‹ Nature des psychoses choréiquesChapitre 10 sur 18 · CHAPITRE TIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE TIT

Exposé de l’état mental choréique.

L'état mental de la chorée est complexe ; il est nécessaire, pour le bien étudier, de diviser cette étude en plusieurs parties correspondant elles-mêmes à des degrés différents dans l'intensité des symptômes présentés par les malades. Nous exposerons successivement l'état mental simple, puis les hallucinations, puis enfin le délire choréique.

I. EraT MENTAL SIMPLE. — Nous comprendrons, sous ce nom, les modifications apportées par la maladie dans la sensibilité morale et le caractère de l'enfant. De nombreux auteurs ont méconnu ces phénomènes ; et pourtant 1is existent, et les difficultés qu'ils apportent à l'éducation de certains enfants donnent à leur étude une réelle importance.

Pinel et Bouchut ne parlent pas de cet état mental; de Niemeyer l'attribue à ce que les enfants sont irrités de n'être pas maîtres de leurs mouvements et Sturges rend responsables de cet état de chose les punitions imméritées que recoivent les Jeunes malades.

Marcé a parfaitement décrit leur état. « Chez la plupart des choréiques, dit-il, se rencontre cette mobilité nerveuse qui accompagne toutes les névroses ; les sujets sont impressionnables, faciles à émouvoir, leur sommeil est léger, ils ont des vertiges, des étouffements et quelques autres svmptomes hystériformes.. On peut observer, surtout chez les enfants, tantôt une gaité insolite, un rire niais qui surviennent à propos des causes les plus futiles ; tantôt de la tristesse, de l'abattement, de la tendance aux pleurs, ou bien encore d’incessantes alternatives d'excitation et de dépression. En même temps, le caractère s’altère ; les enfants les plus souples, les plus dociles, deviennent irascibles, impatients, disputeurs ; ils mentent à tout propos et frappent ceux qui les approchent. Les adultes subissent, mais à un moindre degré, ces diverses transformations : on les voit devenir extravagants, bizarres dans leurs allures, incapables de supporter la moindre contradiction. »

Il existe aussi dans la chorée des troubles intellectuels, consistant surtout dans la diminution de la mémoire et de l'attention. Les sujets, même les plus intelligents, perdent le souvenir de ce qu'ils ont appris ; ils comprennent ce qu’on leur dit, mais l’oublient aussitôt, et cela surtout au réveil, car le soir la mémoire reprend encore quelque énergie. Berndt a résumé tous ces troublesen quelques mots: « morositas timiditas, solitudinis amor, tristitia, anxitas. »

La mobilité d'esprit des choréiques a été souvent notée : on dirait, dit Rosaguiti, qu'il règne dans certaines régions de leur intelligence la même incoordination que dans les sphères de la motilité. Il existe une hyperesthésie morale coincidant avec une hyperesthésie de la peau, sur laquelle Meyer a appelé lattention. Bouteille avait remarqué déjà ce caractère inégal, et Andral les considère comme des mala-

AS rites

des susceptibles, capricieux, irascibles, pleurant à la moindre émotion. « Ces enfants, dit Ball, baissent rapidement parmi leurs camarades, et tombent au dernier rang... ils se trouvent alors dans un état d'hébétude et d'engourdissement, qui les rend presque semblables à des idiots. » Ils ne peuvent fixer leur attention sur un point donné sans en éprouver un violent malaise ; leur regard a perdu de sa précision et de son intelligence, et leur physionomie ne s’anime plus quand on les interroge. Mais c'est là un degré avancé et relativement rare ; le plus souvent il ne s’agit que des phénomènes moins graves que nous avons signalés plus haut: quelques observations pourront les mettre en évidence.

OBsERvATION I (Th. de Breton, p.19).

(Recueillie dans le-service du Dr Cadet de Gassicourt.)

Enfant de treize ans, entré le 22 octobre 1890. Chorée depuis huit jours, due peut-être à une croissance hâtive.

Antécédents héréditaires. — Père rhumatisant, mort de congestion cérébrale. Mère rhumatisante et névralgique. Un frère du malade mort de méningite ; les deux autres frères bien portants.

Antécédents personnels. — Rougeole à quatre ans. Scarlatine

. ensuite. Pendant cet été, douleurs rhumatoïdes dans les jambes.

