‹ NarcisseChapitre 2 sur 4 · WM · texte numérisé non relu

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lissade de son jardin^ et qa*il se défendit de toate relation avec la bossue. Mais il n*en restait pas moins avéré pour nous deux que les relations existantes, de quelque nature qu'elles fussent, pouvaient ou devaient, tôt ou tard, porter une mortelle atteinte à la considération de mademoiselle d*Estorade.

— Pourquoi, dls-je à Narcisse, ne tenterlez-vous pas ime démarche auprès d'elle? Elle écouterait peut-être la voix d'un ancien ami.

-— J'y ai songé, dit-il; mais noos ne nous connaissons plus, et je n'ai jamais été hardi avec elle. J'ai été élevé dans ridée qu'elle était trop au-dessus de moi, et, à présent, toute déchue qu'elle est dans mon idée, je sens que je n*oserais jamais lui parler d'une chose si délicate.

— Écrivez-lui, alors.

— Oh! je ne sais pas tourner une lettre; je n'ai pas reçu assez d'instruction.

— Je vous demande pardon; vous écrivez correctement, clairement, et, au besoin, je vous aiderai, si vous ne savez pas bien les formules à employer pour une femme.

Narcisse secoua la tête.

— Le mieux, dit-il, serait de lui dire indirectement la chose comme vous l'avez dite à Âlbany, sans avoir lair d^ croire ou de s'en soucier. Comme cela, elle sera avertie du danger d'être découverte, et elle s'en mènera.

one entreTae avec eUe.

rélexte toiic trouvé. Réseau de terrain que vous iairement^ et, quelle que certes roccasion de faire lous avons appris.

L face.

i avec moi.

3c moi pour acheter mon ;it bout sera une condiie lui demanderai de ré*

ma journée de travail se suite; demain, je n'aurais

l'agir à l'instant même, il ilette. Je le pressai, et il ïùs trop savoir ce qu'il

-soignée. Il avait mis tou 1 peu envie de rire en 14 pays, et par la main sin* ors du cru. Mais la mise orade et ses habitudes de

-^^■*Y' •'Trîfwr*« *■

veiraite ne penn^uient pas de penser qu'elle s'aperçût do plus ou moins de distinction de cette tenae de cérémonie.

Nous descendîmes la ruelle qui séparait les derrières du café de ceux du couvent^ et Narcisse sonna résoli!^ ment à une petite porte. Le guichet s'ouvrit, et un yieux domestique, portier et jardinier, nous demanda ce que nous voulions. Narcisse resta court, et je fus forcé de répondre pour lui que M. Narcisse Pardoux et un de ses amis demandaient à mademoiselle d'Estorade un moment d'entretien particulier. Le vieillard prit un air fort étonné, accompagné d'une expression de doute sur la réponse qu'il aurait à nous rendre. Puis, s'étant fait répéter la demande, comme s'il eût eu peine à en croire ses oreilles sur un fait aussi insolite, il referma le guichet en disant :

— Je vas toujours dire la chose à la demoiselle.

— Vous verrez qu'elle ne nous recevra pas ! me dit Narcisse, du ton dont il eût dit : « Pourvu qu'elle n'ait pas la fantaisie de nous recevoir! »

Il avait peur; la sueur lui coulait du front.

On nous laissa dans la rue cinq minutes, qui lui pa-

rarentuc siècle. Enfin^ le portier ouvrit la double porte^

et nous dit :

— Si ces messieurs veulent se donner la peine d'entrer^ la demmelle les attend au parloir.

Évidemment, le bonhomme était enchanté de i^'avoir pas à faire la désagréable commission d*un refus.

— Ça va donc bien^ père Bondois? lui dit Narcisse, qui, par je ne sais quelle habitude de voisinage, souvenir d*enfance ou mouvement nerveux inexplicable, lui serra la main en passant.

— Vous me faites honneur, monsieur Narcisse, répondit le père Bondois : ça va comme vous voyez. J*étais votre voisin de campagne; à présent, je suis votre voisin de ville. On ne se voit pas plus souvent pour ça, encore que Ton demeure porte à porte. Moi, je ne sors quasiment jamais en ville. Mais je me rappelle bien le temps où Ton se voyait tous les jours, où votre sœur Louise était toujours au château! Âh! c'est grand dommage qu'elle soit morte, mademoiselle Louise ! C'était la grande camarade à la demoiselle. Dame ! il fallait les voir ensemble, là-bas, à Ëstorade! L'une qui riait tout fort, l'autre qui riait tout doux; car la demoiselle, encore que petite enfant, n'a jamais été bien terrible !

