RARE
La recherche des débouchés n’est malheureusement pas l’unique cause de rivalité des pays industriels, qui ont un besoin croissant de matières premières pour entretenir l’activité de leur production, et de produits d'alimentation pour subvenir aux besoins de leur population ouvrière.
Or ces produits et ces matières sont la spécialité des pays à économie primitive ou agricole qui constituent en même temps les meilleurs débouchés pour les produits ouvrés des pays de cartel : ainsi le double objet poursuivi par ces derniers, savoir, vente des produits de leurs industries et achat de matières premières ou produits d’alimentation, doit être atteint par un simple échange de produits, comme il est constant en matière de commerce international.
En raison de leur spécialisation croissante les pays industriels, sont de plus en plus impuissants à satisfaire leurs besoins à l’aide des seuls produits de leur agriculture, dont les sources vives sont taries par l'exode rural vers les villes et dont la nature est d’ailleurs rebelle à une reproduction trop poussée : c’est pourquoi ils sont obligés de chercher au dehors des quantités de plus en plus considérables de matières premières et de produits d'alimentation.
L'école socialiste voit dans ce développement disproportionné de l’industrie et de l’agriculture et dans l'impuissance de plus en plus grande de cette dernière
dans lesquelles les produits destinés à l’exportation sont obtenus et de l’état de sujétion dans lequel se trouvent les classes russes employées à la production. En vendant ainsi ces produits à des prix qui défient toute concurrence, le gouvernement des Soviets espère déterminer des perturbations graves sur les marchés extérieurs et il a aussi pour objet de se procurer des devises destinées à poursuivre à l'étranger sa propagande révolutionnaire,
à satisfaire les besoins industriels un vice inhérent à l'organisation capitaliste. Ce vice se traduit par une raréfaction croissante de denrées qui inquiète les pays avancés et accroît l’antagonisme de ceux qui cherchent à-étendre leur influence sur les pays à développement inférieur, comme les colonies (1).
Nous avons cherché jusqu'ici, au cours de ce chapitre, à déterminer quels sont les mobiles que les socialistes attribuent à l'impérialisme économique : mais en envisageant successivement les besoins que les pays industriels ont en débouchés eten matières premières, nous n’avons guère fait qu'examiner les divers aspects d’un même problème, consistant à créer des
(1) Les marxistes vrofitent de cette discordance croissante des besoins industriels avec les ressources fouruies par l’agricuiture, pour diriger une attaque contre la propriété privée, à laquelle ils imputent l'insuffisance du rendement agricole. « Le droit de propriété, dit Kar] Marx (Le capital, livre III, t. 11, p. 319), assure au propriétaire foncier le droit de soustraire sa terre à l’exploitation jusqu’au moment où celle-ci donne lieu à un excédent, que la mise en valeur se fasse par l’agriculture proprement dite ou par un autre système de production... La propriété foncière agit donc comme une barrière qui empêche aussi longtemps qu’il n’en résulte pas une rente, toute avance de capital pour des terres non encore cultivées, ou non encore affermées, alors même que ces terres appartiennent à une catégorie qui ne rapporte pas de rente différentielle er qu'il suffirait si la propriété foncière ne réclamait pas son tribut, d’une légère augmentation du prix du marché pour que celui-ci couvre le coût de production et rende la culture économiquement possible ».
Karl Marx metains il’intérêt du propriétaire foncier en opposition avec l'intérêt général en se basant sur le principe de la ronte ricardienne.
Mais pour Ad. Smith, la rente ne provient pas de la différence des coûts de production qui confère une valeur supplémentaire aux facul-: tés naturelles du sol . elle existe par le fait même que la terre est exploitée et l'élévation du coût de production ne pouvant que diminuer la rente, l'intérêt du propriétaire foncier s’identifie avec celui des autres classes. Chez les physiocrates, la théorie du produit nct conduit aux mêmes conclusions.
D’ailleurs les marxistes ne proposent pas de solution pralique et ce n’est pas le communisme agraire, tel qu'on le voit appliquer en Russie et qui n'ést qu'un retour au servage, qui est susceptible d’augmenter le rendement agricole ou d'améliorer le sort des classes paysannes.
A ee.
moyens d'échange en rapport avec une production qui ne cesse de s’accroître, parce qu’elle s'organise suivant les principes de la division internationale du travail.
Quoi qu'il en soit, l’influence exercée par la politique impérialiste de certains États ne peut que hâter le cours de cette évolution en ouvrant sans cesse de nouveaux pays à l’activité économique. Ainsi que nous l’avons dit plus haut, ces États utilisent dans ce but la puissance d'expansion du capital financier, puissance qui s’exerce sous la forme de l'exportation des capitaux (1).
Mais ces capitaux ne se dirigent pas par le seul effet de la volonté de l’État impérialiste vers les pays ou les régions sur lesquels il se propose d’asseoir sa domination. Il faut encore réaliser certaines conditions et pour qu’un pays devienne banquier des autres pays et dispensateur de capitaux, il faut qu'il possède ces derniers en surabondance. Comme, dans ce cas, ces capitaux ne peuvent prétendre à l’intérieur qu’à un taux d'intérêt réduit, il s'établit, indépendamment de toute visée politique, un courant d'exportation vers les pays moins avancés où la demande de capital est plus forte et le taux d'intérêt plus élevé.
Aïnsi la circulation du capital tend à prendre la forme internationale et à égaliser les taux d'intérêt dans les différents pays, de même que la circulation
(1) I convient de distinguer l'exportation de capitaux de la simple vente à l'etranger qui constitue une exportation de marchandises et de l'opération appelée transfert de capitaux qui consiste pour un capitaliste à émigrer à l’étranger en y emportant ses capitaux.
Dans ce dernier cas les capitaux sont entièrement perdus pour le pays d'origine. Pour qu’il y ait exportation, il faut que le capital exporté reste à la disposition du pays exportateur, afin que le capitaliste national puisse disposer de l'intérêt ou du profit produits par ce capital. Hovikian, op. cit., p. 64.