PAR DRE
Quant aux capitaux industriels, leur placement est effectué par les banques ou les capitalistes eux-mêmes sous la forme d'acquisition de valeurs industrielles ou titres hypothécaires étrangers : mais la politique de pénétration des grands organismes financiers COmporte de nombreuses modalités parmi lesquelles les plus couramment employées sont la parlicipation à des entreprises étrangères sous la forme d'actions et obligations et le financement (1).
De même que les capitaux de prêt sont attirés à l'étranger par un taux d'intérêt supérieur à celui de leur pays d’origine, les capitaux industriels subissent l'attraction d’un taux du profit qui est plus élevé dans le pays importateur par suite du bon marché du sol, des matières premières et de la main-d'œuvre.
li y a lieu aussi de mentionner l'absence de concurrence qui est faite par une industrie indigène fabriquant généralement dans des conditions rudimentaires.
Mais le but poursuivi par les pays exportateurs de capitaux est bien moins de chercher des placements
(1) «La participation comporte des degrés qui permettent non seulement de figurer dans les assemblées des actionnaires, mais encore d’assurer le contrôle des affaires, ou de prendre en mains la direction de la société. Si les droits d'entrée sont prohibitifs ou trop élevés, une société peut se trouver amenée à fonder des succursales à l’étranger pour soustraire ses produits à l’action de ces droits et bénéficier de leur protection en fabriquant sur le territoire étranger lui-même ».
C’est ainsi qu'ont procédé l’industrie du fil à coudre d'Écosse pour échapper aux tarifs douaniers américains et la société Maggi pour fabriquer en France et en Allemagne.
La difficulté réside dans ce cas à éviter de faire un transfert de capitaux.
L'étude détaillée des participations a été faite par Liefmann dans l'ouvrage Beleiligungs und Finanzierungs gesellschaften, cité par Boukharine, p. 38.
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rémunérateurs que de s'ouvrir des débouchés pour leurs produits manufacturés ou de se procurer des matières premières et produits d'alimentation. Or, c'est justement la quantité de ces matières produites par les pays importateurs de capitaux qui mesure et limite souvent étroitement leur puissance d’achat ou capacité d’absorption en produits manufacturés (1).
L'intervention du capital industriel prendra une haute importance économique en portant au maximum cette puissance d'achat grâce à la mise en valeur et à l’exploitation régulière des ressources naturelles des pays de faible organisation industrielle.
Mais les capitaux de prêt pourront également contribuer au même résultat, si le montant des emprunts est stipulé payable en marchandises et si les intérêts même des emprunts sont servis sous la forme de produits du pays emprunteur.
Ainsi se vérifie une fois de plus l'exactitude du principe suivant lequel, les produits, en matière de commerce international, se paient avec d’autres produits, et la politique des débouchés s’identifie avec celle des matières premières. Son instrument. d’action le plus puissant est le capital financier qui assure ce double rôle et augmente la réceptivité des pays neuîs en assurant leur développement industriel.
L’exportation des capitaux donne encore lieu à des phénomènes économiques et politiques très variés et
(1) « Par exemple, la capitalisation de l’Afrique du Sud est tout à fait indépendante de sa capacité d’absorption étant donné que la branche principale de la production est l’exploitation des mines d’or, dont l’écoulement est illimité ; et la capitalisation ne dépend que de l’étendue naturelle des mines et de l’existence d’une maind'œuvre suffisante ». R. Hilferding, Le capital financier, p. 339, cité par Hovikian, p. 74,
l'État capitaliste peut employer à l'égard des pays emprunteurs des moyens de pression d’ordre financier consistant à interdire la cotation en bourse d'emprunts étrangers ou de valeurs industrielles étrangères (1), s'opposer à la souscription d'emprunts ne présentant que des garanties insuffisantes ou destinés à couvrir des commandes passées à une industrie rivale.
En outre, les accords financiers conclus avec les gouvernements emprunteurs stipulent les avantages les plus divers : tantôt ce sont des contrats pour la fourniture du matériel destiné à équiper de nouvelles entreprises, tantôt des concessions pour la construction de voies ferrées, ports, lignes télégraphiques, concessions pour l'exploitation de mines, forêts, terrains de culture ; tantôt 1l s'agit d'avantages à inclure dans des traités de commerce.