En babillant ainsi, le père Bondois nous avait conduite au parloir, à travers de petits corridors voûtés, d'un style Louis XII assez remarquable. C'était la partie ancienne

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da couTent. Le parloir était du même temps^ fort petit, mais très-bien consenré et heureusement nettoyé sans aueone couche de badigeon.

Ce cadre caractérisé me disposa peut-être à trouver mademoiselle d*Estorade plus agréable que je ne m*y étais attendu. Malgré ma première impression, qui avait été assez sympathique pour sa physionomie, les dédains d*Albany poor la bossue et la manière dont Narcisse luimême parlait de sa tournure, m'avaient influencé malgré moi, et je m'étais préparé à la voir laide ou ridicule de près.

Ce fut toat le contraire. Dès le premier coup d'œil, je reconnus que mademoiselle d'Estorade n'était nullement bossue. Elle était mince et voûtée, il est vrai; mais, en dépit de sa vilaine robe plate> trop serrée sur sa poitrine et coupée trop carrément sar ses épaules, ses mouvements et même son attitude portée en avant avaient je ne sais quelle grâce touchante qui ne parlait pas aux sens, mais à l'esprit.

Elle était fort petite et fort maigre, mais avec de petits os; diaphane, et non anguleuse. Il eût fallu bien peu d'art, une simple robe aisée et formant quelques plis droits, pour donner à son corps la ténuité élégante d'une statuette de madone byzantine.

Elle était blonde, et elle avait, disait-on, coupé la plas magnifique chevelure dorée qui ait jamais orné la tête

d'une femme^ ponr ensevelir la sienne sons on béguia plissé^ recouveri d*ane Toilette de crêpe noir nouée sous le menton^ en attendant^ disaiHm encore^ le voile d*étamine qu'elle était résolue à iNrendre en prononçant des vœux éternels.

Ses mains, couvertes à demi par de grosses mitaines tricotées, et ses pieds, chauasés de pe^ sabots de jardin, me parurent effilés et un peu trop longs. Dans sa figure aussi, il y avait des lignes qui rappelaient le type des personnes contrefaites, car on pouvait dire qu'elle était une bossue manquée; mais si bien manquée en tant que bossue, qu'il en restait une personne frêle, souple, et d'un charme inexprimable.

Sa taille s'était comme affaissée à l'âge où les jennes filles sortent, soit en guêpe, soit en papillon, soit en sauterelle, de l'étroite et mystérieuse chrysalide de l'enfance. Avec un peu de soin et d'attention, on l'eût aisément redressée. Mais sa mère était trop dévote pour songer à l'avantage des agréments extérieurs, et Juliette ellemême, dépourvue de coquetterie et de personnalité, s'était abandonnée sans résistance à une sorte d'étiolement prématuré.

Telle qu'elle était, et peut-être môme à.cause du jaroblême que renfermait ce mélange d'imperfection et de charme, elle m'impressionna vivement. EUe ne ressemblait à personne. Sa voix avait une douceur inouïe, et un léger accent provincial prenait chez elle Unt de mélodie

foe sa parole ressemblait à an chant Son front avait une pureté exqnêa, et, bien qu'elle eût perdu la fraîcheur de l'a jeunesse (elle ne l'avait peut-être jamais eue), la candeur étonnante de son regard et de son sourire lui donnait, par moments, l'air d'un enfant. Quant à ses yeux, leur limpidité extraordinaire, leur expression de bonté diaste et confiante eussent suffi pour la rendre belle. Son regard est resté toujours dans ma mémoire comme une céleste huniére.

Elle nous reçut d'abord avec une extrême timidité, sans lever les yeux sur nous, sans savoir même lequel de nous deux était Narcisse, son ancien compagnon d'enfance. 11 lui arriva même plus d'une fols de nous répondre : Oui, madame, et de se reprendre vite pour articuler avec effort ce mot de wumsieur que ses lèvres semblaient avoir oublié.

Narcisse était encore plus embarrassé qu'elle. Il tournait son chapeau dans ses mains, et quel chapeau monumental! Il n'osait s'asseoir, bien qu'on eût placé là des chaises à notre intention, et, tout à coup, il en prit une très-ancienne, très-haute et très-incommode, qui était contre la muraille, et sur laquelle, sans y être invité, il se percha, dans une contenance vraiment douloureuse.

