

ET LA PEAU DU LION

La flottille se composa donc du brick I'Inconstant, armé de 26 canons (dont dix avec leurs attelages), chargé des chevaux de selle de l'Empereur et des malles d'or, de l'étatmajor, et de quatre à cinq cents grenadiers, entassés sur le pont et dans la cale; du chebec TEtoile; de l'espéronade la Caroline ; du Saint-Esprit (la pinque marseillaise) ; des deux felouques de Rio, et d'un autre transport, le Saint- Joseph, appartenant au signor Tonietti, négociant elbois. Ces trois derniers bâtiments étaient nolisés moyennant un fret de 8.869 francs. ^

Trois autres felouques mettraient à la voile pour la Corse, dans deux ou trois jours, portant chacune quinze ou seize Corses, gens influents en leurpays, munis de proclamations, et chargés de soulever l'île en faveur de l'Empereur dont ils annonceraient l'évasion, d'arrêter et déjuger Bruslart. Ils y ménageraient un refuge à la flottille expéditionnaire, au cas oii, contrainte de rétrograder, soit devant une bourrasque, soit devantles croisières ennemies, elle viendrait s'y jeter à la côte. ^

L'Empereur descendit des Mulini vers le port, avec Ber-

fonctionnaires civils, le personnel de la Maison impériale, et des femmes, avec leurs enfants, qui avaient rejoint leurs maris à l'ile d'Elbe et embarquèrent comme elles purent, à la suite de l'expédition.

1 Ile d'Elbe et Cent Jours, p. 35 et 36; (Mémoire aux Puis. All.), p. 129; Peyrusse, p. 274 et 3o5. Un dessin à la sépia, du chef de bataillon Mellini en retraite à l'île d Elbe (Registre de l'Ile d'Elbe, n. iio), et père de Mlle Rosa Mellini, demoiselle de compagnie de Madame Mère, représente le départ de la flottille, au clair de lune. On y remarque, au second plan, une huitième petite voile, sans doute un des deux avisos, I'Abeille ou la Mouche, qui ne semble pas avoir suivi bien loin le convoi. L'original de cette sépia est à la mairie de Porto-Ferraio. Il en existe une reproduction à la Bibliothèque Nationale de Paris (Estampes, Collection Henniïn). Le Saint- Joseph était un brigantin à deux mâts, jaugeant 80 tonneaux.

- Ile d'Elbe et Cent Jours, p. 37; Marchand d'H. et Rapports d'espions. p. 117, 168 et 170; Pons de l'H., p. 382.

LA PEAU DU RENARD

trand, dans la petite calèche découverte, à roues basses et attelée de deux poneys, de la princesse Pauline. Dans son canot, manœuvré par les marins de la Garde, il embarqua au chant de La Marseillaise, qu'entonnèrent les soldats et que reprit la population assemblée.

Lorsque la chaloupe impériale quitta la terre, tous les cœurs battirent. Le maire Traditi sanglota. Les mains de la foule s'agitèrent, parmi des hourras où passait, en dépit des emportements d'enthousiasme, on ne sait quelle douloureuse mélancolie, et, sous la nuit, d'un vert d'émeraude, qui s'épandait au firmament, la ville illuminée, comme le soir du jour 011 l'empereur-dieu était venu, reflétait ses innombrables lumières dans le grand lac de la mer.

Gomme il était venu dans l'aube du matin, il s'en allait dans le mystère de la nuit, et, si rapide était le temps écoulé, qu'il semblait que l'on fût au soir d'une même longue journée. G était la même splendide sérénité, au ciel et sur les flots, que ne ridait la moindre brise. L'air, tiède et pur, était imprégné d'effluves embaumées, car un printemps précoce avait déjà crevé les bourgeons et fait s'épanouir les champs de fleurs du maquis.