Modifications du caractère, précédant la chorée de un mois. Elles sont très accusées quand éclate la maladie. Elles consistent en une impressionnabilité considérable. L’enfant pleure ou rit sans cause, passant sans transition des larmes au rire sans motif plausible.

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OgsERvaTION II (Th. de Breton, p. 21).

Chorée précédée de troubles notables dans le caractère et les sentiments affectifs. -

Eugénie M..., neuf ans entrée le 16 juillet 1891, salle Blache, n° 28. service du docteur Cadet de Gassicourt, à Trousseau.

Antécédents héréditaires. — Père alcoolique, caractère emporté, a eu une seule atteinte de rhumatisme. Mère très colérique, pas rhumatisante, à eu 6 enfants: 3 sont morts, 2 de convulsions, le troisième de la coqueluche. Grands parents maternels bien portants et non rhumatisants.

Antécédents personnels. — Née à terme, élevée au sein, n’a marché qu’à quinze mois. Rougeole à sept ans, coqueluche à huit ans. Chorée débute sans cause il y a quinze jours, et s'aggrave depuis quatre jours. Caractère change depuis trois mois, devient mauvais et méchant. L'enfant est boudeuse, répond quand on la réprimande ; triste, morose, refuse de jouer, perd son entrain. Sentiments affectifs disparaissent pour ses frères et sœurs. Elle les repousse, les rudoie, même les bat et abuse de son âge pour les brutaliser. Avant la chorée, elle était douce, gentille, aimant ses frères.

Ces désordres psychiques augmentent au fur et à mesure que la chorée approche. Quand elle à disparu, ils semblent s’atténuer, mais persistent encore. La parole est embarrassée depuis quatre ou cinq

jours par une chorée linguale. Sensibilité et réflexes normaux. Chorée irienne accusée.

OBSERVATION TIT (Obs. 2? de Breton).

Lydie ÀA..., quinze ans. Entrée le 7 décembre 1891, salle Blache n° 30, service du docteur Cadet de Gassicourt, à Trousseau.

Antécédents héréditaires. — Père, rien à noter. Grand-père paternel, rien. Grand’mère paternelle, rhumatisme chronique. Grandpère paternel, rien. Grand'mère maternelle, morte subitement. Mère, rien, à eu neuf enfants. deux fausses couches. La malade est le sixième enfant.

Antécèdents personnels. — Née à terme, élevée au sein, a marché à huit mois et demi. La première dentition a commencé à quatre mois, rougeole et coqueluche à deux ans. L'enfants a eu sept atteintes de chorée. La première remonte à sept ans, et fut causée par la peur.

L'enfant à failli être saisie par une courroie de transmission à l’atelier où elle travaillait. Chaque atteinte de chorée a été plus forte que la précédente, et celle-ci est la plus accusée.

A son entrée, chorée généralisée et très intense. Troubles psychiques. Caractère devenu méchant, grognon, insupportable. Enfant indocile, obéit avec peine, ne reçoit plus les réprimandes, très surexcitable et très émotive. Pleure ou rit sans cause. Sujette à des idées noires, à des moments de profonde tristesse. Tous ces troubles datent du début de la chorée et se sont accentués avec elle.

Le 95 octobre, la malade quitte le service. La chorée persiste un peu. L'enfant est plutôt triste, peu expansive, mais plus docile, sans toutefois être redevenue ce qu'elle était avant la chorée.

OgBsEervarTION [IV (Obs. XXV de Breton).

Chorée. — Modification du caractère. — Cauchemars.

Jeanne Dub... onze ans, entrée le 6 octobre 1891, salle Blache,

n° 4, service du docteur Cadet de Gassicourt, à Trousseau. Antécédents héréditaires. — Nuls pour les grands parents. Père mort tuberculeux. Mère hystérique, à eu six enfants dont quatre mort-

nés. Pas de rhumatisme.

