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peu près au même rang que Cuba et les Indes occidentales. Par contre, on remarquera l'importance des investissements opérés en Angleterre (485.235 dollars) et ce fait, joint aux progrès inquiétants réalisés par le commerce américain dans les colonies anglaises ainsi qu'à l'ampleur prise par les établissements des États-Unis dans certains Dominions, ne peut qu’inciter les Anglais à prendre des mesures légitimes de préservation (1).
Les capitaux américains se sont encore investis en Europe dans des pays de jeune formation qui, comme la Pologne et l'Italie, leur semblaient présenter des garanties de stabilité en raison des régimes d’autorité qui y ont été instaurés depuis la guerre. En Jtalie, les prêts américains pouvaient s’évaluer en 1929 à 10 milliards de lires (s’ajoutant à 40 milliards de lire pour les emprunts de guerre) finançant l’État, les villes de Milan et de Rome, les entreprises électriques (près de 2 milliards de lires) et l’œuvre de rénovation agricole que Mussolini ne peut entreprendre qu’à l’aide d’un très large recours au capital étranger.
En Pologne, les Américains ont investi 8 milliards de
(1) En dépit de cette concurrence que nous relevons dans les domaines commercial et financier, d’après M. Siegfried (op. cit., p. 211) il n’y à pas lieu d’exagérer cette espèce de rivalité anglo-américaine. Sans doute les Américains font-ils directement un nombre croissant de transactions, mais ils s’accomodent au fond du système britan nique, dont l’usage est pratique et qui leur inspire confiance : c’est la base d’une union de fait entre les peuples anglo-saxons, habitués à travailler en commun en s’accordant mutuellement crédit. C’est ainsi qu'ils n’ont pas cherché à profiter de la faiblesse de la livre pour se substituer à l'Angleterre dans le financement du commerce international, même pour les exportations américaines de coton ou de blé. Hs n’ont pas entrepris non plus de mettre sur pied un régime de crédit mondial s'adressant aux acheteurs européens : ils se bornent à soutenir sur place le producteur américain par des avances bancaires dont la War Finance corporation a pris en son temps l'initiative,
francs qui constituent 65 pour cent de la dette extérieure ainsi que de nombreux emprunts de villes ou provinces : à la faveur de l'emprunt de stabilisation un surveillant américain à été imposé à la banque d'émission polonaise dont il contrôle les opérations ainsi que les finances publiques de l’État.
Quant à l’industrie privée, les investissements sont particulièrement importants et, d’après M. Ch. Pomaret, c'est au cœur même de la prospérité polonaise, en Silésie que «le capital américain afflue, commande et monopolise depuis 1920 avec une extraordinaire activité (1) ».
En résumé, les Américains ont financé sur l’ancien continent des gouvernements épuisés par la guerre ou de jeunes nationalités encore en voie de formation économique ou politique.
Mais bien que cette aide financière comporte des liens de dépendance qui éveillent certaines susceptibilités, on ne saurait désirer l’arrêt de ce courant de capitaux avant que la restauration de l’Europe ne: soit à peu près terminée.
Si l’or et les réserves européennes se sont accumulés en Amérique pendant la guerre, il est d’autant plus légitime que ces éléments de richesse reviennent,
(1) Ces renseignements sur les investissements des États-Unis en Italie et en Pologne sont extraits des articles publiés dans le Capital au cours des derniers mois de 1930, par M. Charles Pomaret, sur La conquête de l'Europe par les Etats-Unis. — Nous devons signaler également que des initiatives privées américaines ont apporté un concours effectif et créé des investissements importants en Russie, pour la réussite du plan d'équipement quinquennal, notamment pour la construction d’un établissement hydroélectrique très puissant sur le Dnièper, la construction d’une cité moderne et d'usines For& près de Nijni Novgorod, la réfection des transports, la rénovation de l’agriculture, ete. Voir l’article Du nouveau à l'Est, paru dans La Tendance du 5 février 1931.
du moins partiellement, coopérer à cette restauration que la circulation du capital financier est devenue une fonction essentielle de l’économie mondiale. Sans doute les États-Unis envisagent la mise en valeur des immenses marchés d’Extrême-Orient et d'Amérique ; mais en portant secours aux vieilles nations européennes épuisées par leurs rivalités, ils se sont souvenus, malgré tout, que l’Amérique est fille de l’Europe et, en prêtant une aide généreuse à de jeunes nations issues de la guerre ou transformées par elles, ils nous font involontairement songer aux angoisses qu'éprouvaient, au lendemain de l’Indépendance, Hamilton et Jefferson, ces fondateurs de la puissance américaine, sur l’avenir économique et financier de leur patrie nouvellement libérée,