‹ Nationalisme et impérialisme économiquesChapitre 26 sur 37 · SOON · texte numérisé non relu

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la grande guerre elle garde une neutralité qui n’est, en somme, que l'application du principe d'abstention formulée par Monroë. Le président Wilson, pacifiste convaincu et candidat du parti démocrate, confirme l'abstention des États-Unis et déclare oflicuellement en plusieurs circonstances que son pays restera neutre.

C’est d’ailleurs, un fait bien spécial aux États-Unis que l'opinion qui se diffuse sur un territoire trop vaste et peuplé d'éléments disparates, est plus lente à s’émouvoir que partout ailleurs. D'autre part, le propre du tempérament anglo-saxon est, sans se désintéres- . ser entièrement des affaires politiques ou administastives, de s’adonner de préférence à ses affaires privées et de porter son activité dans les domaines industriel et commercial.

Ün exemple typique de cette tendance n'est-il pas dans la délégation quasi souveraine qui fait du président de la Fédération pendant la durée de son mandat un véritable chef de l'Exécutif (1).

Toutefois, malgré son indifférence apparente et sa lenteur à s’émouvoir, l’anglo-saxon n’abdique Jamais entièrement la participation aux affaires publiques

Unis est absorbée par la formation de la nation américaine et ne saurait affronter les États d'Europe dans leur domaine propre. Au contraire, dans sa forme la plus récente, la doctrine profes:ée par les Américains aftirme leur droit d’intervenir politiquement dans le monde entier et plus spécialement dans les affaires européennes. La république américaine, en pleine possession de ses forces, inaugure la période d’impérialisme en s’emparant des colonies espagnoles d'Amérique et affirme sa volonté d'expansion mondiale.

(1) « Pendant la durée du «terme », le président agit comme un chef d’entreprise sous sa propre responsabilité et la masse du peuple le considère comme seul qualifié pour agir. Ses adversaires ne le harcèlent pas dans l’exercice de sa fonction, mais cherchent à provoquer contre sa politique un grand mouvement d'opinion... Il reste l'arbitre de la situation et à la différence d’un monarque constitutionnel, il ne règne pas, mais il gouverne ». Firmin Roz, L'Amérique nouvelle, p. 142.

et réagit avec rudesse quand l’occasion s’en fait sentir.

En la circonstance, ce fut, indépendamment des effets de la guerre sous-marine, la propagande excessive du comte Dernburg, ambassadeur d'Allemagne, en faveur de la cause germanique, et après son rappel en juin 1916, les attentats terroristes perpétrés sur le territoire américain à l’instigation du comte Bernstorff, son successeur (1), qui rendirent l’opinion américaine consciente d'elle-même et qui emportèrent les dernières résistances. Le 4 avril 1917, le Congrès des États-Unis votait la résolution de guerre et la République américaine sortait de son isolement par un acte qui l’amenait à participer activement à la politique internationale.

C'était implicitement reconnaître le fait que les États-Unis ne pouvaient, malgré leur désir, se désintéresser des conséquences politiques et économiques de la guerre.

En outre, parmi les causes morales de cette intervention, on pouvait remarquer que le caractère de violence imprimé à la guerre par les agressions allemandes et surtout par la violation de la neutralité belge (2) allaient à l'encontre d’un sentiment inné du droit et de la justice qui étaient au fond de l’opinion américaine, L'union s'était faite à ce sujet dans l'élite

(1) Lire à ce sujet l’intéressant chapitre sur Le germanisme aux Etats-Unis, dans l'ouvrage de M. F. Roz.

(2) Les violences allemandes «révoltaient le sens du droit qui domine cette société toute moderne et de création en quelque sorte volontaire, société essentiellement contractuelle qui s’est fondée sur la loi et qui est restée gouvernée par les légistes. Les incendies de Louvain, de Malines et de Reims, indignaient ce peuple qui a puisé dans la nécessité où il s'est trouvé de tout créer et de tout construire, le culte presque exalté de l’activité humaine et des richesses qu’elle a produites », F. Roz, op. cit., p. 132.

intellectuelle de la nation formée par les universités, ainsi que par les milieux artistiques et littéraires. La prolongation de la neutralité américaine avait même déçu ou irrité des personnalités éminentes telles que Hon Elihu. Root, ancien secrétaire d’État et l’exprésident Roosevelt, adversaire des démocrates qui avaient porté au pouvoir le président Wilson. Les raisons de l’intervention du gouvernement américain étaient, d’ailleurs, du même ordre que celles qu'avait proclamées Franklin en 1771 et elles inspirèrent plus tard le président Wilson quand il crut devoir formuler la loi du monde nouveau dans les quatorze points de son Covenent (1).

La spontanéité du mouvement qui s’empara alors de l'opinion publique aux États-Unis témoigne que les Américains, en dépit de leurs divergences, sont restés fidèles, après un siècle, à l’idéalisme humanitaire que professèrent les fondateurs de l’Indépendance. Suivant M. F. Roz, la leçon de ce grand événement pouvait déjà se lire dans le spectacle tumultueux de la vie américaine où de bons observateurs pouvaient apercevoir, comme il l’écrivait en 1909, « derrière l’activité économique déployée au premier plan, la puissance de l’idéal qui, mettant au service de cette société toutes les forces vives de la religion, de l’éducation et de l’action sociale, l’oriente vers un avenir dont les difficultés ne doivent pas cacher à nos yeux les promesses (2) ».

(1) Franklin proclamait en 1771 : «C’est ici un commun dicton que notre cause est la cause du genre humain et que nous allons combattre pour la liberté de l’Europe en combattant pour la nôtre », Aulard, Histoire politique de la Révolution française, p. 19.

(2) Firmin Roz, op. cit., p. 156.

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