Grâce à sa nature insinuante, le capital financier pénètre profondément dans la vie économique des pays soumis à son influence, y provoque de continuels empiètements et donne une importance telle aux investissements de capitaux que l’emprise économique est fréquemment suivie d’une occupation politique.
Cette occupation assure une situation privilégiée au capital d'exploitation, mais la mainmise du capital étranger sur les ressources naturelles des pays exploi-
(1) En 1880, le ministre des Finances français a été investi par décret de pleins pouvoirs à ce sujet. En 1909, le gouvernement français refuse un emprunt à l'Argentine qui, en 1908, avait passé ses commandes à Krupp et un emprunt bulgare échoue parce que les commandes n'étaient pas suffisamment garanties. Jusqu’en 1914, les emprunts d'État allemands n’ont pas eu accès à la cote de la Bourse de Paris, etc.
tés les empêche de créer une industrie nationale et consacre leur dépendance économique (1).
En résumé, l'exportation du capital «n’est pas autre chose, dit Boukharine (2), que la conquête et la monopolisation de nouvelles sphères d'investissement du capital par les monopoles d’une grande puissance, ou bien — en prenant le processus dans son ensemble — par une industrie nationale organisée, ou par un capital financier national ».
La formation de ce capital financier national, dent . l’action se prolonge à l'extérieur au moyen de l’exportation des capitaux, n’est elle-même que la conséquence du double mouvement de concentration bancaire et industriel dont nous avons examiné plus haut le développement.
Or, ce développement, effectué sous la direction d’une oligarchie financière, a fini par englober l’État lui-même, intéressé par des participations ou des monopoles, et a abouti, suivant l'expression des socialistes, à la formation de véritables trusts capitalistes nalionaux qui vont désormais exercer dans le domaine international leurs redoutables rivalités (3).
(1) Cette dépendance économique des pays soumis à l’action du capital financier peut également être réalisée en dehors de toute occupation politique. C’est ainsi que, d’après Hilferding, les mines des États de la péninsule ibérique et leur exploitation, sont tombées sous la domination de capitaux étrangers, de même que les trésors miniers de la Scandinavie, surtout ceux de la Suède ». R. Hilferding, Le capital financier, p. 419. Cité par Hovikian, p. 88.
(2) Boukharine, op. cit., p. 99.
(3) « L'économie nationale n’agissait pas sur le marché mondial comme un système homogène, organisé d’une puissance économique considérable ; au sein de cette économie, la liberté de concurrence régnait sans conteste. Par contre, la concurrence sur le marché mondial était très peu développée.
«L'époque du capitalisme financier a tout bouleversé. Le centre de gravité passe dans la concurrence que se font des corps économiques
Il serait effectivement vain de croire que ce processus ininterrompu de concentration et de centralisation qui se poursuit sous l’empire d’un insatiable désir de puissance et de lucre, ne saurait entraîner, avec une aggravation dangereuse de la concurrence, des modifications profondes aux anciens procédés de lutte et une participation croissante du pouvoir gouvernemental à l’action des organes économiques.
Alors que sous le régime de la concurrence individuelle il n’était question que de réductions des prix de revient à obtenir au moyen d’une modification purement technique des éléments de la production, la lutte des trusts a nécessité l'intervention de l'État pour l'établissement des droit de douane ou de tarifs spéciaux de transport, et, lorsque la formation des trusts capitalistes nationaux a porté cette concurrence dans le domaine international, la lutte à pris la forme spécifique de l'impérialisme économique, qui est, suivant le socialisme marxiste, la politique propre du capitalisme financier.
«La tendance à l'impérialisme, dit le professeur
geants, cohérents et organisés, disposant d’une énorme faculté combative, dans le match mondial des nations. La concurrence se livre à ses orgies les plus excessives. Le processus de centralisation du capital se transforme et entre dans une phase supérieure.
«L’absorption des petits capitaux, des trusts trop faibles, des grands trusts même passe à l'arrière plan et paraît un simple jouet devant l'absorption de pays entiers coupés par la violence de leurs centres économiques el intégrés dans le système économique des nations victorieuses. L’annexion impérialiste constitue donc un cas particulier de la tendance capitaliste à la centralisation du capital, centralisation dont l'ampleur doit être au niveau de la concurrence des trusts capitalistes nationaux.
