SOS
Quelles que soient les formes et procédés employés par une politique impérialiste, cette dernière ne constitue qu'un cas exceptionnel de la concurrence internationale, et suivant Kautosky, le processus même du développement économique contribue à l’accroissement des éléments sur lesquels on peut s'appuyer pour supprimer la concurrence entre les groupes capitalistes nationaux.
«Cette tendance pacifique » est encore renforcée par une poussée d’en bas. Ainsi le rapace impérialisme va faire place au paisible «surimpérialisme » (1).
Ainsi le développement logique du mouvement de con: centration économique nous conduit à la formation d'un organisme supérieur, dans lequel seraient fusionnées toutes les aspirations particulières et où, suivant Hilferding :
«Toute la production capitaliste... serait régularisée rationnellement par une seule instance qui définirait le volume de la production dans toutes ses sphères... (2) »
Il est vrai qu'Hilferding ajoute que si on peut très bien concevoir économiquement l'existence d’un cartel universel dirigeant la totalité de la production, «socialement et politiquement cette œuvre est irréalisable étant donné que l’antagonisme d'intérêts qu'il pousserait à l’extrême, aboutirait forcément à son effondrement (3) ».
Boukharine (4) reconnaît également que le processus
(1) Boukharine, p. 136.
(2) Hilferding, Le capital financier, p. 353-354, cité par Boukharine, D L90:.
(3) Hilferding, Le capulal financier, p. 447, cité par Boukharine, D 197
(4) Boukharine, p. 140.
d'internationalisation des intérêts capitalistes (participation et financement d'entreprises étrangères, cartels internationaux, trusts, etc.) pousse sérieusement à la formation d’un trust capitaliste international. Ce processus est contrarié par une tendance plus forte à la nationalisation du capital. Mais, «il est certain qu'en «fin de compte », la tendance à l’internationalisation aura quand même le dessus, mais seulement après une longue période de lutte âpre entre les trusts capitalistes nationaux ».
Cette conclusion qui est, en raison de ses conséquences révolutionnaires, la partie la plus importante de la théorie socialiste, en est aussi la moins étayée.
C’est pour rendre ces conséquences inévitables qu’on cherche à créer une hostilité irréductible du prolétariat contre les autres classes (1) et, pour suppléer au défaut d’argumentation, qu’on multiplie les prétendues contradictions du système capitaliste, notamment en ce qui concerne l'opposition qui existerait entre le mode de production collectif de la société capitaliste et son régime de propriété individuelle :
entre la politique impérialiste du capital financier, qui aggrave les rivalités entre les trusts nationaux et l’évolulion économique qui pousse à l’internationalisation ;
entre le rendement de l’industrie qui ne cesse de s’intensifier et celui de l’agriculture qui est de plus en plus insuflisant, etc.
(1) C’est toujours sur un retour de nouvelles guerres mondiales que l’on compte pour provoquer la révolte du prolétariat.
«Certes, déclarait Boukharine, la guerre est une calamité, mais cette calamité est indispensable à l’émancipation du prolétariat. D'ailleurs les classes ouvrières sont redevables à la guerre des résultats obtenus jusqu'ici «, Lectures pour Tous de février 1929 (La menace de l’armée rouge, p. 115).
Ces arguments de la théorie socialiste ont été réfutés depuis longtemps ou constituent de pures affirmations.
Quant à la lutte des classes, on cherche à la justifier par la socialisation des moyens de production ; mais, ainsi que le fait observer M. Joseph Barthélemy, il est illusoire, dans l’état actuel de répartition des bénéfices, de rechercher par ce moyen une amélioration quelconque du sort des classes laborieuses.
«Rien n’est éloquent comme un fait, dit-il, ni démonstratif comme un chiffre. Rien, par contre, n’est menteur comme les déclamations.
«Les malentendus sociaux sont à base d'erreur. La vérité est pacificatrice. C’est pourquoi je regrette que des documents capitaux comme le dernier rapport du Comité central des houillères de France, restent à peu près secrets ou confinés dans des recueils confidentiels (1) ».
D’après les chiffres relevés dans ce document, les grands bénéficiaires sont, en premier lieu, l'État dont le prélèvement est 21 fois plus grand qu’en 1913, puis le salaire qui est multiplié par 7, alors que le propriétaire de l’entreprise ne perçoit qu'une rémunération nominale multipliée par 3,40.
Des constatations de ce genre portant sur le revenu des valeurs mobilières ou effectuées dans d’autres branches de l’activité donnerait des résultats analogues. Il faut en conclure que la socialisation des moyens de production n'aurait aucun intérêt pour les
(1) Voir l’article La part de l’'Etal de M. Joseph Barthélemy, paru dans le Capital du 17 avril 1930. « Dans le régime auquel nous à progressivement conduits une poussée constante d’étatisme, dit-il, l'État est un associé léonin. I gagne toujours plus que le propriélaire, quand celui-ci gagne ; 11 ne perd jamais quand ie propriétaire perd »,
classes laborieuses qui ne récupéreraient que la part du capital, part infime par rapport au service rendu, et pour l'État qui, au lieu d’être un « associé léonin » c'est-à-dire qui ne perd jamais, même quand le propriétaire perd, participerait nécessairement aux pertes en devenant propriétaire.
En résumé, la rémunération de l’État ne paraît pas susceptible d’être augmentée et d’ailleurs, ses fonctions actuelles ne paraissent pas devoir l’orienter vers une participation plus intime au travail de la production.
«La société contemporaine, dit M. Edgard Allix est devenue le champ d’activité d’un certain nombre de forces collectives organisées en présence d’éléments inorganisés, forces puissantes pour le bien et aussi pour le mal, qui recèlent toutes les possibilités de progfès et aussi toutes les possibilités d’asservissement, parce qu’elles s’appuient sur le monopole ».
Le rôle de l’État, qui n’était avec le régime d’économie privée que celui d’un spectateur impartial, s’est profondément modifié et 1l doit en premier lieu défendre les droits de l'individu contre de puissantes collectivités : trusts, cartels, syndicats, etc.
«Son rôle est aussi de défendre l'intérêt généralet l’intérêt national contre la coalition des intérêts particuliers et d'éviter que ne se créent des États dans l'État ».
«Son rôle est enfin de venir en aide aux initiatives privées pour les seconder dans l'effort d'organisation et de «rationalisation » que les conditions de la lutte économique internationale rendent chaque jour plus nécessaire (1) ».
(1) L'Etat et «l'Economie organisée » par M. Edgard Allix, Article paru dans le Sans-fil du 17 avril 1930,