Antécédents personnels. — Née à terme, élevée au sein, a marché à onze mois, a parlé à quatorze mois, sujette aux bronchites, rougeole à trois ans, à la suite, apparition d’une tumeur blanche du genou gauche, pas de rhumatisme. La première atteinte de chorée, il y a quatre ans, dure trois mois, surtout du côté gauche. La deuxième atteinte, même durée, même accentuation à gauche. En 1890, la troisième atteinte dure quatre mois, plus marquée encore à gauche. Enfin, quatrième atteinte actuelle depuis trois semaines. d

Depuis la dernière rechute, l'enfant est devenue facilement irritable, riant ou pleurant facilement sans motif. Ne joue plus comme d’ordinaire, n’a plus d’entrain, délaisse ses petites camarades, se plait seule, triste et maussade. Sommeil mauvais, agité de cauchemars, rêves pénibles. Nous quittons la malade le 31 décembre. La chorée est à peu près guérie. L'état mental, qui a marché de pair avec elle, est à peu de chose près redevenu normal.

Ainsi, le choréique éprouve, dans l'exercice général de sa pensée, des troubles variés. La sensibilité morale est atteinte; l'intelligence est à ce point obscurcie, qu’on peut constater chez lui, suivant Ziemssen, une incapacité absolue de penser. C’est souvent un individu sans équilibre d’esprit, hébété et engourdi, presque semblable dans les cas extrêmes à un idiot. C’est toujours un être d'état mental inférieur, oublieux etinattentif, dont l'agitation physique semble étre le reflet des désordres intellectuels.

I. HarLuciNaTIoNS. — Au-dessus de cet état mental existent des troubles psychiques plus graves : les ‘premiers, et les plus nombreux, sont constitués par des hallucinations. Elles peuvent exister soit seules, soit associées à d’autres troubles cérébraux. Marcé faisait déjà remarquer dans son mémoire

ET

que les hallucinations de la vue sont de beaucoup les plus fréquentes, et sa remarque était fort judicieuse. En effet, nous ne possédons que quatre cas d'hallucinations du tact : celles de l’ouïe, sont aussi très rares, contrairement à ce qui se produit dans la folie vésanique où elles dominent. Disons dès maintenant que la disparition des hallucinations est un symptôme favorable dans la chorée, mais que leur excitation, au contraire, conduit au délire maniaque dont nous nous occuperons dans le chapitre suivant.

Les hallucinations choréiques différent d’une notable manière de celles qu'on observe chez l'immense majorité desaliénés; elles surviennent non pendant l’état deveille, mais dans cet état intermédiaire à la veille et au sommeil dont l'influence est connue. Elles peuvent aussi se produire le matin au moment du réveil, et pendant le jour, quand Île malade ferme les yeux : mais elles sont plus fréquentes le soir, et elles peuvent alors se prolonger pendant l'état de rêve, et cela même chez des sujets qui, à l’état normal, révaient fort peu. Ces visions sont généralement terrifiantes : les malades voient autour d'eux des fantômes, des figures fantastiques, des croix, des cercueils, des cimetières, ou encore des animaux qui grimpent sur leur lit, se cachent dans les rideaux et reparaissent un instant après.

« Dans certains cas, dit Marcé, ce sont au contraire des figures amies, des parents, qui sont le sujet de ces visions, mais ils apparaissent très malades, à l'agonie, ou dans mille positions pénibles. Lorsque la chorée a éclaté à la suite d’une vive frayeur, souvent l'objet qui a si vivement frappé l'attention détermine la nature de l'hallucination.

» Lorsque les malades ouvrent les yeux, lès visions persistent pendant quelque temps encore, et souvent, en changeant de forme et d’aspect, puis elles finissent par disparaitre,

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et reviennent de nouveau dès que les paupières s'abaissent, pour se reproduire sous forme de rêves, même au milieu d'un profond sommeil. Il en résulte pour les choréiques beaucoup d'inquiétude et d'angoisse; ils s'endorment avec peine rt éprouvent alors un vif sentiment le terreur qui se traduit par des cris, de l'agitation, etc. Lorsque c'est pndant le rêve que ces hallucinations surviennent, on voit ces réveils en sursaut, ces cris, ces cauchemars observés depuis longtemps chez les choréiques, mais dont on n'avait pas encore suffisamment cherché le point de départ. »

Un fait important à noter, c'est que les malades voient les objets et les personnes distinctement, comme s'ils étaient réellement devant eux, et c'est avec beaucoup de peine qu'on peut leur démontrer l'inanité de toutes ces visions. Ajoutons que ces hallucinations, qui apparaissent la plupart ‘du temps au moment où la maladie convulsive est à son paroxysme, peuvent persister pendant trois et quatre mois, récidivant chaque soir avec la même intensité.