«Cette lutte a pour arène, l’économie mondiale ; pour limites économiques el politiques, le trust universel, l'Etat mondial unique assujetti au capital financier des vainqueurs qui se sont tout assimilé — idéal que n’avaient jamais rêvé les esprits les plus audacieux des époques révolues », Boukharine, op. cit, p. 119,
Issaiev (1), allie les phénomènes de l’économie à la haute puissance politique. Tout est organisé sur une vaste échelle. La libre circulation des forces économiques qui, récemment encore, séduisait les penseurs et les hommes d’affaires, est sur le point de disparaître. Partout il y a afflux et reflux d’émigrants, et l'État surveille ce processus. »
«De nouvelles forces économiques et sociales ont besoin d’une puissante protection à l’intérieur et au dehors du pays : dans ce but, l’État crée de nouveaux organes, une multitude de fonctionnaires et d’institutions. Partout l’activité gouvernementale s'enrichit de nouvelles fonctions. Son influence se fait de plus en plus sentir sur la vie intérieure et sur les rapports extérieurs ».
Ainsi le développement du capitalisme financier a pour conséquence de multiplier à l’intérieur les interventions de l’État en matière économique et sociale, et à l'extérieur de renforcer les tendances impérialistes par l'identification des buts politiques avec les objectifs économiques (2).
La guerre mondiale n’a fait qu’accentuer ce double processus de centralisation ; à l'extérieur, en favorisant l'absorption des petits États indépendants par
(1) Issaiev, L'économie mondiale, p. 261-262. Cité par Boukharine, p. 124.
(2) Cette double conséquence du capitalisme financier savoir, renforcement du rôle de l’État à l’intérieur, et des tendances impérialistes à l'extérieur, est décrite dans les termes suivants par Boukharine (op. cit., p. 124 à 128) : «Plus la situation sur l’arène mondiale est tendue — et notre époque est caractérisée précisément par une tension extrême de la concurrence entre groupes capitalistes financiers nationaux —- plus on fait appel au poing de fer de l’État. Les derniers vestiges de l’ancienne idéologie de «laissez faire, laissez passer » disparaissent, et c’est l’époque du «nouveau mercantilisme » : l’impérialisme... La lutte entre les trusts capitalistes nationaux est avant
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les États à tendances impérialistes ; à l'intérieur, en fortifiant les positions respectives de l'État et du capital financier.
Si la guerre a fait momentanément disparaître des branches entières de production, bouleversé la formation des prix et atteint plus particulièrement les ressources des classes moyennes, elle a contribué à augmenter la puissance des cartels industriels par la création des industries de guerre et l’omnipotence des grands organismes bancaires par d’incessants appels au crédit.
Quant à l'importance du rôle joué par l'État, il a pris des proportions imprévues par l'intervention directe de l’État dans le fonctionnement technique de la production, dans la répartition des matières premières et produits finis, dans les achats à l'étranger,
tout décidée par le rapport de leurs forces militaires, la puissance militaire du pays étant la dernière instance à laquelle font appel les groupes capitalistes nationaux... C’est pourquoi, de nos jours, où les conflits économiques parviennent au plus haut degré de tension, nous assistons à la course aux armements. La domination du capital financier suppose l'impérialisme et le militarisme..….
«A mesure qu'il croît en importance, le pouvoir gouvernemental modifie sa structure interne. Il devient plus que jamais le «comité exéculif des classes dominantes ». Certes il a touiours reflété les intérêts des «couches supérieures ». ... Aujourd’hui les choses se modifient radicalement. Désormais l’appareil gouvernemental incarne non seulement les intérêts des classes dominantes, en général, mais encore leur volonté collectivement déterminée. Il fait équilibre non pas à des membres épars des classes dominantes, mais à leurs organisations. Ainsi le gouvernement devient de facto un «comité» élu par les représentants des organisations patronales, ainsi que le directeur suprême du Erust capitaliste national. 11 y a là une des principales causes de la crise du parlementarisme. Naguère, le Parlement était l’arène où se déroulait la lutte des fractions des groupes dominants (bourgeoisie, propriétaires terriens, couches diverses de la bourgeoisie etc.) Dans une certaine mesure, le Parlement n’est plus aujourd’hui, qu’un décor où l’on fait appliquer les décisions préalablement élaborées dans les organisations patronales et où la volonté collective de l’ensemble de la bourgeoisie organisée puise uniquement sa consécration formelle »,
l’organisation du crédit national, le ravitaillement des armées, du territoire national et même des pays alliés, etc.
