‹ Nature des EnzymesChapitre 12 sur 18 · TRAVAUX SUR LE MODE D'ACTION DES ENZYMES · texte numérisé non relu

TRAVAUX SUR LE MODE D'ACTION DES ENZYMES

On a admis pendant longtemps avec Bersélius que les enzymes agissent à la façon de la mousse de platine sur l’eau oxygénée : on a rangé les phénomènes diastasiques dans Ie groupe des phénomènes catalytiques, phénomènes dont le mécanisme était absolument obscur.

On sait que si l’on plonge dans l’eau oxygénée certains corps pulvérulents tels que l’or, le palladium, l'argent, chimiquement précipités, la mousse de platine, le charbon pulvérulent, le bioxyde de manganèse, le sesquioxyde de fer, etc., l’eau oxygénée est décomposée et des bulles gazeuses se dégagent. On pensait que les ferments agissent de même par une force inconnue qu’on appelle catalytique.

Certaines expériences anciennes de Schœnbein semblent démontrer que les solutions diastasiques possèdent la propriété, comme la mousse de platine, de décomposer l’eau oxygénée. Schœnbein croyait même que cette pro-

priété était intimement liée à la propriété ferment. Tous

les agents capables de faire perdre aux solutions leur propriété diastasique leur font en même temps perdre leur propriété de décomposer l’eau oxygénée, et inver-

sement tous les agents capables de leur enlever leur

proprié'é de décomposer l’eau oxygénée leur font perdre

leur propriété ferment. Jacobson a repris ces expériences et montré très nettement que la conclusion de Schœnbein n’est pas exacte : il est, en effet, possible de faire perdre aux solutions d’enzymes l’une seulement de leurs deux propriétés, soit la propriété diastasique, soit la propriété de détruire l’eau oxygénée.

Liebig considère les enzymes comme des substances capables de fixer l’eau sur certains corps : la transformation de {a saccharose en glucose et lévulose par le ferment inversif, s'accompagne d’une hydratation; la saccharification de l’amidon par le ferment amylolytique de la salive ou du suc pancréatique s'accompagne d’une hydratation, la peptonisation des substances albuminoïdes par le suc gastrique et le suc pancréatique s'accompagne d’une hydratation, si l’on admet l'opinion émise par la plupart des auteurs, qui considèrent les peptones comme des produits d’hydratation des substances albuminoïdes. Cette hydratation ne se fait pas spontanément, mais elle peut être provoquée par l’action de certaines substances telles que les acides, telles aussi que des enzymes convenablement choisies. Liebig admet que l’enzyme prend l’eau, comme une éponge sèche plongée dans une liqueur, absorbe cette liqueur, pour la rendre quand où lexprime.

Pekelharing admet que le fibrinferment se comporte

d’une semblable façon. Cette enzyme se combinerait aux sels calciques dissous dans le plasma sanguin pour céder ces sels au fibrinogène ou à l’un des produits de sa décomposition.

D’après Punsen, d’après Hüfner la molécule d’enzyme entrerait en combinaison avec les substances à transformer, comme l’acide sulfurique entre en combinaison avec l’alcool dans la production de l’éther ordinaire. On sait que le premier stade de transformation de l’alcool, dans la production de l’éther, est une combinaison de lacide sulfurique avec l’alcool, Pacide sulfovinique. Dans un second stade, l’acide sulfovinique réagissant sur l’alcool, il se forme de l’oxyde d’éthyle, et l’acide sulfurique se régénère.

Ilen serait de même pour les enzymes, qui contracteraient avec les substances fermentescibles des combinai-

sons pouvant être ultérieurement décomposées par les

corps en présence avec régénération de la molécule

d’enzyme.

Fibrine + trypsine — fibrinetrypsine +...

Fibrinetrypsine + fibrine — protéoses + trypsine

ou autres équations chimiques analogues.

D’après Naegeli, les phénomènes de fermentation ne devraient pas être considérés comme des phénomènes purement chimiques ; ils appartiendraient au moins partiellement à la physique. Cet auteur admet en effet que les molécules d’enzymes sont animées de vibrations particulières, capables de déterminer dans les substances fermentescibles des vibrations moléculaires pouvant dé-

truire la molécule.

ss”

Cette conclusion de Naegeli a été reprise sous une forme un peu modifiée par de Jager.

Après avoir fait remarquer que l’analyse chimique centésimale a été impuissante à nous renseigner sur la nature des enzymes, parce que les résultats obtenus ne sont pas concordants, et que les matières analysées sont, au moins en majeure partie, composées d'impuretés; — après avoir rappelé que l’on a toujours considéré à l’origine les forces de la nature, lumière, électricité, magnétisme, comme des substances, pour en faire plus tard des propriétés de substances, des forces, lorsqu'on a pu constater que les substances lumineuse, magnétique, etc., si elles existaient, devraient être impondérables, — de Jager conclut que les enzymes doivent être considérées comme des forces et non comme des substances; que les fermentations doivent être considérées comme des transformations chimiques produites par des agents physiques où mécaniques, et ne résultant nullement de quelque combinaison chimique à laquelle participerait une molécule chimiquement définie d’une substance-enzyme.

Pour appuyer ces conclusions sur des faits expérimentaux, de Jager cite les expériences anciennes de von Wittich et les expériences plus récentes de Fick.

Von Wittich, dansses études sur la pepsine, avait constaté que la pepsine ne dialyse pas, au moins en quantité appréciable, lorsque le dialyseur contenant la liqueur peptique plonge dans l’eau; mais si dans cette eau extérieure sont plongés des flocons de fibrine, ceux-ci attirent et fixent la: pepsine, car, plongés dans une liqueur légère-

ment acide, ils se dissolvent. De Jager, interprétant ces

expériences, dit que l’eau a transmis les vibrations diastasiques à la fibrine qui a pu vibrer sous leur influence : cette fibrine vibrante possède la propriété de se dissoudre en se peptonisant, 4

Fick verse au fond d’un verre une liqueur glycérique de macération de caillette de veau, et au-dessus, avec les plus grandes précautions, pour ne pas mélanger les deux liquides, du lait à 4o°. Le vase est plongé dans un bain marie à 4o°. La caséification se fait en moins d’une minute, dans toute lPétendue de la couche de lait. Or, il est impossible, d’après Fick, d'admettre que le labferment ait pu diffuser jusque dans les couches supérieures, parce que, d’après les recherches de Stefan (Fick semble admettre que le labferment est une substance albuminoïde), si lon met dans une éprouvette une solution d’albumine de 10 centimètres d’épaisseur et une couche d’eau de 1 mètre d'épaisseur par-dessus, l’albumine n’apparaîtrait dans les couches supérieures qu'après 14 ans. Fick en tire cette conclusion qu’il n’est pas nécessaire que chaque molécule de caséine se combine avec une molécule de ferment pour se transformer.

Je ne sais pas, dit de Jager, si le lait lui-même coaqulé dans l’expérience de Fick possède la propriété de coaguler un autre lait. Sinon, cela prouverait bien l’ahsence de ferment; si out, cela prouverait simplement que le lait lui-même peut acquérir la propriété enzyme,

Il ne semble plus possible de soutenir l’existence d’une force catalytique. L’expression même de force catalytique indique lignorance des causes des phénomènes que

produirait cette cause. Mieux vaudrait avouer franche-

Page 1