ÉQUILIBRE, FRÉQUENCE ET DISCONTINUITÉ
d'hommes, des espèces de mammifères : mammouths, cétacés, loups, lions ont disparu ou disparaissent parce que la reproduction n'en compense pas la destruction. El cela nous fait soupçonner déjà que cette loi statique, comme sans doute toutes les autres, est reti* rée de la seule considération des phénomènes les plus souvent rencontrés, les plus fréquents, en oubliant les plus rares.
Si Ton a d'abord cette idée que les forces extérieures aux vivants ont en fln de compte pour unique effet de s*annuler en eux, la considération de ces forces est d'un intérêt médiocre, ou du moins peut-on n'en parler que pour dire une fois pour toutes leur résultante nulle et ne plus s'en occuper jamais. Mais il reste un autre champ d'études. De même que la mécanique statique cherche dans la configuration des corps des conditions intrinsèques pour leur équilibre et, par exemple, détermine en fonction même de celte figure un point, ou centre de gravité, tel que, malgré la pesanteur, l'équilibre du corps entier soit assuré dès que le point en question est soutenu, ou que sa verticale passe par le polygone de sustentation ; de même aussi la science naturelle statique cherche dans la configuration des êtres ou dans leurs qualités propres les dispositions favorables à l'existence de l'équilibre général et à son maintien.
Elle s'attache à trouver dans les objets eux-mêmes les raisons qu'ils ont d'être tels, de demeurer et de se perpétuer. Elle se complaît et s'enferme dans celte recherche ou n'en sort que pour montrer les actions du milieu qui s'annulent dans l'être considéré, et par le fait seul des dispositions de sa forme. S'agit-il d'un animal que fcnsemble des circonstances oblige à se nourrir de chair ou d'insectes ou de fruits? il a les dents de telle, telle, ou telle autre façon. Est-ce une plante qui ne peut disséminer ses graines et va périr étoulTée sous ses rejetons qui s'étouffent entre
eux? Son fruit est alors charnu, et les oiseaux qu'il tente comme proie iront semer au loin la graine indigeste avalée avec la pulpe. Et ainsi de suite ; toute lo science peut être présentée de la sorte, et garder encore une assez belle allure en ne montrant, abstraction faite du reste, que l'harmonie des adaptations. Elle conduit ainsi à une vision cosmique parfailement optimiste.
Exposons maintenant que dans une vision sur la nature, ce point de vue ne peut exister que comme combinaison des concepts retirés du seul examen des phénomènes fréquents à l'exclusion des autres. Un homme scientifiquement cultivé devrait, à notre époque, se faire du monde où il vi; une idée à peu près analogue à la suivante, et cette idée reposerait uniquement sur les données sensoil'iles qu'il possède, sans y mettre la moindre métaphysique.
D'abord rien n'est complètement distinct. Partons, pour fixer la pensée, de l'air atmosphérique; non seulement il entoure et baigne ce que nous appelons les corps, mais il les pénètre, s'y dissout, s'y combine, et eux se mêlent à lui. Il établit entre tout une continuité. Dans sa substance légère, non seulement suspendus, mais en constantes réactions chimiques avec elle, flottent par myriades des corps solides : poussières, fragments végétaux, pollens, microbes, germes en nombre infini. Dans certains lieux, des solides plus compacts plongent oans l'atmosphère leurs ramifications touffues, ce sont les végétaux ; autre part, des corps anfractueux attirent le gaz dans leurs innombrables replis, ce sont les animaux. Il y a non seulement contiguïté, mais continuité de substance entre Tair et ces êtres, car incessamment Toxygène s'incorpore à leur matière ou en ressort; et si Ton suit un petit volume du gaz dans les poumons^ dans le sang, dans les