‹ Napoléon, roi de l'île d'ElbeChapitre 2 sur 16 · PAUL GRUYER · texte numérisé non relu

PAUL GRUYER

Mars-Avril igoa et Mai igo4'

l'île D'ELBE et le « CANAL » DE PIOMBINO. || DEBARQUEMENT A PORTO-FERRAIO. \\ UNE VILLE d'opéra. Il LA « TESTE DI NAPOLEONE » ET LE PALAIS IMPÉRIAL. || LA BANNIÈRE DE l'ancien ROI DE l'iLE d'eLBE. || LA BIBLIOTHÈQUE DE l'EMPEREUR. || SOUVENIR DE VICTOR HUGO. LE PREx\IIER MOT DU POÈTE. \\ UN ENTERREMENT AUX FLAMBEAUX. CAGOULES NOIRES ET CAGOULES BLANCHES. DANS LA PAIX DES LIMBES. || LES DIFFÉRENTES ROUTES DE l'île. Il LE GOLFE DE PROCCHIO ET LA MONTAGNE DE JUPITER. || SOIR TEMPÉTUEUX ET MORNE TRISTESSE. 1| l'ASCENSION DU MONTE GIOVE. || UN VILLAGE DANS LES NUÉES. || l'ermitage de la MADONE ET LA « SEDIA DI NAPOLEONE ». i| LE VIEUX GARDIEN DE l'infini. « BASTIAjSIGNOr! ». VISION SUBLIME. || LA COTE ORIENTALE DE l'ILE. CAPOLIVERI ET PORTO-LONGONE. |1 LA GORGE DE MONSERRAT. || RIO MARINA ET LE MONDE DU FER. |1

DEUX MOTS d'histoire.

L'Isola d'Elba, en français l'île d'Elbe, est située dans la mer Méditerranée, entre la Corse et l'Italie, et fait partie, avec les autres îles de Gorgona, Capraia, Pianosa et Monte-Christo, de l'archipel Tyrrhénien. Elle est aujourd'hui, en express, à un jour et demi de Paris, par Modane, Turin, Gênes et Pise, et seulement à une demi-journée de Rome.

Du chemin de fer de Pise à Rome se détache, au tiers de la route, parmi les plaines marécageuses des Maremmes, un court embranchement, qui va de Campiglia, point de bifurcation, à Piombino, port d'embarquement.

Piombino est le type de la vieille petite place forte italienne,

J/ILE D'ELBE

aux rues étroites, aux arches et aux tours de pierre brûlées par le soleil. Elle n'offre guère de ressource et l'on fera bien de ne pas lui demander l'hospitalité de la nuit. Du côté de la mer, ses maisons et ses remparts tombent à pic dans les flots ; en face, Elbe se découpe sur l'horizon, violâtre, montagneuse, abrupte, et coiffée presque toujours d'un chapeau de nuées. La distance entre le continent et la pointe la plus avancée de l'île est de onze kilomètres ; elle est de vingt jusqu'à Porto-Ferraio. Deux fois par jour, un vapeur fait, en une heure, le service postal et celui des passagers. Mais c'est en barque qu'il faut gagner le navire, car le peu de fond de la mer, semée de récifs et d'écueils, empêche qu'il ne s'approche de terre, et, lorsqu'il y a houle ou gros temps, on danse ferme dans le (( canal » ou détroit de Piombino. Il arrive même que le navire ne peut tenir sur ses ancres, ni la barque quitter le rivage pour aller le rejoindre avec son entassement de passagers et de colis. On doit alors aller embarquer au petit port voisin, et plus sûr, de Porto- Vecchio. Un autre service partde Livourne. La traversée, avec escales à Gorgona et à Gapraia, est de huit heures.

Le voyage n'est pas, en somme, compliqué. Personne ne va à l'île d'Elbe cependant. D'Italie même on y vient peu ; quoique ce sol, beau et sain, soit assez proche de Rome, il ne s'y trouve que quelques grandes propriétés rurales. Quant aux touristes étrangers, en Italie encore plus qu'ailleurs, c'est le troupeau qui suit les itinéraires tout tracés. Et puis n'est-ce pas le sort commun de toutes les îles d'être plus ou moins délaissées ? Il faut y aller exprès, et, quand on y est, un vague malaise vous pousse à en sortir, comme si l'on craignait d'y rester prisonnier.

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