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Comme David Hume l'avait prévu au xvirre siècle, ce développement des échanges internationaux ne pouvait qu’enrichir les nations en intensifiant leur activité productrice et accroître le bien-être des consommateurs de tous les pays, en mettant à leur portée les produits du monde entier, obtenus au moindre prix.
Suivant Meynard Keynes (1), alors qu’au milieu du xixe siècle la plupart des États d'Europe se suffisaient à peu près à eux-mêmes, l'importation des grains d'Amérique leur permit ensuite de se spécialiser dans l’industrie, de nourrir une nombreuse population manufacturière, de développer les chemins de fer et les transports maritimes qui, en les unissant plus étroitement au reste du monde, exercèrent une action croissante sur leur -production industrielle.
Ce mouvement commercial eut pour conséquence de créer une interdépendance de plus en plus étroite des économies nationales et désormais dans chacune d'elles, les produits de tous les pays pénètrent pour y servir sous les formes les plus variées à la fabrication des articles industriels, à la culture, à l’alimentation des hommes et des animaux, à l'amélioration des races, Netc:
Mais, ainsi que nous l’avons vu plus haut, l’internationalisation de l’économie comporte, indépendamment de la libre circulation des marchandises, celle des facteurs de la production, des capitaux et de la main-d'œuvre.
(1) Meynard Keynes, Economic consequences of the peace. Londres, Macmillan, 1919, cité par Laurent Dechesne.
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En ce qui concerne la circulation de la main-d'œuvre, les pays tropicaux ne peuvent être exploités directement par des travailleurs européens, et inversement, les races exotiques ne donnent qu’un rendement médiocre dans les pays tempérés.
Mais on enregistre entre les pays tempérés, en particulier entre l'Europe d’une part, et l'Amérique, le Cap et l’Australie d’aut:e part de véritables migrations définitivesou simplement saisonnières.
D'après M. Delaisi, qui a étudié spécialement ce phénomène (1), ce furent d’abord les pays d'Europe les plus peuplés, savoir : l'Angleterre, l'Allemagne, la Scandinavie, la Suisse et la Hollande, qui envoyèrent des masses d’émigrants à la conquête de l’or en Californie, dans l’Afrique du Sud et en Australie : si toutes n'y rencontrèrent point l’Eldorado, elles y trouvèrent des terres fertiles, propres à la culture et à l'élevage, qu'elles mirent en valeur et qui constituèrent des centres d’approvisionnement, des débouchés commerciaux pour l’Europe industrielle.
Vers le milieu du xix® siècle, cette première source d’émigration fut tarie par l’industrialisation des pays qui fournissaient les émigrants : le développement des centres industriels absorba non seulement cet excédent de population, mais encore les populations des campagnes qui refluèrent vers les villes.
L’émigration ne devait point tarder à reprendre avec une intensité accrue; mais cette fois ce fut l’Europe agricole qui fournit les hommes, et ainsi en
(1) M. Delaisi, Les deux Europes. Voir l’article publié par M. Yves Le Trocquer dans le Capilal du 11 décembre 1929. Pour l’Union douanière européenne (Les deux ÆEuropes).
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un siècle 36 millions d'Européens sont allés s'installer au delà des mers (1).
La circulation des capitaux a pris une importance encore plus grande que celle de la main-d'œuvre et domine aujourd’hui le problème de l’économie mondiale. Cette puissance du capital s'explique en raison de ce qu'il porte en lui tous les autres éléments de l’œuvre productrice. Bôhm Bawerk a dit qu'il était du «travail cristallisé » et, bien que cette expression ne renferme qu'une partie de la vérité, on peut dire qu'il est une véritable synthèse de la production. Sa puissance a été encore accrue récemment par la fusion des éléments industriel et financier dans une forme supérieure du capitalisme qu'Hilferding a dénommé : capital financier. Élément fluide par excellence, le capital ne porte pas les signes distinctifs de son origine, 1l s’infiltre insidieusement et pénètre dans toutes les parties du monde dont les nations en cours d’expansion économique veulent faire des dépendances. L'école marxiste prétend que la formation du capital
(1) M. Delaisi situe cette Europe agricole à l’est d’une ligne routière passant approximativement par Stockholm, Cracovie, Bud- Pesth, Florence, Bilbao, Glasgow et Bergen.
«Comme cette émigration des hommes a coïncidé avec une émigration des capitaux et de l'outillage, voilà qu’a surgi par delà les mers une troisième Europe, fille des deux autres, agricole comme la seconde, mais outillée mécaniquement comme la première, semblable à toutes deux et pourtant différente, qui les prolonge et les complète, l'Europe d'outre-mer ».
Mais l'Europe occidentale qui a porté en un siècle sa population de 200 à 600 millions d'habitants, voit son équilibre économique et social dépendre pour 38 p. 100 de l'Europe d'outre-mer, pour 33 p. 100 des pays exotiques et seulement pour 28 p. 100 de l'Europe agricole. ETC montrant combien une telle situation est lourde d’inconvénients par sa précarité el son instabilité, l’auteur conclut que : «Seule la mise en valeur de l’Europe agricole où les hommes sont sur place, n'attendent que l'outillage et les crédits, permettra de donner à l’Europe industrielle, la sécurité des lendemains. Le salut de l'Europe est dans le retour à l’Europe ».
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financier constitue une des formes historiques que doit prendre l’évolution économique, et que l’impérialisme économique actuel de certaines nations n’est pas autre chose que la politique propre du capital financier.
Nous reviendrons sur cette question en étudiant, eu cours du chapitre IV, la théorie socialiste de l’impérialisme et du capital financier.
Quoi qu'il en soit du mode d’action des divers éléments de la production, la formation d’une économie mondiale fut au xix® siècle la conséquence des progrès industriels et de la propagande libre-échangiste ; mais si les théoriciens hbre-échangistes pensaient que dans un ordre idéal des choses, la liberté économique est de nature à engendrer le maximum de prospérité pour les nations comme pour les individus, ils n’avaient pas prévu qu'une évolution incessante se produit dans le domaine économique et que la formation de cette économie mondiale qui se réalise sans l’intervention régulatrice d’une autorité spéciale, laisse libre cours aux rivalités des gouvernements nationaux.
Or, ces rivalités sont provoquées par la division internationale du travail elle-même qui, déterminant des changements plus ou moins brusques dans la répartition des anciennes spécialités, crée de nouveaux centres de production en ruinant les anciens, bouleverse les courants d'échange, et modifie dans son ensemble la hiérarchie des nations les plus industrielles2(D):
En 1890, M. Jules Domergue signalait dans un ouvrage sur la Révolution économique les dangers de
(1) Laurent Dechesne, op, it,