Quelques observations vont mettre en lumière les faits que nous venons dl'énoncer. Elles se rapportent à la fois aux hallucinations et au délire choréiques qui coexistent souvent. L'une d'elles, observée et recueillie par M. le docteur Régis, est absolument typique ; elle confirme en tous points la description magistrale de Marcé.

OBSERVATION (Recueillie par L. Duchesne, interne des hôpitaux) Chorée arec hallucinations.

Léon G.... âgé de treize ans, entre le 26 novembre 1860 à l'hôpital

Sainte-Eugénie, salle Saint-Joseph, 20, service de M. le docteur Bergeron.

et enfant, qui a déjà été dans le même service, il y a quelque temps, pour une fièvre typhoïde, est allé passer six semaines à la maison de convalescence de la Roche-Guyon.

Pendant son séjour dans cette maison, rien de particulier. Il revient dans un état de santé aussi satisfaisant que possible. Le lendemain de son arrivée, sa patronne remarqua, dit-elle, quelques légers mouvements convulsifs dans les membres.

. Le ?8, à neuf heures et demie du matin, les accidents augmentèrent. L'enfant portait brusquement sa main droite à son menton, le frappait avec violence, et répétait sans cesse : « Na ». Il avait parfaitement conscience de tout ce qui se passait autour de lui, mais se plaignait de ce que ses camarades se moquaient de lui. À une heure et demie, il fut pris de délire, et tenait des propos incohérents. À quatre heures, sa chorée persiste avec la même intensité: il est furieux, ne peut rester en repos sur sa chaise. Il veut chasser quelqu'un; il lui enjoint de s'éloigner au plus vite. Sa figure est congestionnée, couverte de sueur. Du reste, apyrexie complète. Il répond avec intelligence, mais par saccade, aux questions que nous lui posons.

Cet état d’excitation diminue un peu vers cinq heures, sans cependant cesser d'être aussi caractéristique. .

Mes collègues, auxquels je montre ce malade, sont de mon avis quant au diagnostic et au traitement. Je prescris donc immédiatement une douche en pluie. L'enfant, entrant dans la salle de bains, un peu obscure, éprouve un sentiment de frayeur; il ne veut pas avancer. Quelques instants plus tard, le bruit de l’eau qui s'échappe du robinet lui cause un certain émoi. Il ne se soumet qu'avec beaucoup de peine à recevoir la douche. Sa respiration est haletante; il croit qu'on va lui faire du mal, dit-il. Néanmoins, on lui donne une douche er pluie d’une minute et demie.

Aussitôt après, les mouvements désordonnés que présentait l’en-

nr

fant cessent complètement, sauf encore un peu de chorée des muscles du pharynx qui persiste. Mais, revenu à la salle, tout disparaît.

Le 29, l'enfant est extrêmement calme, mais prononce encore à de rares intervalles « na »; quelques légers mouvements choréiques dans les membres.

A dix heures du matin, douche en pluie d’une minute et demie.

Le malade se trouve très bien toute la journée; seulement le soir, à cinq heures, il éprouve un peu de difficulté à avaler.

Le 30, encore quelques mouvements très légers et très rares dans la tête. On n’en observe pas dans les membres. Douche d’une minute et demie.

Le 1er décembre, même état. On suspend les douches.

Le 2, l’enfant est très calme. Bain tiède.

Le 3, les mouvements ont entièrement cessé.

La guérison se maintient les jours suivants.

OBSERVATION (Recueillie dans le service de M. Fremy, Hôpital Beaujon.) Chorée aiguë compliquée de délire maniaque. — Mort.

X..., âgé de dix-neuf ans, marbrier, entre le 9 mai 1864, à neuf heures du matin et est couché au n° 55 de la salle Beaujon. Vu au moment de son entrée à l’hôpital, il oppose une grande résistance et se débat entre les bras de ceux qui l’accompagnent, en même temps que son corps est animé d’un tremblement convulsif.

Son père raconte qu’il n’est malade que depuis trois jours: qu'il à eu des frissons, un mal de gorge pendant deux jours: au bout de ce temps, des mouvements convulsifs ont apparu dans les membres supérieur et inférieur du côté droit, mais surtout localisés à la main

et au pied. Un délire furieux est survenu presque aussitôt, le malade voulait absolument sortir, criait, et brisait tout dans la maison. Il n’a eu ni vomissements ni constipation.

