‹ Nationalisme et impérialisme économiquesChapitre 14 sur 37 · APS · texte numérisé non relu

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Le meilleur moyen de prévenir ces tendances à l’isolement et d’assurer l’unité de l'Empire, n’était-il pas de fusionner ces jeunes énergies, en exaltant l'intérêt que comporteraient des échanges effectués en toute liberté par une masse de plus de 350 millions de sujets britanniques, produisant à plein rendement et consommant de même.

M. Murray, secrétaire de la Chambre de Commerce de Londres, déclarait en 1897 : « Depuis quelques années l'intérêt personnel a de plus en plus rapproché les diverses nationalités de langue anglaise : les trois cent cinquante millions de sujets de l’empire britannique constituent le plus grand être producteur que l’industrie et le commerce aient jamais connu.

«Les peuples britanniques renferment en eux-mêmes pour l’industrie et le commerce des ressources inépuisables et ils pourraient à la longue arriver à se suflire à eux-mêmes ».

On pouvait objecter que la prospérité de la Grande- Bretagne est liée par sa spécialisation industrielle au développement des échanges avec tous les pays du monde sans exception ; mais il était loisible de répondre que les temps étaient changés depuis le moment où l’école de Manchester réclamait le libre-échange universel pour favoriser la diffusion des produits anglais. L'industrie anglaise dominait alors ses rivales, tandis qu’elle se heurtait présentement à la concurrence de pays en plein essor industriel et mieux outillés

homme d’affaires considérable déclarait que la tendance à établir des fabriques allait en augmentant en Australie et au Canada. « Dans le monde moderne, disait-il, tout État conscient de lui-même et qui se respecte caresse l’ambition d’arriver finalement à se suffire à luimême et il n’est pas vraisemblable que l'Afrique du Sud doive faire exception ». Citations de Laurent Dechesne, op. cit., p. 70-71.

SRE

qu’elle. Pour satisfaire ce besoin impérieux d'échanges, il suffisait d'appliquer le libre-échange dans le cercle restreint de l’Empire britannique et de protéger l’ensemble par des tarifs appropriés.

C’est ce que proposa Chamberlain ; mais en 1902, la Conférence impériale (1) reconnut l'impossibilité momentanée de supprimer les douanes entre l'Angleterre et ses colonies et l’on convint de mettre en vigueur un certain nombre de mesures destinées à faciliter les échanges de produits métropolitains et coloniaux.

Pour favoriser l’entrée en Angleterre des matières premières et des produits coloniaux on taxerait les produits similaires étrangers importés en Grande-Bretagne et, pour faciliter l'exportation des fabrications anglaises dans ses colonies, on ouvrirait des brèches dans leurs tarifs douaniers en obtenant des réductions qualifiées de « préférences ».

Mais l'expérience fut loin de donner le résultat espéré.

En ce qui concerne la première série de mesures, on avait pensé, à l’abri d’une espèce de muraille douanière élevée contre les produits d’origine étrangère, pouvoir ravitailler librement en produits coloniaux l’industrie et les populations britanniques. Mais le caractère d’incidence, qui est inséparable des droits de douane, avait pour effet d’élever les prix des produits coloniaux au niveau de ceux des produits étrangers les plus imposés, et il en résultait, avec une augmentation de cherté de la vie, une aggravation des salaires et des prix de revient rendant la situation de l’industrie britannique encore plus mauvais evis-à-vis de ses concurrentes étrangères.

(1) Laurent Dechesne, op. cit, p. 66.

Quant au système des tarifs préférentiels, il n’était en réalité qu’un compromis entre le désir de la métropole d'augmenter ses exportations coloniales et l’individualisme des colonies soucieuses de conserver et développer leurs propres industries. Dans certains cas, l'esprit particulariste des colonies suffisait en maintenant un tarif suffisamment élevé, malgré la «préférence », pour limiter étroitement l'entrée des produits anglais (1). Dans d’autres cas, on se trouvait en présence d’une tendance au protectionnisme contraire au but cherché. :

On peut se demander, d’ailleurs, si indépendamment des moyens employés pour réaliser ce projet d’union douanière, on ne poursuivait pas une vraie chimère en voulant isoler un pays aussi spécialisé que l’Angleterre qui, depuis plus d’un siècle, vivait et s’enrichissait du commerce extérieur. Ses colonies et Dominions, quelles que soient leurs ressources, paraissent incapables de suppléer auprès d’elle les pays qui lui fournissent son complément en matières premiéres et en produits alimentaires.

C’est ainsi que les colonies anglaises ne fournissent que 2/10 du froment et des farines ainsi qu’une faible partie de la viande nécessaires à la métropole : elle tire le complément des pays étrangers, Russie et États- Unis pour le blé, Amérique, Hollande et Danemark pour la viande.

En ce qui concerne les matières premières, les colonies britanniques sont pauvres en minerai, exception faite pour le nickel canadien et pour les métaux pré-

(1) Laurent Dechesne, op. cit. Voir l'application des tarifs préférentiels au Canada.

cieux du Cap et de l'Australie. Aussi l’Angleterre doit-elle acheter ses minerais de fer en Espagne et au Chili, ses bois dans les États scandinaves, la laine dans l'Argentine et pour le coton, malgré la récolte égyptienne, on a dit que la fermeture du marché américain équivaudrait «à la destruction par la guerre du Lancashire tout entier et à la famine pour une partie de la population britannique (1) ».

Si l’on consulte, en outre, les statistiques du commerce extérieur (2) ; on constate que le commerce avec les colonies ne tient pas la place la plus importante dans le commerce extérieur des grands pays : pour l’Angleterre il ne comprend que 22 pour cent des importations totales, 39 pour cent des exportations et encore ce dernier chiffre paraît dû à la richesse et au développement exceptionnel de certaines colonies comme l'Inde, le Canada et l'Australie.

Pour la France, les importations coloniales s'élèvent au même chiffre de 22 pour cent, dont 11 pour cent seulement pour ses colonies et 11 pour cent pour les colonies étrangères, et les exportations coloniales seulement à 15 pour cent. Ces chiffres démontrent que le commerce colonial ne joue qu’un rôle encore secondaire dans les relations extérieures des grands pays et pour certains, comme la France, il peut parfois être aussi actif avec les colonies des autres puissances.

Pour l'Angleterre, la proportion des transactions avec ses colonies pendant la période de 1898 à 1912 est sensiblement constante et il n’y a aucune tendance

(1) Quillet, Géographie générale, t. III, L’'Angleterre industrielle, par M. Georges Martin, p. 103.

(2) Danos, op. cit, p. 54 et sq. — Les statistiques consultées sont relatives à la période de 1895 à 1912.

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