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anciennes barrières douanières ont été élevées, et 12.000 kilomètres de nouveaux rempart sont été construits. Plusieurs pays même, et non des moindres, non contents de ralentir les mouvements des marchandises, ont tenté de restreindre ceux des capitaux et des hommes. Le divorce entre la théorie et la pratique est complet (1) ».
Effectivement, le désir des peuples plus spécialement atteints par la guerre de retrouver leurs courants normaux d'échanges, devait se trouver fatalement contrarié par la volonté non moins arrêtée de rivaux plus favorisés et désireux de maintenir des exportations qui leur assuraient des bénéfices dont l’importance ne faisait que mesurer l'endettement progressif de leurs débiteurs (2).
Cette espèce d’enrichissement sans cause entre nations ne pouvait que susciter le nationalisme défensif des débiteurs, en opposition avec l'impérialisme plus ou moins agressif de leurs créanciers.
Ces derniers donnèrent l’exemple de l’intransigeance en fermant leurs portes aux importations, et successivement, tous les pays du monde voulurent se rendre
(1) M. Henri Baudin, Le Nationalisme économique (Information des 21, 22, 29 septembre 1929).
(2) D’après un article de M. Louis Fougère, intitulé : La course à la mort, et publié dans l’Européen du 19 juin 1929, le solde débiteur de la balance commerciale de l’Europe, pour la seule année 1928, était de 114 milliards de francs, tandis que le solde créditeur des pays extra-européens était de 65 milliards dont 27 milliards pour les seuls Etats-Unis d’'Amétique .
Recueilli dans Solidarité européenne, de M. Yves Le Trocquer, paru dans le Capital du 26 juillet 1929 : « Un autre exemple de cet appauvrissement de l’Europe est constitué par la diminution du volume des exportations anglaises dans les colonies britanniques. Ces dernières ont diminué leurs commandes par suite de l’attraction qu’exercent sur elles d’autres nations depuis 1918 et le volume des exportations anglaises n’a pas dépassé 60 p. 100 de son volume d’avant-guerre ».
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indépendants en élevant des barrières douanières autour de leur propre marché, en conservant néanmoins l'espoir de vendre au dehors.
«Ces prétentions inconciliables, dit M. Julien Durand, conduisirent à des pratiques de dumping donnant elles-mêmes naissance à des mesures de représailles. Ainsi se formait tout un enchaînement d’opérations désastreuses qui devaient se traduire par un état de crise générale (1) ».
Ce rétrécissement des débouchés internationaux n’était point dû d’ailleurs au seul sentiment nationaliste et au désir de restreindre les importations ; les causes les plus diverses interviennent pour fermer chaque jour de nouveaux marchés et accentuer cet état de crise générale. Ces causes ont tantôt un caractère politique comme en Russie, en Chine, dans l’Inde et tantôt un caractère économique comme la dépréciation des produits nationaux dans les pays balkaniques, l'Australie, le Canada et les pays de l'Amérique latine. On voit aussi intervenir des causes monétaires comme la détérioration des changes en Espagne, au Brésil, en Argentine, ou comme l’avilissement de l’argent en Extrême-Orient (2).
Il est incontestable que pour les moins avertis le monde se trouve dans un état de trouble ou de transformation économique. Le fait est évident si l’on considère simplement les conditions d’existence de la vie privée où le ralentissement des affaires coïneide avec l'élévation du niveau d’existence et l’augmentation
(1) M. Julien Durand, Balance commerciale et Fédération européenne (Information du 27 iuillet 1930).
‘(2) D’après M. Albert Despaux, Les remèdes à la crise mondiale de sous-consommation (Informations du 12 février 1931.)
des salaires (1), où la hausse des prix de détail concorde étrangement avec la baisse des prix de gros; qu'à un point de vue plus général, on examine les transformations que le progrès scientifique a tout récemment apporté dans l'exécution matérielle du travail humain et dans la mentalité même des hommes. La puissance du travail humain a été encore accrue par les progrès de l'esprit d'association ; la concentration s’est développée dans toutes les branches de la production et tous les participants de la vie économique se sont groupés, les consommateurs au même titre que les salariés et les producteurs.
Une évolution corrélative de la précédente s’est effectuée dans l’ordre international et, comme le dit M. René Giraud, «autour des sources de matières premières, des masses se sont organisées, d’abord en deçà, puis au delà des frontières, constituant en marge des nations politiques de véritables Etats (2) ».
Ces « masses » que les marxistes actuels prétendent n'être que des «sphères d'investissement » du capital financier instituées par les monopoles des puissances capitalistes (3), ont cependant une communauté d’intérêts avec les masses voisines dont elles subissent toutes les vicissitudes. C’est ainsi, ajoute M. R. Giraud,
(1) D’après J. M. Keynes, le niveau des conditions moyennes d'existence en Europe et aux Etats-Unis a quadruplé depuis le seizième siècle tandis que le développement des capitaux a été de cent fois supérieur à ce qu'ils furent à n'importe quel âge de l’humanité (J. M. Keynes, Coup d'œil sur les progrès passés et juturs de l'Eco- nomie nationale, Information du 12 octobre 1930). — En ce qui concerne les salaires, d’après M. Siegfried, la main-d'œuvre du Nouveau Monde se paie environ deux fois plus cher que celle de l’Angleterre el trois à quatre fois plus chier que celle du continent (A. Siegfried, Comment se pose le problème de la production aux Etats-Unis, Capital du 18 mars 1931).
(2) Giraud, Za politique el l’'économique (Capital du 18 mars 1931). (3) Boukharine, L’Economie mondiale et l Impérialisme, p.99.