‹ Nationalisme et impérialisme économiquesChapitre 16 sur 37 · ARE NES · texte numérisé non relu

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trouve contrainte aujourd’hui Ce garder la presque totalité de cet excédent (1).

Il reste à l'Angleterre son énorme réserve de capitaux, fruit de bénéfices séculaires, pour soutenir son armature économique ; mais les statistiques fiscales qui accusent une diminution de près de 11 pour cent des revenus nationaux de 1911 à 1924, montrent que cette réserve n’est plus intacte.

Il semble donc nécessaire pour l'Angleterre de procéder à une réorganisation de sà production et des échanges, si elle veut maintenir intacte sa vieille puissance industrielle et commerciale ; mais, comme sa politique traditionnelle l’éloigne de l’Europe, on s’explique, malgré l'échec retentissant de Chamberlain, la formation d’un nouveau parti, le parti de «l'Empire unifié », se proposant de remédier aux maux de la situation présente par la constitution d’une union douanière limitée dans ses débuts aux seules colonies de l’Empire britannique (1).

(4) Avant la guerre, l’émigration laissée à l'initiative individuelle faisait passer chaque année 100.000 Anglais au Canada et 55.000 en Australie. En 1928 les services d’assistance à l’émigration ont réussi péniblement à installer 27.500 émigrants au Canada et 20.000 en Australie. Les Dominions ne refusent pas les colons, mais ils demandent des cultivateurs et la Grande-Bretagne n’a pas de paysans à exporter. L'Australie, jalouse de ses hauts salaires, ne veut pas voir augmenter le nombre de sa main-d'œuvre industrielle et lorsque M. Thomas, lord du sceau privé et, en fait, ministre du chômage, est allé au Canada chercher un remède au malaise britannique, il a dû déclarer dès les premiers jours, qu’il n’était pas question de faire traverser l'Océan à un contingent de sans-travail, (/n/ormation du 3 janvier 1930).

(1) Les fondateurs de ce nouveau parti politique sont deux magnats de la presse, les Lords Beaverbrook et Rothermere : « Il est impossible, disent-ils, de laisser les choses aller dans le pays comme elles vont depuis la guerre : l’industrie serait bientôt ruinée, si cela continuait, et il semble possible de lui procurer des débouchés en constituant une union douanière excluant même quelques colonies ou dominions ». On cite à ce sujet l’exemple du Canada où six colonies qui se faisaient

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Quelque puisse être l’avenir de cette tentative d’autarchie partielle, la situation économique de l’Angleterre, déjà difficile au commencement du xx£ siècle, se trouvait encore aggravée par les charges de la guerre.

Alors que la fin des guerres napoléoniennes avait consacré son hégémonie maritime et lui avait permis d'imposer sa supériorité industrielle aux autres nations sous la forme du libre-échange, elle se trouvait après la grande guerre, accablée par un lourd héritage de dettes, en présence de jeunes nations industrielles supérieurement outillées. Or, parmi cesdernières : « Voici, dit M. Georges Martin, qu'une race qu’elle a formée la surpasse dans le domaine de l’action créatrice (1) ».

Cette race est la race américaine qui possédait avant la guerre les multiples variétés de la richesse économique et à une industrie perfectionnée, joignait un immense marché intérieur lui servant simultanément de débouché pour ses produits finis et de centre d’approvisionnement pour les matières premières et les produits d'alimentation. Indépendamment de ces éléments de prospérité économique, les États-Unis d’Amérique retiraient de leur longue neutralité un enrichissement sans précédent et, de leur intervention

une guerre de tarifs se sont unies en 1869, laissant à l'écart, pendant plusieurs années, l’île du Prince-Edouard ; l’île de Terre-Neuve est encore dans ce cas aujourd’hui.

L'Empire a absorbé en 1929 plus de 45 p. 100 des exportations : l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont acheté en un an pour 75 millions de livres sterling de marchandises, c’est-à-dire plus que la France, l'Italie, le Portugal et l'Espagne réunis. C’est pourquoi le parti de l'Empire admet que ce serait une chose remarquable de commencer par une union douanière avec les colonies de la Couronne : ces colonies ont importé en 1927 pour 252 millions de livres sterling (31 milliards de francs), dont un quart seulement est venu de la métropole. Voir article du Statist du 22 février 1930.

(1) Quillet, Géographie générale, t. III, L’impérialisme britannique par M, Georges Martin,

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tardive, le droit de parler en arbitres entre vainqueurs et vaincus également épuisés.

Cette attitude et leurs actes ultérieurs ne pouvaient guère manquer de les faire taxer d’impérialisme ; mais avant de rechercher si cette accusation est fondée et, dans l’aflirmative, quels seraient les caractères particuliers de l'impérialisme américain, il nous paraît utile d'examiner dans le prochain chapitre la théorie que l’école socialiste a professée en Allemagne sur la formation du capital financier et l'impérialisme économique.

D’après cette théorie, le double mouvement de concentration bancaire et industriel a engendré un organisme unique, le capital financier, ayant une puissance formidable et tendant, en vertu de sa force d'extension propre, à se développer indéfiniment sous la forme de l'impérialisme économique.

Si nous appliquons cette conception spéciale aux États-Unis d'Amérique, nous voyons qu'ils possèdent à un degré éminent la double puissance industrielle et financière.

La puissance industrielle, ils la possédaient avant la guerre ; mais n’ayant pas de réserves, ils employaient. tous leurs bénéfices à rénover ou perfectionner leur outillage.

Or, la guerre y a ajouté la puissance financière, c’est-à-dire «ce potentiel qui est la richesse accumulée et qu’on nomme le Capital (1) ».

(1) « Du fait même de la guerre européenne, toutes les réserves accumulées par l’Europe au travail depuis des dizaines d'années, sont passées d’un seul coup à la jeune Amérique ; elle se trouve ainsi avoir aujourd’hui, en sus de son outillage, l’épargne qui permet de créer du nouveau. Cette épargne, elle n’a pas eu à la faire elle-même, elle ‘n’a pas eu à la ravir, l’Europe la lui a, en quelques mois, abandonnée vidant ses réserves avec une rapidité eflrayante pour se procurer des instruments de ruine et de mort », Octave Homberg, L’impérialisme américain, p. 78,

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Cette fortune nouvelle a, d’ailleurs, été édifiée sur une base qui paraît inébranlable : aujourd’hui le dollar est devenu la monnaie maîtresse. Sa valeur s’identifie avec celle de l’étalon d’or et est garantie par un stock de métal qui comprend 50 pour cent de l'or affecté dans le monde aux usages monétaires.

Quant aux capitaux, loin d’être inactifs, 1ls ont été utilisés sous la double forme de prêts bancaires et de placements industriels pour stimuler, en premier lieu, la production nationale et ensuite pour porter à l’extérieur la puissance créatrice de ce nouveau capitalisme.

En ce qui concerne ces placements à l'extérieur, il paraît être de la plus grande importance de connaître leur nature et de déterminer s'ils ne sont que de simples immobilisations de rapport ou s'ils constituent des empiètements sur les autres économies nationales. Mais cette question s’identifie avec celle de l’impérialisme financier américain qui sera traitée au cours de la deuxième partie.

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