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CHAPITRE IV

Infection, Intoxication et Pathologie nerveuse.

Nous venons d'exposer, en les divisant, les troubles nerveux de la chorée aiguë; nous allons éssayer maintenant d'analyser leurs principaux caractères, et de montrer qu'ils sont identiques aux délires toxiques et infectieux.

Marcé avait déjà remarqué que les hallucinations de la vue, survenant dans létat intermédiaire à la veille et au sommeil, n’existaient pas seulement dans la chorée. Il avait rencontré des hallucinations de même nature dans beaucoup d’autres états morbides, et particulièrement dans l'hystérie, où elles sont assez communes. D'ailleurs, sur 12 choréiques ayant offert des hallucinations de la vue, il en était 8 qui, outre la chorée, avaient présenté des spasmes, des étouffements, parfois même des convulsions cloniques avec sanglots, jactitation, mouvements de projection du bassin, en un mot tous les symptomes de l'hystérie. Cette constatation porte Marcé à se demander si, dans les cas de ce genre, les hallucinations de la vue doivent être uniquement rapportées

à l'hystérie, et il conclut par la négative, car, dit-il, nous possédons un certain nombre de cas de chorée pure dans lesquels les hallucinations ont débuté avec la maladie et ont disparu avec elle, chez des sujets qui n'avaient jamais rien présenté de semblable. Mais cet esprit si judicieux s'est arrêté là dans ses déductions.

Il n’a pas remarqué que les hallucinations et le délire alcooliques n'étaient que la répétition de ce qui se passe dans l'hystérie et la chorée, et que tous ces délires avaient une cause commune, une intoxication. Il était peut-être difficile, à l'époque de Marcé, de pousser jusque-là la série de ces déductions. Il n'en est plus de même aujourd'hui. Nous pensons que les maladies jouent le rôle infectieux, et que l'hérédité névropathique détermine leur localisation. Nous croyons encore que « rien n'est plus héréditaire que le système nerveux», mais il nous paraît évident aussi, que sous l'influence d’une infection assez forte, le système nerveux le plus sain peut étre atteint gravement.

L'infection a aujourd'hui droit de cité dans la pathologie nerveuse, et son importance tend à augmenter chaque jour.

L'expérimentation a montré l'action des microbes et de leurs toxines sur le système nerveux, en produisant soit des paralysies, soit des convulsions.

Bouchard a obtenu des paralysies en injectant à des lapins de l'urine provenant d’autres lapins atteints de la maladie pyocyanique ; Roux et Yersin sont arrivés à des résultats analogues avec l'urine de diphtéritiques. On a aussi obtenu des convulsions par l'injection brusque d'une certaine quantité de culture stérilisée de plusieurs germes.

De même finjection de culture de bacille pyocyanique a

pu provoquer des secousses musculaires violentes. Ces mémes cultures, introduites à doses fractionnées et répétées, font naître dans certains cas une paralysie spasmodique siégeant habituellement sur les membres postérieurs,et s’accompagnant (d'inertie vésicale, d'augmentation des réflexes, de douleur à la traction.

€ Voilà, dit Grasset, qui prouve l’action directe,expérimentale des agents infectieux surle système nerveux, sans passer par un état psychique intermédiaire. On voit, passant à la clinique, toutes les actions pathogéniques que lon est en droit d'attribuer à l'infection dans la neuro-pathologie tout entière ». Et les exemples abondent : nous les résumerons brièvement.

Le rôle du bacille tuberculeux et du pneumocoque dans les méningites est bien connu; et l'encéphalite est une genéralisation de streptocoques ou de staphylocoques. La paralysie spasmôdique de l’enfance s’observe après la rougeole, la scarlatine et la coqueluche, suivant la remarque de Marie. ,

La paralysie atrophique spinale de l'enfance est le résultat d'une infection.Elle a une marche cyclique, quant au processus fébrile, qui tombe à l'apparition des paralysies, comme dans une fièvre éruptive la fièvre tombe quand paraît l'éruption. Enfin, elle est parfois épidémique. |

La myélite diffuse aiguë succède à des infections diverses.

Quant à la sclérose en plaques, les faits se sont accumulés à un tel point, pour établir sa nature infectieuse, que Marie a pu conclure « qu'elle est simplement la localisation médulloencéphalique de la détermination vasculaire, de maladies générales diverses qui semblent constamment de nature infectieuse ». Ajoutons que la paralysie générale, rapportée si longtemps à la syphilis seule, voit s’élargir aujourd’hui le

Rousseau 8

cadre de son étiologie, et qu’elle semble pouvoir être engendrée par diverses infections.

Mais, dira-t-on, ce sont-là des maladies organiques et la chorée vraie n’est qu’une névrose. Nous répondrons que la démonstration, si nette pour les maladies organiques, possède déjà quelques éléments sérieux qui éclairent d'un Jour nouveau la question des névroses. La tétanie nous parait bien aujourd'hui résulter d'une dilatation stomacale avec troubles gastro-intestinaux ; le tétanos est produit par la dissémination de toxines parties d’un point déterminé, siége de l'infection. Enfin, dans une série d'articles et de travaux remarquables, Marie nous a montré des épilepsies dont l'origine infectieuse parait évidente.

Pour en revenir à la question de l’ ben disons seulement que le professeur (Grasset, dans ses Nouvelles cliniques, a franchement abordé l'étude de l'étiologie infectieuse de cette affection. Et après avoir prouvé par des observations la théorie qu'il vient d'émettre, il ajoute : » L'hystérie n'est pas souvent une maladie mentale. Elle reste une névrose du système nerveux tout entier ; elle est surtout cortico-cérébrale, mais elle ne l’est pas exclusivement. Elle serait une maladie mentale si on qualifiait ainsi toutes celles dans lesquelles les phénomènes psychologiques jouent un grand rôle, mais elle ne l’est plus si on laisse au mot maladie mentale son ancien sens classique. »

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