Mademoiselle d'Estorade s'en aperçut, et prenant courage tout à coup, en personne chez qui l'obligeance et la bonté dominent toute répugnance, elle lui dit de sa voix douce, encore tremblante :

— Yoas serez mal sur cette chaise, monsîenr Pardoux. Prenez celle-ci, et dites-moi en quoi je pais vous obliger.

Narcisse fit de grands efforts pour établir clairement sa demande; mais il s*embroai}la si bien, qne mademoiselle d'Estorade loi dit :

— Pardon, mais je ne comprends pas... Il paraît que mon avoué s*est trompé, et qu'il vous a fait un préjudice en mon nom. Je le regrette beaucoup. J'ignorais que le terrain appartînt à monsieur votre père. On m'a toujours dit que c'était une dépendance du couvent. Gela me paraissait probable; mais...

— Je ne réclame pas! s*écria Narcisse; je ne saurais prouver...

11 me regarda d'un air d'angoisse, et je dus prendre la parole pour exposer la requête amiable qui devait nous servir de prétexte.

Mademoiselle d'Estorade était devenue attentive; elle s'était calmée et rassurée, bien qu'elle parût surprise et incertaine. Je crus voir qu'elle voulait s'en tirer d'une manière évasive et tant soit peu jésuitique, lorsqu'elle nous répondit :

*- Permettez-moi de consulter notre avoué avant de vous répondre. Si ma propriété sur ce petit terrain n'est établie que par une usurpation commise à mon insu, et que M. Pardoux aurait eu la générosité de souffrir, me

NARCISSE. Of

Toilà prête à lui en faire l'abaBdon; mais si, au contraire, le terrain a toujours appartenu à la communauté^ je n*ai peut-être pas le droit de Taliéner.

— La communauté^ c*est vous! reprit Narcisse^ qui, de soncôté^ se remettait peu à peu. Le couvent a été vendu dans le temps comme bien national» Vous l'avez racheté depuis peu, restauré, utilisé; personne n*a à vous en demander compte; c'est votre bien, et je sais, par votre avoué lui-même, que vos religieuses n'ont rien à y prétendre.

Mademoiselle d'Estorade parut un peu embarrassée.

— C'est possible, dit-eUe; mais j'ai des devoirs envers •Ml icmrt. Je me suis engagée à leur assurer l'isolement, le repos, le silence, le cloître, en un mot. Que diraientelles d'un voisinage qui me forcerait à murer tout un bâtiment dont elles peuvent avoir besoin?

— Elles n'en ont pas grand besoin, à ce qu'il parait, reprit Narcisse, pm'sque vous avez donné des ordres à Farchitecte de la ville pour qu'il eût à murer et à condamner absolument les fenêtres de ce côté-là. Il m'a dit, hier, que, dans quinze jours, les ouvriers y seraient, et il aurait déjà dû les y mettre; car nous voici à la fin d'août, et la bâtisse qu'on fait en septembre ne tient pas, dans nos pays, contre les gelées d'hiver.

Mademoiselle d'Estorade ne répondit rien, et Narcisse, qui, en somme, ne manquait pas de finesse, me regarda

■d'une fiçoa expressive. Je comprit qu'il m'ouvrait Ut porte pour le point délieat de l'entretien^ et je pris la balle au bond.

— - En efiét, dis^je, sans m'adresser précisément ni à lui^ ni à mademoiselle d'EsUurade^ l'étrange retard de ces travanx peut être fort préjudiciable^ soit que le couvent les fasse exécuter en pore perte^ soit que l'acquéreur du terrain se voie ajourné dans ses projets d'installAtion^ par les dégâts qui en seront la suite.

— Je vois^ dit mademoiselle d'Estorade en souriant, que monsieur est pressé de planter des espaliers et de récolter des abricots sur le mur de notre maison.

Et, comme si elle eût craint de manquer de charité en se permettant cette légère malice, elle abattit sur moi son beau regard plein de sympathique aménités

J'affectai de répondre en futur propriétaire, carré, k idées fixes.

— Certes, mademoiselle, lui dis-je, si, par votre pei^ mission, j'obtiens de m'établir sur le terrain, je ne planterai aucun espalier contre le mur de la maison sans votre agrément.

