CHAPITRE PREMIER. 3i
(( Il ne vous aime pas, lui disait-il^ ma chère, (( A tous ses beaux projets vous êtes étrangère. « Alfred a le cœur froid; c'est un ambitieux
(( Qui ne languira pas long-temps pour vos beaux yeux. »
Ce jugement était injuste : au fond de l'âme, Alfred était guidé par une noble flamme; Mais sous un fol orgueil ce feu s'était caché. Des pleurs de Napoline , Alfred était touché ; 11 aimait sa candeur, sa bonté sans égales — Ce qui n'empêchait point qu'elle n'eût deux rivales, L'une pour le présent, l'autre pour l'avenir. Deux succès différens qu'il savait obtenir :
La première, c'était la duchesse élégante
Dont nous avons déjà parlé, femme charmante;
Regardez-la plutôt Quel maintien gracieux !
Elle n'est point jolie, et le paraît aux yeux.
Sa beauté ne saurait supporter l'analyse;
Mais elle est si coquette, et toujours si bien mise!
Son pied est moins bien fait, dit-on, que son soulier;
Mais, devant lui, comment ne pas s'humilier!
Elle est très maigre, mais ces cascades de blondes
Imitent les contours des tailles les plus rondes.
Elle a fort peu d'esprit, mais partout elle en prend;
Elle emprunte une idée, et jamais ne la rend.
A vrai dire, après tout, c'est une étrange femme.
Piquante sans gaîté, langoureuse sans âme;
L'humeur capricieuse et l'esprit positif;
Le ton impérieux et le regard plaintif :
Elle appelle langueur, sentiment vague et triste,
Le désenchantement de sa vie égoïste.
Elle fait sonner haut son amour pour les arts;
Chez elle les talens viennent de toutes parts ;