CRÉATION DES CATÉGORIES. — LES CLASSIFICATIONS
Le système qu'il avait édifié était le magistral exposé d'une vue générale sur les formes vivantes et cette vue était complètement statique. L'espèce, définie depuis Ray par la parenté et la procréation, représente avec netteté pour Linné un état d'équilibre perpétuellement stable : « Il y a maintenant, dit-il, autant d'espèces qu'il en a été créé à l'origine ». Ces espèces toutes faites doivent harmonieusement s'arranger dans les genres sans discontinuité; et, comme une mosaïque bien réussie retraco avec de petits fragments indépendants la vision totale du peintre qui la compose, de même l'assembiagc des genres et des espèces doit révéler le plan intégral de toute la création.
Linné savait bien que son système était insuffisant pour cela; mais il le donnait comme une première étape sur le chemin d'une méthode plus rationnelle dont ses conversations avec Bernard de Jussieu, que préoccupaient tellement ces idées, lui avaient peutêtre donné la notion.
Tournefort (1656-1708) avait déjà, du reste, ébauché une tentative de ce genre en adjoignant aux caractères tirés de la fleur, qu'avaient employés Gesner et Césalpin, ceux que l'on peut abstraire par la considération d'autres organes.
Les trois frères de Jussieu étaient originaires de Lyon et s'adonnaient tous les trois à la botanique. Le dernier, Joseph, après trente-six ans de voyages dans l'Amérique du Sud, revint en France pour y mourir, sans avoir pu, en raison du délabrement de sa santé, rédiger ses découvertes. L'ainé, Antoine, éditeur des /nstitutionss rci herbatnx de Tournefort, fut un professeur distingué en môme temps qu'un médecin. C'est à Bernard, le second, que Ton doit la création de la méthode naturelle. Ayant fort peu publié, si ce n*est quelques mémoires remarquables dans les recueils de l'Académie des sciences, il élaborait néan-
moins ses idées en de longues méditations, et le manifesta en fait par la plantation du Jardin botanique dont il fut chargé à Trianon (1758); s'écartant tout à fait du système de Linné qui avait déjà partout droit de cité, il y rangea les plantes d'après les rapports entre toutes les qualités et non plus seulement d'après une seule qualité. C'est l'appréciation de ces rapports qui constitue la méthode.
Elle ne fut réellement exprimée par le livre que grâce à Antoine-Laurent de Jussieu, fils de Philippe de Jussicu, frère aine des précédents. Il était venu en 1765 de Lyon à Paris pour achever ses études sous la direction de son oncle Bernard. En 1789, il publia son Gênera planiarum serundum ordinea naturaUs disposita,
La méthode consiste : 1* à considérer les caractères retirés de tous les organes et à les subordonner d'après leur importance, à trouver, par suite, des critères pour apprécier l'importance ; 2^ à faire équivaloir l'importance à la constance, c'est-à-dire à la fréquence ; 3* à prétendre exprimer réellement l'ordre de la nature et par suite à considérer celle-ci dans un équilibre stable et définitif.
L'expression était désormais parfaite, aucun autre progrès, si ce n'est technique, n'était plus possible. Ciivier se borna à rappliquer telle quelle aux animaux, en insistant un peu plus encore sur la discontinuité par la création au-dessus des classes d'embranchements plus séparés entre eux que ne sont celles-ci.
Demandons-nous maintenant pour achever si la constance et la durée ne sont pas vraiment des marques objectives de Timportance ? Il semble bien qu'il en soit ainsi le plus souvent, ordinairement et dans l'ensemble, mais pas toujours, et les exceptions suf« fisent pour affirmer que la science entière n'est pas de la sorte englobée. On ne possède, en somme, que les
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crilèrcs praliques d'une première approximation non explicative. £1 comment faire seulement sentir, sans môme les expliquer, des histoires comme celles de Pompéi, d'Herculanum, de Saint-Pierre en Martinique, si Ton ne met pas en équivalente opposition Ic:^ siècles de durée paisible et la minute tragique de ranéantissement?