CRÉATION DES CATÉGORIES. — LES CLASSIFICATIONS
et emprisonné. Il ne recouvra la liberté qu'à ravènement du pape Jules IL
Le catalogue qu'il dressa est plus complet que celui de Gesner, parce qu'il contient beaucoup d'animaux de l'Inde et d'Amérique. Il conserve encore plusieurs des légendes traditionnelles qui avaient eu cours aux siècles précédents, particulièrement sur les oiesarborigènes; son essai de classilicalion repose sur les qualités extérieures seules et non sur les propriétés organiques que Wotton avait déjà tenté d'utiliser.
La méthode statique fit un progrès décisif avec les travaux de John Ray, tant par la valeur technique de ceux-ci que par l'essai, pour la première fois tenlé, de donner une définition objective du mot espèce. Sans doute on en avait bien la notion déjà et elle s'était manifestée par la création des noms pour les animaux. Mais, si cela suffisait pour les êtres fréquents, vulgaires et connus de tous, il était loin d'en être de même pour ceux qui n'étaient pas accessibles à la connaissance banale et à propos desquels régnait une incertitude perpétuelle. Ce progrès du reste sera mieux senti quand nous traiterons plus loin des controverses relatives à la notion d'espèce.
Ray professa successivement à Cambridge le grec, les humanités et les mathématiques, reçut les ordres en 1660, mais, ayant refusé son adhésion à l'acte d'uniformité (1662), il dut quitter sa place au Trinity Collège. Il avait déjà publié des travaux de botanique et se consacra dès lors exclusivement aux sciences naturelles avec son ami Willoughby, qui, ayant de la lortune, se chargea de le défrayer.
Les grands travaux de Ray sont : Historia plantarum (1686 et 1693) ; Synopsis methodica quadi-upedum (1693) —, avium^ — piscium^ publiés après sa mort en 1713. II avait aussi fait paraître en 1675 sous le nom de Willoughby une ornithologie composée, partie avec les notes laissées en mourant par son ami, partie avec
les considérations générales qu'il y ajouta. Ces ouvrages consacrent un progrès important que nous ne pourrions faire entièrement saisir sans entrer dans la technique plus qu'il ne convient.
Les sciences naturelles, rendues accessibles à un plus grand nombre d'adeptes, prirent un essor nouveau avec Linné. Né en 1707 à Rashult, fils d*un pasteur suédois, il fut d'abord destiné à la théologie ; et, comme il donnait 4 ses maîtres très peu de satisfactions dans ses études livresques et dialectiques, son père le miten apprentissage chez un cordonnier. Mais un médecin, ami de la famille, Jean Rothmann lui conseilla de poursuivre ses études, puis le dirigea à l'Université d'CJpsal sous la maîtrise d'Olaûs Rudberg. Deux ans plus tard, en 1730, Linné âgé de 27 ans suppléait Rudberg dans ses cours.
A partir de 1732, il voyagea en Suède, puis en Hollande et en Angleterre, pour revenir en Hollande. C'est dans ce pays qu^il publia pour la première fois ses principaux travaux : Systema naturx (1735), base d'une distribution méthodique des trois règnes — Bihliolheca 6o/antca (173G) où les travaux d'un millier d'auteurs étaient indiqués — Genem plan tarum (1731) et Classes plantarum (1738) dans lesquels il répartit les végétaux d'après leurs fleurs et leurs fruits — Philosophica bolanica (iloi) où il essaie de coordonner les idées retirées de l'ensemble de ses études et qui est une refonte considérablement accrue de ses Fundamenia botanica parus en 1736.
Ces ouvrages eurent du vivant même de l'auteur de nombreuses éditions et se trouvèrent à chaque fois augmentés et améliorés. En 1738, il visita Paris et se lia d'amitié avec Antoine et Bernard de Jussieu. Rentre définitivement dans sa patrie, il exerça d*abord la médecine, puis fut en 1741 nommé professeur à l'Université d'Unsal, où il enseigna pendant trente-six ans jusqu'à sa mort survenue en 1778.