CHAPITRE V
Infection, Intoxication et pathologie mentale.
Ainsi l'infection et l'intoxication peuvent faire une maladie nerveuse, entre autres une chorée. Peuvent-elles aussi faire un délire. Nous allons essayer de prouver qu’elles sont souvent l'unique cause detroubles mentaux. Disons d'abord quele fait estprouvé pour l'alcool, le haschisch, l'opium, etc., etnous n'insisterons pas davantage ; nous ferons remarquer cependant que le terrain limite seul Le début de l'intoxication, mais qu’elle esttoujours possible, même chez l'homme absolument normal. Pour les infections microbiennes et les. auto-intoxications quelques développements sont nécessaires. Les folies decette origine représentent l'ancien groupement nosologique de plusieurs catégories de folies déjà connues, en particulier : les folies des maladies aiguës, les folies sympathiques et les folies diathésiques Nous ne pouvons mieux faire dans l'exposé de cette question que de citer ici des faits empruntés au rapport si clair et si complet de MM. Régis et Chevalier-
Lavaure sur les auto-intoxications dans les maladies mentales.
Lo Folies des maladies aiguës infectieuses. — La folie typhique est le type des folies liées aux maladies infectieuses. Elle présente deux formes, suivant qu’elle est liée au cours de la dothiénentérie (folie pertyphique) ou à la convalescence (folie post typhique).La première forme ressemble à la manie congestive, avec violente agitation ; la seconde est le type de la confusion mentale et de la pseudo-démence. Le déhre de Îa pneumonie est bien connu ; dans la variole nous retrouvons les mêmes états mentaux que dans la fièvre typhoïde, c'est-àdire, suivant l'expression de Kræpelin, les psychoses fébriles et les psychoses asthéniques ; enfin, l'érysipèle, la scarlatine et le choléra présentent aussi des délires analogues aux premiers.
Les rapports de la folie et de l'influenza ont été fort bien étudiés dans ces dernières années, particulièrement par Kirn, qui distingue dans cette maladie : 1° les psychoses de la période fébrile, comprenant les délires fébriles ou psychoses transitoires aiguës, caractérisées par de l'excitation ou de la dépression avecillusions, hallucinations, cris, et les psychoses proprement dites débutant à l'apogée de la fièvre, ressemblant souvent au délire alcoolique et guérissant en général au bout de quelques semaines ; > les psychoses du stade post fébrile, comprenant la psychose aiguë adynamique, la mélancolie avec tous les degrés entre la neurasthénie simple et la mélancolie la plus intense, et enfin la manie, forme rare mais curable.
Des psychoses liées à des maladies infectieuses aiguës, ou peut rapprocher la folie puerpérale dont les relations pathogéniques et cliniques avec l’auto-intoxication et l'infection
ont été plus particulièrement étudiées dans ces dernières années. Dans nombre d'observations, l'infection a été clairement constatée, et Hansen a remarqué que tlans ces cas la psychose prenait la forme de la confusion mentale hallucinatoire aiguë et du délirium tremens. Or l'analogie de ces formes morbides est un argument de plus en faveur de l'origine toxémique de la folie puerpérale, car le délirium tremens est le type des délires d'intoxication.
Vers 1887, Korsakow (de Moscou) a décrit aussi des troubles psychiques particuliers observés (lans certains cas de polynévrite. Ils sont caractérisés par une amnésie aiguëe pour les événements récents, avec conservation de Ia mémoire pour les faits de date reculée. Korsakow a. désigné ces troubles sous le nom de psychose polynévritique ou cérébropathie toxémique. Le délire peut surveuir aussi à la suite d'opérations chirurgicales. Dupuytren l’a décrit en 1819 en le séparant nettement du délrium tremens avec lequel il offre de nombreuses ressemblances.
20 Folies des maladies viscérales. — Les maladies chroniques de l'estomac sont liées à des psychopathies ainsi qu'à des névroses. On constate le plus souvent de l’apathie, de l'hypocondrie, de l'agitation, des hallucinations et des obsessions.
Les affections du foie et de ses annexes jouent également dans la production de la folie un rôle important. Une thèse récente de Lyon (Th. Raphaely) a mis en lumière les mélancolies vraies d’origine hépatique, et M. Teissier a montré, au Congris de Paris de 1889, la fréquence des névroses et des maladies localisées au système nerveux après une altération du foie. Or, on sait combien les lésions de cet organe sont fréquentes au cours des maladies infectieuses.
Il en est de même du rein, et Landouzy a pu dire avec raison que « les lésions rénales sont aux maladies infectieuses ce qu'est l’endocardite au rhumatisme ». Or, les psychoses de l’'urémie sont si bien toxiques, que la plupart des auteurs qui les ont décrites ont été frappés de leur analogie avec la folie alcoolique.
3° Folies des diathèses. — Les désordres psychiques liés à ces états morbides sont le résultat d’un trouble de la nutrition par auto-intoxication et infection. Ils offrent les plus grandes analogies avec ceux que nous avons signalés dans les maladies aiguës infectieuses. Ici encore on distingue les psychoses des épisodes aigus et les psychoses des états chroniques. qui correspondent à celles des stades fébrile et post fébrile des maladies infectieuses.