LA DUCHESSE DE CHAULNES
A M. Carlos de Beistegui
LE PEINTRE A LA MODE
encore, un peu moins jeune que les autres, un peu moins séduisante, et devant qui l’aigle, apaisé, bat des ailes au repos. Cette toile, non signée, qui provient de la maison de Condé et qu’a gravée Hubert, est loin d’être sans mérite, et elle sert à représenter, dans une illustre collection, la grande manière de Nattier ; mais est-elle entièrement de sa main ? Montre-t-elle même, à un âge plus avancé, la princesse du grand tableau du musée de Stockholm, qui a figuré au Salon du Louvre et porte sur l’original la date de 1744? Nous n’oserions l’affirmer, si nous ne trouvions l’œuvre à Chantilly. On peut faire encore, en passant, une observation accessoire assez curieuse. Le bas du tableau et celui du portrait de la duchesse de Chaulnes sont absolument identiques ; la draperie bleue et la chemise blanche qu’elle recouvre en partie sont disposées de même, au milieu de nuages pareils, et la même partie de la jambe gauche est laissée nue. Le corps est d’ailleurs dans un mouvement semblable, bien que les bras fassent des gestes différents. Nous avons là un exemple de la façon dont le peintre utilisait et répétait, sans la moindre gêne, en plusieurs tableaux, les arrangements dont il était satisfait.
NATT1ER
Ce Salon de 1745, où Nattier parut avec quatre portraits fort importants, deux portraits en buste et la grande composition décorative de la Force, semble avoir été son exposition la plus considérable. Non seulement iî s’y présenta, après une abstention de trois années, avec les spécimens les plus divers et les mieux choisis de son talent, mais on put s’apercevoir que ses modèles devenaient de plus en plus illustres. A côté du duc et de la duchesse de Chartres , il avait obtenu la permission de montrer un des portraits des Filles de France, celui de Madame Adélaïde en Diane. Ainsi s’affirmait le changement qui venait de survenir dans sa carrière et qui allait faire de lui le peintre attitré de la Famille royale.