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DUCHESSE D’ORLÉANS

Musée de Stockholm

LE PEINTRE A LA MODE

des coupes d’or. » Quelques belles œuvres de Nattier, d’une virtuosité triomphante, sauvèrent cette mode du ridicule.

Après un premier essai du type d’Hébé, cinq ou six ans plus tôt, en faveur d’une jeune femme de la maison de Rohan, nous voyons Nattier, en 1744, le reprendre pour un portrait moins brillant, où l’aigle, tout à fait « apprivoisé », se prête paisiblement aux caresses d’une main blanche. Puis, au Salon de 1745, paraissent deux grandes figures, que le peintre n’hésite pas à exposer ensemble et qui renouvellent ingénieusement le groupe de la femme et de l’aigle. L’oiseau divin se précipite avec violence, les ailes éployées, la foudre dans les serres, sur la coupe d’or et de cristal que tendent les déesses. Celles-ci, revêtues du calme souriant de l’Olympe, sont toutes parées de fleurs, enroulées autour des bras de l’une, du buste de l’autre, et posées au front de toutes deux comme des étoiles. Elles regardent tranquillement le spectateur, n’ayant d’autre souci que de faire admirer leur beauté ; et le visiteur de l’exposition du Louvre reconnaît, non sans agrément, sur ces nuages sillonnés par la foudre, Madame la duchesse de Chartres, bellefille du premier prince du sang, et Madame

la duchesse de Chaulnes. L’année suivante, toutes les femmes veulent être en llébé, et Nattier n’y peut suffire. Il expose encore, sous cette allégorie, le portrait d’une dame Desfourniel, qui est apparemment une fort belle personne ; mais, les bourgeoises se mêlant d’entrer dans l’Olympe , les duchesses n’en veulent plus, et le peintre renonce aux aiguières, aux aigles et à la foudre.

Parmi les Ilébés de 1745, figure une princesse dont l’iconographie, embrouillée à plaisir par les attributions arbitraires en usage au siècle dernier, donne place encore à de grandes incertitudes. C’est Louise-Henriette de Bourbon, fille du prince de Conti, née en 1726, mariée à dix-sept ans au duc de Chartres, en 1743, devenue duchesse d’Orléans en 1752 et morte au Palais-Royal en 1759. La mère de Philippe- Egalité a laissé peu de trace dans l’histoire ; elle aurait, en revanche, si l’on en croyait les traditions, posé sans cesse devant les peintres, et un grand nombre de fois devant Nattier lui-même. Après avoir enlevé son nom à plusieurs peintures de Versailles, aurions-nous la hardiesse d’émettre un doute devant le portrait du musée Condé ? C’est précisément une llébé

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