CHAPITRE TROISIÈME
(( Il a du recevoir ma lettre ce matin —
« Point de réponse ! . . . Un mot eût changé mon destin .
« Hélas! pour s'excuser qu'aurait-il pu me dire?
(( Ce soir elle l'attend il cède à son empire.
(( Il est tout au bonheur d'un premier rendez-vous! « Oh! que j'aime à troubler ce souvenir si doux!
(( Oui puisque le bonheur ne m'offre plus de chance,
(( Que l'horreur de ma mort, du moins, soit ma vengeance ! (( S'il me voyait mourir lentement dans les pleurs, « Il s'accoutumerait à mes longues douleurs.
« Les médecins diraient :
Morte de la poitrine, (( Comme sa mère !
Et lui : Faible, d'humeur chagrine, (( Elle ne pouvait pas être heureuse ici-bas !
« Et, tranquille, il lirait le Journal des Débats ;
(c Ou bien il s'en irait, de peur d'être malade, « Faire au bois de Boulogne un tour de promenade. « Au spectacle, il serait deux jours sans se montrer; « Ou bien, pour se distraire, il irait s'enivrer!... (( Mais, s'il me trouve un soir, morte dans sa demeure, (( Il faudra bien alors qu'il m'aime et qu'il me pleure!.. « Sur sa couche funèbre il me verra toujours; (( Je placerai ma tombe entre tous ses amours ! « Le cœur, d'un vain regret, d'un i^emords se dégage; (( Mais les yeux ne sauraient se sauver d'une image, « D'une image de mort qui sans cesse poursuit. « Elle combat le jour, et triomphe la nuit; (( Elle est là , toujours là — Je connais sa faiblesse ; (( Il m'oublie aujourd'hui , sans crainte il me délaisse; « Mais quand, soudain, ma mort l'aura glacé d'effroi,
(( Il ne m'oubliera pas il sera tout à moi!...-
« Morte, je régnerai sur son âme oppressée; (( Mon souvenir constant nourrira sa pensée.