DEUXIÈME PARTIE
Le Nationalisme & l'Impérialisme
économiques américains
«Les mêmes causes auxquelles l’Anglelerre doit son élévation actueile feront parvenir l’ Amérique vraisemblablement dons le cours du siècle prochain à un degré d'industrie, de richesse et de pui:sance qui la placera au-dessus de l’ Angleterre, autant que l'Angleterre est aujourd’hui au-dessus de la Hollande. Par la force des choses, les États-Unis, d’ici là, se peupleront de centaines de millions d'habitants et étendront sur toute l’Amérique centrale et méridionale leur population, leur constitution, leur culture et leur esprit, comme récemment ils l’ont fait à l’égard des provinces mexicaines limitrophes ; le lien fédératif unira entre elles toutes ces immenses contrées, une population de plusieurs centaines de millions d’âmes exploitera un continent dont l’étendue et Les ressources dépassent énormément celles de l’Europe et la puissance maritime du monde occidental surpassera alors celle de la Grande-Bretagne dans la même proportion que son littoral et ses fleuves surpassent le littoral et les fleuves britanniques en développement et en grandeur ». Frédéric List, Système national d'économie polilique, 1841. Cité par M. Yves Le Trocquer dans un article sur la solidarité européenne paru dans le Capital du 26 juilet 1929,
La nation américaine ne date que de la fin du XvIIIe siècle, mais ses progrès furent si rapides qu’elle devint en quelques années une puissance de premier ordre.
Les circonstances économiques jouèrent un rôle de première importance dans sa formation, puisque les revendication de la liberté économique fut une des causes de la guerre de l’Indépendance, et elles continuërent à exercer une influence prépondérante sur le développement des éléments politiques (territoire, population, etc.), attestant ainsi l’étroite dépendance des deux milieux économique et politique.
Pendant le xrx® siècle, la nation américaine, absorbée par ce travail intense de formation, reste étrangère aux querelles de la vieille Europe. Isolée dans son éloignement, elle apparaît à cette dernière comme un champ d'exploitation qui offre d’inépuisables ressources matérielles aux pionniers de la civilisation et comme une terre idéale sur laquelle un peuple aussi ardent que neuf, poursuit le développement d’une démocratie imbue de liberté et de justice.
La réalisation de cette œuvre absorbe l’activité de la jeune république jusque vers la fin du xix° siècle et l'importance des transformations opérées au cours de cette période explique cette sorte d’indifférence à
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l'égard des affaires européennes. Alors que la fédération des États-Unis ne comprenait en 1790 qu'un territoire de 2 millions de kilomètres carrés et une population de 2.500.000 habitants, elle atteignait, 100 ans plus tard, une superficie de 9 millions de kilomètres carrés et 80 millions d'habitants, pouvant ainsi rivaliser avec les plus grands États civilisés de l’ancien conti-
nent.
Malgré cet énorme accroissement de puissance, la
République américaine ne cesse pas d’observer son attitude de prudence traditionnelle envers l’Europe : sa politique extérieure se développe suivant une remarquable continuité de vues et trouve son expression la plus typique dans la doctrine de Monroë qui vise essentiellement à mettre à l’abri des compétitions européennes les terres et les principes démocratiques de la jeune Amérique (1). C’est pourquoi, quand éclate
(1) Voir à ce sujet le lumineux exposé de la doctrine de Monroë que M. André T:rdieu a fait le 28 :.vril 1911 dans une Conférence à la Sosiélé des anciens élènes et élèves de l'Ecole des sciences politiques (Questions actuelles de pol. étrangère dans l Amérique du Nord). D’après M. Tardieu, la doctrine de Monroë formulée en 1823 pour défendre les anciennes colonies expagnoles érigées en Républiques, contre un intervention possible de la Sainte-Alliance, n’est qu’une application au Nouveau Monde du principe des nationalités que les États-Unis avaient revendiqué pour leur propre compte contre la Grande-Bretagne. ;
11 ne faut pas y voir une règle de droit international mais un véritable programme politique, qui suivant M. Lodge, constituait le credo national des Etats-Unis et pouvait toujours être considéré comme la résultante de deux forces, l'une qui est l’intérél américain et l’autre, la puissance américaine, autrement dit «la résultante de ces deux termes entre lesquels se meut la politique des nations : le désirable ét lepossible)#0n-R011 DOI
C’est ainsi que, dans sa /orme initiale, la doctrine de Monroë dénie le droit à l’Europe de former de nouvelles colonies ou de diriger des interventions politiques en Amérique : mais elle affirme également que les Etats-Unis n’ont pas l'intention d'intervenir politiquement en Europe, ni de porter atteinte aux possessions coloniales de l’Europe au Nouveau Monde, C’est la période où toute la puissance des États-