‹ Nationalisme et impérialisme économiquesChapitre 19 sur 37 · ND · texte numérisé non relu

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monétaires, ayant consenti des prêts d’argent et n’exerçant qu'une action impersonnelle sur l’entreprise par l'intermédiaire de conseils d’administration qui, eux-mêmes, abandonnent leurs principales attributions à des directeurs irresponsables. Par ce moyen s’est trouvée favorisée la pénétration du capital bancaire dans l’industrie et la participation financière aux entreprises industrielles est devenue une des principales fonctions des banques. C’est ce capital dont le rôle est de vivifier et entretenir l’activité économique qu'Hilferding qualifie de capital financier (1).

Cette action du capital financier s’exerce sous les formes diverses du crédit industriel et double la concentration industrielle d’une concentration bancaire (2).

À leur tour, les entreprises d’État et l'État luimême, sont en relation étroite avec les grands groupements financiers et industriels et ainsi, l’interdépendance s’accentue, non seulement entre les entreprises bancaires et industrielles, mais encore entre les entre-

(4) « Une part toujours plus grande du capital industriel n’appart tient pas aux industriels qui le mettent en circulation. Ils ne disposens de ce capital que par l'entremise de la banque qui représente vis-àvid’eux les propriétaires de ce capital. D'autre part, la banque est ellemême obligée d'engager dans l’industrie une part de plus en plus grande de ses capitaux. Il en résulte que la banque devient de plus en plus un capital industriel. Ce capital bancaire, c’est-à-dire ce capital argent, qui est ainsi transformé effectivement en capital industriel, je l'appelle capital financier ». Hilferding, Das Finanz Kapital. Cité par Boukharine, p. 64. &

(2) En Allemagne, la pénétration entre les milieux bancaire et lindustriel est très fortement organisée.

En Amérique, les groupes Morgan et Rockefeller détiennent le contrôle d’une énorme quantité d'entreprises et, sans eux, aucun trust ne peut être constitué. C’est le monopole de la production des monopoles (monopoly of monopoly : making), Nazarevsky, Esquisse de l'histoire et de la théorie collective capitaliste, Moscou, 1912. Cité par Boukharine.

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prises publiques et privées. Toute l’économie nationale tend à se transformer progressivement en une énorme entreprise sous l'égide des magnats de la finance (i). Quant à la technique suivant laquelle se sont effectués ces mouvements de concentration ou de centralisation, elle a donné lieu à un travail intense dans les sens horizontal et vertical et à abouti à la formation .de cartels, trusts, holdings et syndicats, qui ont généralement pour but la réalisation du maximum de profit par le moyen du monopole.

C’est la raison pour laquelle ces grandes organisations ont fini, d’après l’école socialiste, par absorber les entreprises les plus faibles et faire disparaître la concurrence à l’intérieur de chaque pays : elles sont entrées en compétition dans le domaine international et ont employé un moyen de lutte qui diffère essentiellement des anciens droits de douane classiques et qui porte le nom de : droits de cartel.

Ce procédé est basé sur le monopole du marché intérieur que l’on met à l’abri de la concurrence extérieure au moyen d’une barrière très élevée de droits de douane. L'intérieur du pays étant ainsi mis en vase clos, on cherche, en intensifiant la production, et, en diminuant les prix de revient, à surexciter la consommation pour réaliser des bénéfices très élevés.

Ces bénéfices seront d’autant plus importants qu'il y aura sur le marché intérieur plus de différence entre

(1) « Économiquement parlant, l’ensemble du monde civilisé d’aujourd’hui vit sous la domination d’une puissante ploutocratie qui, dans certains États, a réussi à s’emparer de tout le pouvoir politique, de la législation et de l’administration, du droit de décider la paix et . la guerre et, dans certains autres, partage le pouvoir politique avec les puissances traditionnelles, tout en disposant sans restriction de l’organisation du pays ». Walter Ratheneau, Où va le monde, trad. docteur Jankelevitch, p. 121. Cité par Hovikian, p. 16.

les prix de revient et les prix de vente qui sont, d’ailleurs, des prix de monopole, et ils permettront de submerger les marchés étrangers sous une masse de produits vendus aux plus bas prix possibles.

