CHAPITRE PREMIER. ai
Les vers ne sont pour eux qu'un ramage sonore , Qu'un vieux cadre où l'on place à son gré Mars ou Flore,
Adonis ou Vulcain, Pomone et caetera
Pour eux , la poésie est toute à l'Opéra.
Monsieur de Beaucastel , avec bien plus d'adresse ,
De son esprit étroit cachait la sécheresse,
Et si l'on parlait vers, pour sortir d'embarras
Il exaltait Racine et ne le sentait pas;
11 était connaisseur en musique, en peinture;
En voyage, il rendait justice à la nature;
Mais tout ce qu'on appelle amour, grands sentimens.
Il le considérait comme fable à romans.
En fait de grand courage et d'action sublime.
Il ne croyait à rien, pas même au noble crime;
Il avait le secret de traduire en calcul
Le plus pur sacrifice, et de le rendre nul;
Enfin, comme Mentor près d'une jeune fille, Rien ne convenait moins qu'un tel chef de famille.
Un franc carabinier, un hussard amom-eux
Eût, selon moi, près d'elle, été moins dangereux.
L'amour nous laisse encor du moins une croyance..
Mais de nos vanités la fatale science,
Mais ce rire infernal, ce rire sans gaîté.
Qui flétrit notre espoir dans sa naïveté.
Qui nous montre partout des ruses d'égoïsme ,
Qui fait dans notre coeur avorter l'héroïsme,
Qui jette sur nos jours des voiles attristans ,
Et fait que , sans malheur, on se tue à vingt ans ! . .
Voilà le vrai danger; car l'amour, qu'on expie —
Offense moins le ciel qu'un désespoir impie!