D’après les renseignements recueillis, X... était bien portant auparavant. [n’a eu ni rhumatisme ni mouvements choréiques dans son enfance ; seulement son imtelligence a toujours été bornée; il est incapable de lire et d'écrire, se met en colère et s’enivre fréquemment. Il serait surtout irritable depuis Pâge de six ans, époque à laquelle il aurait eu une grande frayeur. Il n’y à pas d’aliénation mentale dans la famille. Le père avait autrefois des habitudes d'ivrognerie. La mère est bien portante ; tous deux paraissent peu intelligents. Ils ont eu quatre enfants dont X... est le dernier. Les trois autres sont en bonne santé et ne présentent rien de particulier dans le caractère.

On parvient, non sans peine, à mettre le malade au Hit, mais alors Pagitation redouble. Il veut se lever et retourner chez lui, et on est obligé de le tenir pour l’en empêcher. Voyant son père pleurer, il éclate en sanglots. On cherche alors à le rassurer en lui promettant sa guérison prochaine. Ses yeux sont hagards. Le malade prononce des phrases sans suite, et se plaint-de céphalalgie frontale : on l’engage à boire un peu d’eau; il a une certaine peine à saisir le verre, refuse de boire; il finit cependant par s’y décider ; mais au moment de la déglutition, il s'arrête de nouveau, comme s’il y avait répugnance de sa part, et prêt à lâcher le verre qu'il tient à la main si on ne le lui avait pris immédiatement.

M. Fremy le fait conduire à la douche froide, ce qui ne se fait qu'avec difficulté. Potion avec 1 gramme de chloroforme. Lavement avec : décoction de valériane 250 grammes; assa fætida 10 grammes; camphre 10 grammes.

Au sortir de la douche, l'agitation continue, et on est obligé de lui mettre la camisole pour l'empêcher de se lever. Indépendamment des mouvements signalés à la main et au pied droits, la cuisse gauche en présente aussi, mais très peu marqués. La langue, les yeux, les mus-

RP re eles de la face sont un peu agités; la déglutition est difficile, mais la parole est libre.

Dans la journée on peut constater, si Fon abandonne le malade à lui-même, de véritables paroxysmes, dans lesquels les mouvements choréiques augmentent d'intensité ainsi que l’état maniaque ; Si on paraît s'occuper du malade, l'agitation redouble.

Il existe aussi des hallucinations de la vue et de l’ouïe, qui portent principalement sur ce qui l’a préoccupé en dernier lieu: son père, qu’il croit voir dans l'infirmier de service qui lui parle, qu'il entend, ses camarades qui lui répondent et avec lesquels il se dispute, même des fantômes et des animaux qui le poursuivent et l’effrayent.

Il est difficile d’attirer son attention, et lorsqu'on y parvient, il aecuse de la céphalalgie et retombe aussitôt dans ses idées incohérentes. Vers le soir, on lui fait prendre une potion au chlorhydrate de morphine. Il y à alors un peu de rémission; mais dans la nuit, l'agitation reparaît. Les yeux sont hagards, les joues rouges, les lèvres et la langue sèches et déchirées par les dents; il y a une expuition fréquente de salive mousseuse. La soif est vive, mais le malade ne boit que sa tisane. Il refuse la potion, disant qu’on veut l’'empoisonner.

Le lendemain 10 mai, l’état est le même. Pas de fièvre.

Une seconde douche est administrée. Potion avec Ogr. 40 d'extrait thébaïque.

Un peu de calme succède à ces moyens. Le malade meurt subitement à deux heures de l'après-midi. A l’autopsie, congestion de la substance grise de l’encéphale. Rien de particulier par ailleurs.

OBSERVATION (Communiquée par M. le D° Régis.) Folie choréique pubère avec hallucinations.

Paul B..., collégien, âgé de quinze ans, est admis dans la Maison de

ie ’

Santé, le 2? mars 1888. Il présente tous les symptômes d’une folie cho-

réique à forme lypémaniaque avec délire triste, hallucinations, mu-

tisme, demi-stupeur et tendance au suicide, Ses mouvements convul-

sifs, bien que prédominant dans le côté droit, s'étendent à tout le

corps; sa faiblesse est si grande qu’il peut à peine se tenir debout.