S'il y avait lieu de se débarrasser d’une concurrence gênante à l'extérieur, il serait possible, pendant un certain temps, de vendre les produits exportés à des prix inférieurs aux prix de revient. Mais le « dumping » est un moyen anormal qui constitue, même en matière de commerce international, un procédé de concurrence déloyale et l'emploi régulier des droits de cartel suppose que l’on réalise des bénéfices sur les deux marchés intérieur et extérieur.

En effet, l'efficacité du système dépend des ventes qui sont effectuées sur les deux marchés, chacun de ces marchés réagissant sur l’autre à tour de rôle pour développer les ventes ou la production.

C’est ainsi que le développement des ventes à l’extérieur a pour effet immédiat de stimuler la production à l’intérieur et, pour conséquence indirecte, de diminuer les prix de revient : cette diminution intervient à son tour pour stimuler les ventes. Ainsi l'effet réagit sur la cause et inversement pour développer de manière indéfinie sur les deux marchés ce phénomène de production et de consommation conjuguées. Mais l’animateur de tout le système est la recherche à outrance des hauts profits (1) et l'influence exercée par ce

(1) Karl Marx explique comme il suit la formation du profit supplémentaire obtenu dans l’échange effectué entre pays à structures économiques, différentes. « Le commerce international rapporte un profit dont le {aux est plus élevé parce qu’il offre des marchandises à des pays moins avancés au point de vue procédés de fabrication et qu’il peut, tout en les leur cédant à un prix inférieur au leur, les vendre au-dessus de leur valeur.

mobile finit par placer les économies nationales sur la pente de l'impérialisme. Quant aux pays menacés par cette politique des droits de cartel, il est vraisemblable qu'ils chercheront à se défendre par une barrière douanière contre cette invasion de produits à bas prix et c'est ainsi qu'ont agi à la fin du xixe siècle les pays d'Europe, menacés par la concurrence des pays récemment industrialisés. Mais ces mesures de défense provoqueront une riposte des pays de cartel et ainsi sera amorcée la guerre commerciale qui n’est souvent que le prélude de la guerre politique.

En résumé, les capacités respectives de production et de consommation des marchés intérieur et extérieur sont intimement liées l’une à l’autre ; mais, l’équilibre entre ces deux éléments ne pourrait être réalisé que de manière tout à fait fugitive, car il serait aussitôt détruit, la recherche du profit qui est à la base de toute l’activité économique des pays industriels devant les inciter à exagérer la production, ce qui déteminerait une lutte nouvelle pour les débouchés (1).

« Le travail des pays avancés compte dans ce cas comme travail d’un poids spécifique plus élevé et est porté en compte comme travail de qualité supérieure bien qu’il ne soit pas payé comme tel : d’où nécessairement une hausse du taux du profit. Ce qui n’empêche pas que le produit soit fourni au pays dans lequel on l’exporte à un prix moins élevé que celui auquel ce dernier pourrait le produire, la quantité de travail qui y est incorporé par le pays exportateur étant beaucoup moindre que celle que le pays moins avancé devrait y consacrer... », Karl Marx, Le capital, t. IV, p. 364.

L’explication donnée par K. Marx du surprofit est basée sur sa propre théorie de la valeur travail : mais la théorie moderne ne fonde pas la valeur des biens sur le travail mais sur leur utilité et le surprofit n’est qu’une application des phénomènes de rente provoqués par l’ouverture au commerce de nouveaux pays, ou par la découverte de procédés de fabrication plus perfectionnés. M° Truchy, Précis d'ecopol., t. II, p. 139 : La théorie de la rente considérée comme une application de la théorie générale des prix.

(1) Ces considérations ne peuvent évidemment pas s'appliquer au

. pseudo dumping russe en raisou des conditions tout-à-fait spéciales

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