Flourens. Élog€ de Cuvier
LA NOTION DE TEMPS DANS l'iIISTOIRE DE LA TERRE 103
Ces faits, largement généralisés, ont servi à étayer l'hypothèse des révolutions subites qui n'était pas cependant dans l'esprit de Pallas. Car, dans ses observations sur la formation des montagnes et sur les changements arrivés à notre globe (1777), observations qui marquèrent en géologie un progrès considérable, il compare les formes éteintes aux formes actuelles en montrant qu'elles constituent une série historique; et la présence des êtres pétrifiés n'y est pas expliquée par des cataclysmes universels et généraux, tels que le déluge, mais par la conception de phénomènes locaux successivement survenus dans dillérentes régions.
Les travaux de Werner indiquaient une succession, mais, fondés seulement sur les caractères lithologiques, ils n'amenaient pas de conviction ferme. Les fossiles, étudiés à part, prouvaient la présence de la mer, les roches, à part, indiquaient une succession plus ou moins vague ; les deux études combinées créèrent la géologie moderne.
Par la distribution de leurs couches secondaires et tertiaires, les bassins de Paris et de Londres étaient les meilleurs champs pour ces recherches. Déjà les essais de Guettard, Desmarets, Rouelle avaient préparé à concevoir les masses de terrains en concor* dance avec le dépôt de certains groupes exclusifs de coquilles; par exemple le jurassique est rempli de bclemnitcs, d'ammonites, de gryphées. L'abbé Giraud- Soulavie (1) avait, en 1770, reconnu dans les terrains du Vivarais cinq époques d'après les formes fossiles prédominantes dans chacune et s'étcignant peu à peu dans les suivantes, ce qui donnait la précieuse notion des espèces perdues au cours des âges.
Mais la netteté et la précision furent surtout l'œuvre de Cuvier et de Dron;<niart. Cuvier démontra la