[ n'existe aucun antécédent vésanique ou névropathique dans sa famille. Mais sa mère et ses deux sœurs sont mortes de la poitrine. Un de ses frères et lui-même sont d'une santé délicate. Il n’a pas eu, cependant, de maladies graves dans son enfance et n’a jamais été atteint, en particulier, de rhumatisme.

C'est au moment de la puberté et sous l'influence de lFanémie profonde déterminée chez lui par une croissance trop rapide qu'il a été pris de chorée. Les mouvements convulsifs ont commencé dans les premiers jours de janvier et se sont tout d’abord exclusivement localisés dans le côté droit. Ils s’'accompagnaient de douleurs très vives dans le dos et les membres, d’étourdissements, d’éblouissements, de palpitations du cœur, de défaillances et de sueurs froides. Peu à peu, les mouvements s’étendirent et s’accusèrent de telle sorte qu’au bout de quinze jours le malade quitta le collège et dut être rendu à sa famille. Déjà l'intelligence était devenue obtuse, le caractère s'était altéré ; il y avait de l'agitation nerveuse compliquée de frayeurs et de crainte de mort subite. C’est surtout au moment du sommeil, dans la période dite kypnagogique, que se produisaient les terreurs. IT fallait: au malade une veilleuse la nuit. « Avant de pouvoir m’endormir, écrit-il, mon imagination travaillait, le moindre petit bruit me faisait frissonner. Je restais ainsi quelquefois trois heures, étendu sur le dos, n'efforçant de penser à autre chose. A la lueur vacillante de la veilleuse, je voyais s’allonger des ombres de figure humaine, je les voyais grandir, s’avancer vers moi. Je commencçais à suer, je sentais l’oppression me gagner; les battements de cœur devenaient tellement forts qu’on les entendait dans la chambre distinctement. Je restais ainsi éveillé, pendant que tout était endormi dans la maison, dans cet étal

qui durait jusqu'à ce que le sommeil vint appesantir mes paupières; alors j’éteignais la bougie et m’endormais vers une heure ou deux du matin. »

C’est sur ces entrefaites et dans ces conditions que le malade appritla mort, aux colonies, d’un de ses frères. Brusquement, son état mental s’'aggrava pendant qu’au contraire les mouvements convulsifs s’atténuaient, et un véritable accès de lypémanie survint, avec redoublement des hallucinations existantes, hébétude, refus de nourriture, crises subites de violence et propension marquée au suicide. On dut nous l’amener en hâte pour l'empêcher de se tuer ou de mourir d'inanition.

Le malade fut alimenté pendant quelques jours à l’aide de la sonde œsophagienne, puis il consentit à manger, non sans continuer à faire des résistances. En même temps, on le soumit à un régime et à un traitement essentiellement toniques (ferrugineux, amers, hydrothérapie, ete.)

L'amélioration survint rapidement. Elle porta d’abord sur les mouvements convulsifs qui, au mois de mai, avaient à peu près entièrement disparu, puis sur l’état des forces qui s’accrurent d’une façon progressive, enfin, mais beaucoup plus lentement, sur l’état mental.

Vers la fin de juin, le malade était assez bien pour se souvenir des péripéties de sa crise, les apprécier, et m'en faire le récit. Il sortit entièrement rétabli le 7 juillet, après quatre mois de séjour dans la Maison de Santé. J'ai eu de ses nouvelles il y a quelques mois et j'ai su que la guérison s’était maintenue et consolidée.

Voici maintenant un extrait du récit du malade. Il constitue, comme on va le voir, un document des plus curieux.

Ces hallucinations, que j'attribue à la peur, commencèrent après mon départ du collège, alors que je dormais seul dans ma chambre. Je voyais les rideaux de mon lit remuer sans que personne ne les touchât et, chose étrange ! des silhouettes s’allonger sur ces rideaux; ces

silhouettes semblaient grandir, grandir... La lueur pâle et vacillante de la veilleuse ajoutait encore à cela quelque chose de sinistre. Quelquefois j’entendais des voix qui me parlaient et me disaient toutes sortes de choses.

