‹ Nationalisme et impérialisme économiquesChapitre 23 sur 37 · PROPRES · texte numérisé non relu

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En dépit de ces inconvénients, de nombreux économistes estiment qu’en raison des lourdes charges qu'il assume actuellement, l’État aura une tendance de plus en plus grande à s'emparer de la production. Kunoff (1) définit comme il suit l’avenir des économies nationales : « domination des financiers, développpement de la concentration industrielle, accroissement du contrôle et des entreprises d’État. »

Le professeur Jaffé (2) estime que ce processus d’organisation de l'industrie pose la question générale du «sens social » de la transformation de principe de la structure économique et Krahmann (3) voit dans cette ingérence de l’État un acheminement vers une

par exemple, peut se justifier par des raisons humanitaires, à condition toutefois de ne pas dégénérér en politique de chômage favorisant une formation défectueuse des salaires et maintenant des travaulleurs dans des profession. ou des localités où ils ne saureient trouver une occupation rémunératrice, il n’en est pas de même d’unc politique de soutien ou d'intervention s'appliquant à des branches entières de production. En effet, il est en principe indifférent pour la Société que ses membres trouvent leur gagne-pain dans telle branche ou dans l’autre et notre organisation économique naturelle doit favoriser les brancbes les plus rémunératrices de la production : de préférence les branches les plus faibles.

« Cett2 opposition profonde entre la politique officielle d’intervention et l’essence même de notre organisation économique est désastreuse et elle se manifeste de nos jours d’une facon de plus en plus Jaccusée.

«Aux États-Unis, les pouvoirs publics convaincus de leur toute puissance, sont déjà allés tellement loin dans cette voie, qu’on ne considère plus la situation du marché des grandes denrées mondiales telles que le blé et le coton, comme un facteur qui doive régir la production et qu’on estime que les prix peuvent être réglés par voie d'autorité à l’intérieur des États-Unis ». Voir le Capital du 22 mars

(1) H. Kunoff, Die Wirtschäftsgestattuny nach dem Kriege, cité par Boukharine, p. 158.

(2) Jaffé, Die Militarisierung unseres Wirtschaftslebens (Archiv für Sozial-wissenschaft und Sozialpolitik, 1915, p. 253), cité par Boukharine, p. 199.

(3) Max Krahmann, Krieg und Montanindustrie, p. 22-23, cité par Boukharine, p. 159.

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organisation voisine du socialisme d'État. Mais cette opinion n’est pas partagée par les marxistes qui ne voient dans ce renforcement des tendances étatistes que la formation d’un capitalisme d’État ne modifiant en rien les rapports de classe, ni le mode de production. Les instruments de la production sont, en effet, toujours monopolisés par la classe capitaliste et peu importe que l’État soit substitué dans l'exploitation aux entreprises privées ou aux cartels.

Pour Boukharine (1), l'État moderne n’est pas autre chose qu’une union patronale ayant à sa tête les mémes hommes que ceux qui sont à la tête des comptoirs de syndicats de banque et la bourgeoisie ne perd rien à faire passer la production dans les mains de l'État qui continue à lui distribuer ses dividendes.

«Au demeurant, la bourgeoisie aura beaucoup à gagner à cette opération, car ce n’est que moyennant une production centralisée, militarisée et par conséquent étatisée qu’elle peut espérer sortir victorieuse de la mêlée sanglante ».

Pour que l’évolution économique se poursuive suivant l’idée marxiste il est, en effet, indispensable que la concurrence entre les économies nationales trustifiées dégénère en luttes sanglantes où sombrera le régime capitaliste et d’où sortira le triomphe du prolétariat.

Mais cette sombre perspective n’est que la conciusion d’une série d'hypothèses aussi peu fondées les unes que les autres. Boukharine (2) nous dit lui-même que

(1) Voir Boukharine, p. 158 el 160, (2) Boukharine, p. 136.

«L’impérialisme n’est pas autre chose que la manifestation de la concurrence entre trusts capitalistes nationaux. Si cette concurrence disparaît, le fondement de la politique de l'impérialisme disparaît à son tour : il s'opère un processus de conversion du capital tronçonné en groupes nationaux, en une organisation mondiale unique, en un frus{ universel, auquel le prolétariat mondial fait contrepoids ».

Or, si la tendance générale est à la concentration et à la centralisation des économies nationales et au développement des tendances étatistes, nous ne voyons dans aucun pays de «trusts capitalistes nationaux » du type envisagé plus haut et aucun fait positif ne permet de conclure que les interventions de l’État excéderont dans l’avenir les bornes d’une activité légitimement dévolue à son rôle économique et social.

La concurrence internationale ne revêt donc pas ce caractère d’acuité et de violence susceptible de déchaîner une série de guerres mondiales inévitables et l'impérialisme économique lui-même que pratiquent quelques puissances particulièrement favorisées, se dissimule parfois soigneusement sous les apparences d’une politique à tendance humanitaire et désintéressée, destinée à laisser le plus longtemps possible l’opinion publique du monde dans l'ignorance de ses agissements.

Karl Kautsky nous dit aussi que l’impérialisme «est possible sans procédés violents, tout aussi bien que le capitalisme est concevable avec une journée non pas de 10 ou 12 heures, mais de 8 heures (1) ».

(1) Karl Kautsky, Nationalslaat, imperiolisticher Slaal und Staatenbund, cité par Boukharine, p. 134.

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