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CHAPITRE II La notion de temps dans l'histoire de la Terre

Sommaire, — Comparaison des formes fossiles et Tivantes. — Les invasions snccessivcs de la mer. — Cataclysmes et discontinuités. ~~ L'antiquité de Tespèce humaine.

La géologie ne devint une science que grâce à Tintroduction du temps faite avec quelque rigueur par le rapprochement des études, d'abord séparées, sur les fossiles et sur les animaux : celles-ci accomplies surtout à reflet d'applications pratiques, celles-là comme une curiosité pendant longtemps adjointe à la zoologie.

Une vue statique ne pouvait exister que si Ton considérait la terre comme une donnée, invariable depuis son origine, et les fossiles comme le résultat inexpliqué d'un jeu de la nature. Dès qu'on y vit les restes de vivants, il fallut trouver une cause à leur présence dans le sol et sur les montagnes. Le premier pas dans cette voie fut de fixer au déluge biblique la coupure qui marquait dans le temps une date et dans l'histoire de la terre un changement. Mais l'on ne tarda pas à reconnaître la nécessité d'admettre plus d'une époque et plus d'une immersion. En nos, Scheuchzer soutenait encore que Dieu

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souleva les montagnes pour laisser écouler les eaux du déluge et qu'il leur assigna pour place les endroits où il y avait le plus de pierres, afin qu'elles pussent se soutenir. Ce finalisme naïf arrivait au terme de son crédit ; on allait reprendre et développer des idées qui avaient eu cours dès la plus haute antiquité et qui dérivaient des enseignements de Xénophane.

Né en 570 avant Jésus-Christ àColophon en Ionie,cc philosophe vint se fixer à Élée, dans l'Italie méridionale. Il combattit dans ses vers la théologie d'Homère etd'Hésiode, répudia l'anthropomorphisme grec et professa l'unité et l'infinité de Dieu. Il disait aussi que la terre avait été primitivement recouverte par les eaux, souvenir des doctrines de Thaïes ; on y ajouta p^us tard la croyance qu'elle pouvait s'y enfoncer de nouveau. Origène -notamment attribue à Xénophane l'idée de divers enfoncements successifs et de créations subséquentes. La persistance de semblables notions expliquait aux anciens la présence des fossiles comme le montrent divers passages d'Eratosthène, d'Ovide, de Tertullien et plus anciennement d'Hérodote. Ce dernier en particulier (livre II, ch. XI) émet l'hypothèse que l'Egypte était autrefois un golfe analogue à la mer Rouge et qu'aussi bien si le Nil, changeant légèrement son cours, venait se jeter dans celle-ci, il arriverait dans une période de vingt mille années à la combler de ses sédiments.

Ces premiers essais n'eurent pas de suite et tombèrent durant longtemps dans un oubli profond; il faut arriver jusqu'à la fin du xviu* siècle pour les voir renaître avec A. G. Werner. Pendant quarante ans professeur à l'École des Mines de Freyberg, il en fit un centre scientifique des plus brillants et par sa parole exerça une infiuence considérable. Elle fut utile par la précision qu'il introduisit dans les descriptions lithologiques et par l'insistance qu'il mit à affirmer des époques nettes dans l'histoire do la

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terre. Non sans analogie avec Cuvier par les qualités de son esprit, il s'appliqua à classer les minéraux d*une façon qui permit de les désigner et de les déterminer, classa de môme les couches de Técorce terrestre (1787), et crut à l'universalité et à Tuniformité de chaque formation à la surface du globe. Un océan recouvrait d'abord tout et le même sédiment se déposait partout dans sa profondeur ; puis, à mesure qu'il s*approfondissait, il se rétrécissait aussi et les dépôts devenaient plus restreints. On conçoit ainsi des changements dont on recherche à peine la cause et qui sont seulement sériés dans la durée. Werner fut le chef de l'école dite neptunienne, attribuant à l'eau toutes les actions.

Sans être aussi retentissante, l'œuvre de Pallas fut plus féconde peul-ôtre pour la science.

Pallas (Pierre Simon), né à Berlin en 1741, fut appelé en Russie par Catherine II en 1767 et accompagna en 1768 les astronomes qui allaient en Sibérie étudier le passage de Vénus sur le soleil; il visita en détail la Sibérie, la Crimée, la Russie et pénétra jusqu'aux frontières de la Chine. On lui doit de nombreux écrits en latin, en allemand et en français.

Dès 1769, il publia un premier mémoire sur les ossements fossiles de la Sibérie, dans lequel il conclut que l'éléphant, le rhinocéros et l'hippopotame de la zone torride actuelle avaient habité autrefois les régions septentrionales, introduisant ainsi le changement dans les faunes comme une fonction du temps. Il décrivit dans un second mémoire un rhinocéros trouvé tout entier dans la terre gelée et un mammouth qu'il exhuma en 1799, /i l'embouchure de la Lena. Le fait s'est reproduit depuis; en 1806 (1), un mam mouth fut déterré sur les bordf: de W mer GlaciaU et les chiens et les ours s'en disputèrent la chair.

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