Mais la plus terrible hallucination est celle que j’ai eue dans la nuit du 18 mars. Vers onze heures du soir, je crus entendre au-dessus du toit des coups de revolver périodiques et qui éclataient aussitôt après le commandement: Un... deux..., trois. Et à chaque coup de revolver je croyais entendre comme la chute d’un corps dans la chambre, J'avais les yeux grands ouverts, et ce ne pouvait être un rêve.…, ni une hallucination..…., ni une vision. Quoi donc ? Encore moins la réalité. C'est tellement embrouillé que je ne peux très bien raconter cette hallucination. Il me semblait done que tous mes parents se tuaient entre eux, se battaient à coup de revolver. Enfin, quand le dernier fut tombé, Charles demanda où était celui qui commandait ainsi le signal : un... deux.…., trois... des coups de revolver. « Devant toi, disait une autre voix qui me semblait être celle de ma tante; tu ne le vois donc pas cet enfant qui te nargue et qui rit encore» (je ne riais pas, au contraire, je tremblais comme une feuille, j'avais la chair de poule et en même temps je me sentais prêt à pleurer, croyant réellement que c'était vrai). Ensuite une voix s’adressant à moi me parla ainsi « Ah! Paul, tu es sans cœur, alors ? Tu laisses tuer tes parents plutôt que de te faire voir. Mais le bon Dieu te punit. Vois! nous allons tous défiler devant toi pour que nous te maudissions, ensuite on nous emportera et tu ne nous reverras plus jamais, jamais..…., pas même au ciel, puisque toi tu seras en enfer. » Alors, chose effrayante, je commencçai à voir défiler mes parents. Ceux qui avaient la tempe droite percée passaient à gauche de mon lit et ceux qui étaient frappés à la tempe gauche m’apparaissaient à droite du lit. Et je me demandais comment ces personnes faisaient pour se tenir là, quand il n’y avait qu’un espace de deux mains entre la cloison et moi. Le premier que je vis fut un de mes oncles. Horreur! sa tempe droite était percée

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de deux coups de revolver; je voyais très bien sa figure vivante, avec ce trou saignant. Il se pencha sur moi et me regarda fixement, ses yeux flamboyants de colère. Il me dit ces mots : « Assassin! Est-ce bien le fils de mon frère, ce neveu que j'ai tant aimé, qui laisse ainsi tuer tous ses parents ? Oh! malheureux, me reconpais-tu ? » Puis il passa, cédant la place à une autre, ma tante, qui disparut elle-même ensuite, puis ses enfants, ensuite une autre tante, puis mon cousin Louis aussi, puis les fidèles servantes. Chaque ombre qui paraissait me lancçait soit un reproche triste, soit une malédiction; quelques-uns, ceux qui ne voulaient parler, se contentaient de se pencher sur moi et de me regarder quelques secondes. À droite également, c'était la même chose. Enfin apparut ma sœur, suivie de mes deux frères. L’un d'eux me dit : « Paul, tu nous reconnais à présent? C’est donc ainsi que tu nous a récompensés, nous qui avons tant aimé! Que diraient papa et maman ? Et ton oncle qui aimait tant son filleul ? Avant de te quitter, nous allons tous te maudire, ingrat. Tous nos autres parents qui sont morts, papa, maman, nos grands-pères, nos grand’mères, tous sont sortis de. leur tombe et viennent te maudire; (et s'adressant aux autres) serrons-nous un peu pour leur faire place.» Alors je vis au moins soixante ou quatre vingts personnes, la moitié mortes depuis le choléra de 1865, défiler à mes yeux; je vis deux rangées de bras tendus pour me maudire et tous disant : € Qu'il soit maudit! et laissons-le, voici à gauche Penfer qui s'ouvre déjà pour lui. » Alors (c’est étrange une hallucination !), à gauche, en effet, je vis ou je crus voir une lueur rouge, ardente, se creusant comme un entonnoir. Et tous mes parents rentrant dans leurs tombeaux. C'était affreux; j'étais presque évanoui de frayeur; mes cheveux se hérissaient tout raides sur ma tête ct une sueur froide me coulait à grosses gouttes; mes dents s’entre-choquaient. Tout d’un coup, je crus être lancé dans une tombe; j'étais cependant dans mon lit. J'étais transporté dans un cimetière, celui de mes parents, aux colonies. Ne pouvant sortie, à chaque mouvement que je faisais je croyais briser un cercueil ver-

OR à LE

moulu. Bientôt, 11 me sembla être dans un caveau..., je crus heurter des 05 de mort..., une tête de mort, et, chose épouvantable, être muré vivant et je remuais des morceaux de plâtre. Cette terrible hallucination se renouvela pendant quatre ou cinq soirs, avec différents changements ; c’est la plus affreuse que j'ai jamais eue.