Sans doute l’État a cessé de remplir après la guerre ce rôle de premier plan dans l’économie nationale, mais il s’est attribué un pouvoir de contrôle sur les industries privées pour des recouvrements fiscaux ou pour les besoins de la mobilisation industrielle et il a manifesté un désir croissant de participer à la production en développant ses monopoles et coopérant directement avec certains monopoles privés (1).
On peut également considérer comme constituant une participation indirecte de l'État, les prélèvements fiscaux qu'il effectue sur les bénéfices obtenus par les particuliers dans les diverses branches de l’activité économique. L'importance de ces prélèvements a même pu faire craindre un ralentissement de cette activité et, comme conséquence de l’augmentation des prix de revient qu'ils déterminent, une diminution des ventes à l'étranger aggravant la situation de la balance commerciale.
Si l'excès de fiscalité nuit à l'exportation des marchandises, il a un effet contraire sur l'exportation des capitaux qu'il développe parfois en lui donnant le caractère inattendu d’une évasion fiscale, alors que cette exportation devrait conserver celui de place-
(1) Comme exemple de cette coopération, on peut citer la cession qui a été effectuée en 1924 par le gouvernement français à la Compagnie française des pétroles, de la part attribuée à notre pays sur les pétroles de Mossoul par la conférence de Spa. L'État français devait, en échange de cette cession, avoir droit à une part déterminée des bénéfices obtenus par la Compagnie dans l’exploitation de ce monopole.
ments extérieurs constituant un élément positif de la balance des comptes (1).
L'abus des interventions de l'État en matière économique peut avoir des répercussions encore plus graves lorsqu'elles ont pour objet d’agir sur le mécanisme de la formation des prix. Ce mécanisme qui obéit à des lois spéciales et est l'expression naturelle des conditions économiques, règle non seulement la valeur des produits, mais encore la rémunération des diverses branches de la production. Suivant le professeur Cassel (2), l'État ne saurait intervenir arbitrairement dans un mécanisme aussi compliqué sans risquer de troubler l’organisation économique.
(4) L’exportation des capitaux qui avait été interdite pendant la guerre, à été de nouveau rendue libre en France au moment de la réforme monétaire de 1926. Mais cette exportation qui ne devrait obéir qu’à des mobiles purement économiques s’est développée sous l'influence des impôts qui frappent les valeurs mobilières en France, en Angleterre et en Allemagne pendant que, dans les pays voisins, Suisse, Hollande et Belgique, les capitaux étrangers mis en dépôt bénéficient d’un régime fiscal de faveur.
Voici ce qu’écrit à ce sujet le Capital du 1e° avril 1930 : « Aujourd’hui, ce système d’exportations de capitaux, d’aiileurs entièrement libre, fonctionne sous le boisseau, avec, à tout le moins, un caractère d'évasion fiscale nettement accusé. Les «malins» vont chercher ailleurs les titres dont ils ont besoin et les sécurités qui leur manquent ; quant à ia grande masse, elle se laisse étrangler par une fiscalité plus acharnée que jamais à la dépouiller et elle tourne en rond sur des titres dont beaucoup sont fatigués.
«Sait-on que jamais les dépôts étrangers dans les banques suisses, hollandaises et belges n’ont été aussi élevés que maintenant...
«Est-il raisonnable que le portefeuille étranger de ce pays soit constitué avec le conseil et sous la direction de banques étrangères, en valeurs cotées et en coupons payables exclusivement à l’étran- ÉCIN DPI:
(2) Dans un article paru dans la Deulsche Bergverks Zeitung du 25 février 1930, le professeur Gustav Cassel montre l'erreur que l’on commet, en imaginant que l'Etat dispose de moyens capables de diriger l’évolution que commandent, seules, les lois économiques.
«Getle erreur est due surtout à l’exagération du désir naturel d’apporter de l’aide à des individus ou à des branches de production se trouvant dans une situation difficile.
«Si la distribution de secours à des individus, à titre de chômage