CHAPITRE DEUXIEME. 6i
Napoline écoutait ces propos , et souffrait D'entendre ainsi parler d'Alfred qu'elle honorait. Elle riait pourtant à travers sa tristesse. D'ailleurs ces propos fous n'étaient pas sans justesse : Alfred était vraiment ridicule en valsant, Avec ses longs cheveux et son air menaçant. Du monde et de l'esprit inconccA able empire !
Ridicule malheur qui tue — et qui fait rire
Ce n'est qu'en nos salons que l'on peut t' éprouver!
La valse étant finie, il fallut se lever,
Céder sa place enfin. — Une aimable comtesse
Que l'heureux Beaucastel trompa dans sa jeunesse,
A Napoline, au bal, servait de chaperon.
Elle voulut passer dans un autre salon :
Napoline obéit.
Dans la serre élégante
On se promène, on rit. La vieillesse intrigante, Sous des myrtes en llem' discute le budget; Un vieux duc, d'une loi déplore le rejet Près d'un jeune ministre , et guette un portefeuille, En tournant dans ses doigts un œillet qu'il effeuille.
Sous ces verts orangers, sous ces lilas fleuris. Les mères vont causer, — et dormir, les maris. Ceux qui rêvent l'amour, qui cherchent à se plaire, Implorent à leur tour cet abri tutélaire. Alfred et la duchesse, retirés à l'écart. Derrière un oranger se cachent au regard.
Napoline les voit elle écoute immobile :
On devine l'amom- sans être bien habile; Le plus malin sorcier ne vaut pas im jaloux.