Mais le calme de cette nuit divine, c'était aussi, s'il se prolongeait, la ruine de tout espoir, le désastre dès la première heure. Si l'on n'avait pas avant l'aube, heureusement tardive en cette saison, réussi à prendre une avance suffisante, la corvette anglaise revenant de Livourne avec Gampbell qu'elle devait ramener le lendemain, se croiserait avec le convoi, et, si supérieure en voilure et en canons, lui cracherait sa mitraille, en barrant la route. La croisière française arriverait au bruit du combat et il n'y aurait plus qu'à vendre chèrement sa vie.

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1, LK Di':i>.\iiT ])K i.'itjc o'^MiK. (Estampe allemande.)

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ET LA PEAD DtJ LION

L'Empereur ne disait rien. Il arpentait l'arrière-pont de I'Ingonstant, dans sa redingote grise, et, comme tout le monde, attendait. Les voiles pendaient sur leurs vergues et le long des mâts, obstinément inertes.

Quatre mortelles heures se passèrent ainsi. Enfin, vers minuit, une iiiible brise frisa les flots. Les voiles se soulevèrent. Le veilleur du sémaphore et des pêcheurs envoyés en observation annoncèrent que le vent du sud, masqué par le cercle de montagnes du golfe, soufflait au large, avec force. Le vent du sud était le salut. Il poussait l'expédition, vent arrière, et immobilisait à Livourne la frégate anglaise. Les équipages et les soldats prirent les rames pour franchir le goulet, et la flottille, se ralliant à la lanterne accrochée au grand mât du brick, s'en alla silencieuse, tandis que la lune qui s'était levée montait dans le ciel, inondant l'espace de clarté. *

Le lendemain matin quelques touristes anglais, retenus à l'île d'Elbe où l'embargo était maintenu, demandèrent à visiter les Mulini.

La maison était vide. Pauline s'était retirée chez sa mère. Une vieille femme corse, restée comme concierge, les fit entrer. Ils trouvèrent la baignoire de l'Empereur encore pleine d'un bain qu'il avait pris avant de partir. Dans sa chambre, sur la

* Par suite du clair de lune, la flottille ne pouvait compter sur la nuit et sur son obscurité pour sortir, sans être vue, des eaux de l'île d'Elbe. Elle n'avait donc pas à éteindre ses feux, ce qui, en cas de rencontre avec la croisière française ou avec la corvette anglaise, n'eût fait que la rendre suspecte. Il valait mi«ux qu'elle parût simplement un convoi de bateaux marchands, escorté par I'Inconstant, ainsi que cela se passait souvent (Cf. p. 171). La flottille navigua de conserve jusqu'au lendemain matin. Après que l'on eut doublé Gapraia, I'Inconstant, meilleur voilier, prit de l'avance et laissa derrière lui les autres bâtiments, qui le rejoignirent au golfe .Touan.

es»

LA PEAU DU RENARD

table de nuit placée au chevet du lit, était ouvert, à la page oii il avait cessé de lire, un volume d'une histoire de Charles- Quint. Le sol et les meubles étaient parsemés de bouts de papier déchirés, de notes écrites au crayon et indéchiffrables. Sur une table, une carte de France était déployée, avec des épingles à grosses têtes, piquées de place en place. *

^ Marchand D'H.,p. 167; Campbell, p. 280; Peyrusse, p. 276; Monier, p. loi ; Pons de l'H., p. 38i, 383 et 384; G^*^ Durand, p. 261.

APRES LE DEPART

ET JUSQU'A NOS JOURS

LE RETOUR ÉTAIT PREVU DES FONTAINEBLEAU. \\ COMMENT l'EMPEREUR ÉTAIT RENSEIGNÉ A l'île d'eLBE. Il « COMMEDIANTE! COMMEDIANTe! » Il LE PROBLÈME DE l'ILED'eLBE, || LA DISPERSION DES GENS. || OFFRE A NAPOLEON III APRES SEDAN. || LA DISPERSION DES CHOSES, Il LE MUSÉE DEMIDOFF ET SA VENTE. || ESSAI DE RECONSTITUTION d'uN MUSÉE PAR LE PROPRIÉTAIRE ACTUEL DE SAN MARTINO. |I QUELQUES ^RELIQUES. 1| LE VIEIL AVEUGLE

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