— C'est donc vous, monsieur, reprit<elle avec en** joaement, et se moquant un peu de moi en elle-même, qm tenez tant à voir nos fenêtres supprimées et vos pos« sessions agrandies d'un terrain de cinq ou six mètres de largeur? Vraiment, je serais désolée de vous contrarier

pour si peu, (Tautant plus que H. Narcisse^ qui désire traiter avec toos^ est on ancien ami de ma famille ; mais», il faudra absolument que je considle la commnnaolé sur ce point. Il est possâ>le qoe ces dames ne Teoillem point d'un si proche voisinage^ tpelqoe décent et tranquille qu'il poisse être.

— Ohl s'écria ^Narcisse, si tous les consultée^ vos^ darnes^ il y en a qui refuseront, j'en suis bien sûr 1

^^ Vous reconnaissez jdonc que ma tolérance ne sarait pas sans inconvénient p(»ir elles ?

— Je le reconnais de reste, répondit-il avec l'aplomb d'un homnfô résolu à mettre le feu aux poudres.

Mais, quand mademoiselle d'Estorade lui demanda, avec un étonnement un peu froid, de s'expliquer, il perdit courage et me regarda pour m'appeler à son aide.

— M. Pardoux fait là, dis-je à mademoiselle d'Estérade, une petite indiscrétion. Il trahit malgré lui, pour les besoins de sa cause, un plaisant secret que je lui avais cotnGé.

— Un plaisant secret, à propos de ma maison? dit mademoiselle d'Estorade, qui devint rouge comme le feu.

— Plaisant ou grave, je Tignore, et, puisque le mot de secret est lâché, c'est à vous, mademoiselle, è vous qpk êtes, de fait, eomme la supérieure ou la du'ectrice de cette petite communauté, que nous devons le révélen Une de vos sosors, ou de vos dames, comme il vous-

pl&ira de les appeler, entretient une intrigue au dehors* Un homme que nous connaissons, Narcisse et moi, et qui n*est que trop connu dans le pays, vient apporter, le soir, des billets doux dans le chèvrefeuille de la palissade, et causer ensuite secrètement, le matin, avec une ie vos recluses. Et, comme cet homme passe par-dessus €u par-dessous nos murs, qu'il marche sur nos platesbandes, écrase nos giroflées, et, d'ailleurs, nous gêne considérablement par sa présence, vu que nous ne fai-sons pas de lui un cas énorme, je pense que le mieux est, pour nous, de vous avertir de ce petit scandale; pour vous, de le faire cesser en murant brusquement portes et fenêtres sur ce terrain, que nous nous charge* rons d'ailleurs de bien garder, si vous consentez à nous le vendre.

Mademoiselle d'Estorade était devenue pâle comme un lis; un moment, je crus qu'elle allait s'évanouir, et Narcisse, souffrant de sa détresse, m'adressa, au lieu d'un regard d'admiration pour ma diplomatie^ un regard de reproche pour ma cruauté.

Cependant, la pauvre fille surmonta ce moment de faiblesse, et, me regardant jusque dans l'âme, d'un air de pénétration extraordinaire :

— Qui a vu ce que vous dites là, monsieur? me demanda-t-elle d'une voix brève et comme étouffée.

— Moi, madame, répondis-je avec assurance.

Elle se troubla de nonveaa.

— Je TOUS crois^ dit-elle; mais avez-TOUs vu la prrsonne?

— J*ai va les deux personnes : Thomme parfaitemeiH» la femme nullement quant au visage. Il m*a semblé que c'était une religieuse. A coup sûr^^ c'était une femme qui f^enait là en cachette^ qui sortait de votre enclos en se glissant dans le feuillage^ et qui se baissait derrière la palissade.

Les traits de mademoiselle d*Estorade prirent une expression de douloureuse ironie contre elle-même^ lorsqu'elle me fit^ avec un effort désespéré, cette nouvelle question :

— Vous n'avez pas vu la figure de cette femme; mais sa taille avait-elle quelque chose de particulier?

— Je l'ignore, répondis-je ; j'ai vu sa robe noire et un grand chapeau de paille, voilà tout.

Je ne sais si, sur ce dernier point, je mentais avec aplomb, mais mademoiselle d'Estorade me parut un instant rassurée.

— Alors, reprit-elle, vous ne sauriez affirmer que ce fût une religieuse? Ces dames ne portent pas de chapeau, môme pour aller au jardin.

— Il se peut, dit Narcisse, que ce fût une de vos élèves, ou encore une ouvrière occupée dans l'établissement; une des mille victimes de M. Albany le chanteur! Ça

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