Dans la journée, je croyais à tout instant entendre parler le bon Dieu et être entouré de démons. Je prenais mes parents pour des démons, je voyais des cornes pousser sur leurs fronts. J'en entendis même un qui disait à l’autre : «Il a oublié Dieu, tant mieux! Il ne peut plus nous échapper. Au premier Coup de minuit, nous lui donnerons chacun un coup de fourche; puis nous lemporterons, après Pavoir forcé à cracher sur la croix. » Je croyais aussi voir au fond du verre, quand je buvais, deux petits yeux flamboyants comme des charbons ardents et ce mot : € damné ! ».

III. Forre cHoréique. — Il peut arriver, dans les cas graves de chorée, que les hallucinations, d’abord rares, deviennent nombreuses, se prolongent et ne représentent alors que le début du délire hallucinatoire aigu ou de l'état maniaque, qui va caractériser l'état de mal choréique à issue mortelle.

Ce délire peut survenir à des: périodes très diverses. Parfois, 1l apparaît, dès Le début de la chorée et avec une telle violence, qu’il attire d'abord l'attention du médecin. Dans d'autres cas, beaucoup plus nombreux, le délire ne vient compliquer la chorée qu'au bout de huit, dix, quinze jours et même plus tard. € On voit alors, dit Marcé, les mouvements convulsifs augmenter chaque jour d’étendue et d'intensité; le pouls s’anime et devient fébrile, la sensibilité s’exalte, les idées sont confuses et incohérentes; les hallucinations redoublent de fréquence etse présentent même pendant le jour, alors qu'au début de la maladie on ne les observait que

dans l’état intermédiaire à la veille et au sommeil; en dernier lieu, l'agitation maniaque vient se joindre aux mouvements convulsifs de la chorée. » Il ne saurait être question, bien entendu, du délire qui ne se développe que peu d'heures avant la mort, symptôme terminal bien différent du délire qui, par lui-méme, donne à la chorée un aspect et un pronostic spéciaux.

La folie choréique peut se présenter sous deux formes : la forme maniaque et la forme mélancolique.

Au premier degré, c'est une excitation maniaque, vive, énergique, caractérisée par de l'incohérence et de l'automatisme. On ne constate pas, comme dans la manie vraie, de tendance à la systématisation. L'idéation est un chaos contradictoire, où les idées semblent s’égarer sans association. À un degré plus avancé, c'est la manie choréique proprement dite avec délire presque continu. Tantôt les malades, au milieu d'une agitation effrayante, poussent des cris rauques et inarticulés et laissent échapper des paroles sans suite ; tantôt reparaît le caractère franchement hallucinatoire que nous avons déjà observé. Les hallucinations sont le point de départ du délire. Suivant la remarque de Marcé, les malades en proie à leurs visions, se rendent d'abord très bien compte de la nature des impressions qu'ils éprouvent; puis, peu à peu, les visions et les voix les obsèdent, leur conviction finit par être ébranlée, toutes leurs facultés intellectuelles s'exaltent et le délire éclate, entretenu et surexcité à chaque instant par de nouvelles hallucinations, autour desquelles viennent se grouper de nouvelles idées délirantes. La forme mélancolique se traduit tantôt par un accès de mélancolie délirante, qui vient se greffer sur des hallucinations déjà existantes et par conséquent s'accompagne d'idées de persécution et d'empoisonnement, d'anxiété, de tendance à la

sitiophobie et au suicide, tantôt par un accès de mélancolie stupide, avec hébétude profonde, accès de pleurs, immobilité, terreurs et amnésie.

Ajoutons que la mélancolie est assez rare dans la chorée aiguë. Elle se rencontre surtout dans les chorées chroniques, ce qui s'explique par l'état misérable auquel sont réduits ces malades, pour qui les conditions de l'existence deviennent un supplice de chaque jour.

IV. DÉMENCE cHoréiQue. — La démence n'existe pas, en réalité, dans la chorée aiguë de Sydenham, ou, sielle existe, elle est si rare qu'on peut la passer sous silence. C’est surtout dans les chorées chroniques que s’observe la démence. Désirant limiter notre travail aux phénomènes mentaux de la chorée aiguë, nous n'insisterons pas sur ce trouble de nature spéciale ; :l suffira de l'indiquer.

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