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DAME INCONNUE

Musée de Limoges

qu’on le doit moins aux insuffisances du crayon de Nattier qu’au paisible burin des graveurs d’alors, peu faits, semble-t-il, pour s’assimiler la fougue du peintre d’Anvers.

Nattier achevait à peine ce grand travail, qui se doublait pour lui d’une spéculation intéressante, lorsque le duc d’Antin, qui venait de succéder à Jules Hardouin-Mansart à la surintendance des Bâtiments, lui fit proposer par Jouvenet d’aller occuper, en qualité de pensionnaire du Roi, une place vacante à l’Académie de France à Rome : « Plusieurs ouvrages commencés , et pour lesquels on le pressait beaucoup, lui firent refuser cette faveur, ce qui, par la suite, lui causa les regrets les plus vifs, n’ayant jamais pu se pardonner d’avoir manqué une occasion si favorable. » Ainsi parle sa fille, d’après des souvenirs que le père avait dû souvent évoquer au milieu de ses enfants.

On comprend le regret de Nattier d’avoir ignoré Rome , si l’on songe qu’il a toujours rêvé faire de la peinture d’histoire, et que le genre du portrait n’a jamais été pour lui qu’un pis aller. La hiérarchie des arts , alors fort exactement constituée dans les esprits, mettait le portrait au-dessous de cette peinture historique, par laquelle, à travers les Carrache, le

Guide, le Dominiquin et même l’Albane, l’École française s’enorgueillissait de se rattacher à Jules Romain et à Raphaël. Dans la fréquentation des œuvres de Charles Le Brun et de Rubens, Natticr avait pris l’admiration rigoureuse des grandes compositions allégoriques, où l’on s’ingéniait à immortaliser les événements contemporains, et pour lesquelles l’étude des chefs-d’œuvre italiens était une source inépuisable d’inspiration. Il se croyait doué pour continuer ces traditions, et nous trouverons, dans la partie la moins connue de son œuvre, des preuves significatives d’une conviction qui ne l’abandonna jamais.

Si Nattier était parti pour Rome, l’accord de ses dispositions naturelles avec l’enseignement qu’on y recevait eût produit sans doute la plus médiocre des carrières. Il n’avait pas un don assez personnel d’artiste pour vivre en Italie sans danger. Il eût altéré ses qualités, sans rien gagner qu’une éducation de faux style. La direction du chevalier Poërson, qui conseillait alors les jeunes pensionnaires du Roi suivant les principes de l’Académie, l’eût détourné du portrait, où il était fait pour réussir et donner une note charmante et personnelle. Nattier fût devenu un Natoire, et ce

double emploi eût été assurément de quelque dommage pour l’art français.

Ce fut comme peintre d’histoire, et non comme peintre de portraits, qu’il se présenta à l’Académie royale. Son frère Jean-Baptiste l’y avait précédé; il avait été agréé le 31 décembre 1710, puis reçu le 29 octobre 1712, sur la présentation d’un assez insignifiant tableau, Joseph sollicité par la femme de Putiphar, gravé par Beauvarlet et qui est aujourd’hui au musée de l’Ermitage. D’après Jean -Baptiste Nattier, Surugue a gravé une figure à mi-corps de David vainqueur de Goliath, datée de 1719 ; Beauvais a interprété une Danaé, ainsi qu’un Satyre découvrant une Nymphe endormie. Ce sont des témoignages honorables et médiocres de l’activité académique de Nattier l’aîné. Jean- Marc, qu’on désignait alors sous le nom de Nattier le jeune, suivit le même chemin que son frère et se soumit aux obligations imposées pour obtenir les avantages joints au titre d’académicien.

C’était presque une nécessité pour les artistes de se faire agréer dans la compagnie créée sous la régence d’Anne d’Autriche, grâce à l’initiative de Charles Le Brun, et qui ouvrait

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