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Chapitre III. — Action 4u milieu sur la forme des vivants

CuAPiTRB IV. — L'animé et l'inanimé. — La reproduction. — L'hérédité.

Chapitrb V. — Les théories de l'évolution sans déterminisme Initial.

CuAPiTRB VI. -~ Les théories de l'évolution avec déterminisme origineit

Sommaire, — La continuité totale. — Les discontinoités admises et les unités spécifiques, indinduelles, cellulaires n*ont pas de valeur absolue. — Ce sont des états physiquement causés. — Diverses manières didentifier les phénomènes vitaux et non vitaux. — La notion do causalité. — Les données de la physique, de la chimie, do la physiologie sont le fondement des explications.

La recherche de la causalité a pour condition nécessaire dans Tcsprit le rejet des tendances à créer les discontinuités et les séparations. 11 n'y a plus à mettre les vivants à part comme distincts de l'ensemble des choses; il ne faut plus imaginer un principe vital, raison spéciale qui produit et règle les phénomènes de la vie. Toutes les propriétés doivent être tenues pour régies par les lois générales de la physique et de la chimie. Dans Tétude particulière des objets vivants il faut admettre à titre de créations intellectuelles seulement et pour les besoins de Tcxpression les discon- . tinuités qui font les classes, les ordres ou les espèces. Ces concepts ont lulililé en même temps que les inconvénients du langage; ils sont pratiquement indispensables pour exprimer mais fautifs comme discontinus et, s'il est vrai que Ton ne puisse sans embarras les écarter, au moins doit-on à tout instant les corriger

dans rimagination afln de voir par delà le Cosmos continu se refléter en eux.

En refusant robjecUviié aux espèces, encore ne fautil pas la reconnaître trop expressément aux individus. Au lieu d'accepter en eux l'unité nécessaire, inexplicable et donnée, il faut les comprendre comme des assemblages matériels, des groupements momentanés, usuellement identiques en raison de ce qu'ils sont produits par les mémos combinaisons invariées de forces et d'impulsions. De même la forme et les combinaisons organiques sont des contingences que l'on peut modifier en changeant les conditions où elles 86 réalisent d'ordinaire.

Il ne convient pas davantage de croire à la valeur absolue de l'unité cellulaire. Les considérations qu'ont fait valoir A. Sedgwick en 1883, 1895 et 1896, Whitman en 1893 et Yves Delage en 1896 ont en effet fortement ébranlé le concept de cellule. Étant donné le protoplasme, substance que Ton définit chimiquement, dans la mesure où cela est possible pour les albuminoldes, et qui est en tout cas exclusivement composé de corps partout connus : oxygène, hydrogène, azote e^ carbone, on admet que son existence en petites masses isolées, pour constituer les protozoaires, ne lui confère pas plus de droits à la notion spéciale d'individualité que n'en ont les gouttes d'huile ou les gouttes d'eau qui tombent et ruissellent. Les unes et les autres sont des personnes momentanées tant que leur tension superflcielle avec le milieu am** biant ne les fait pas 8*y diffuser et s'y évanouir. C'est le même ensemble de forces ou de tensions superû* cieiies qui, dans le métazoaire, individualise des noyaux au sein des masses plasmiques, séparées en gouttes cellulaires, à demi réunies par des filets en réseaux, ou tout à fait confluentes comme dans les syncitium. Le protoplasme lui aussi n'est maintenu en quelques apparences formelles définies que par

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sa tension superficielle avec les liquides intercellulaires qui le baignent de toutes parts. De pareils ensembles liquides ou visqueux, soutenus par Tenchevôtrement squeletlique des substances élastiques, minérales ou ligneuses, élaborées parle protoplasme/ constituent les corps végétaux ou animaux ordinairement considérés comme des solides. Le tout d'ailleurs est en perpétuel échange d'osmose et de combinaisons avec le milieu extérieur infini.

Ces rappels à la continuité ont pour la plupart trait à des connaissances techniques relativement récentes, mais la non distinction entre les vivants et les objets incries est une idée fort ancienne. On peut au reste concevoir deux façons pour identifier les phénomènes vitaux et non vitaux, soit en supprimant comme entité distincte le concept de vie et en le dispersant ou le répartissant dans les diverses actions physico-chimiques et c'est la façon qui peut sembler logique puisqu'elle incorpore dans le général un particulier, soit encore en faisant tout rentrer dans le concept de vie, procédé plus saisissant car il absorbe le général dans le particulier le plus cher aux hommes, dans celui qui intéresse la plupart d'entre eux au plus haut degré.

La seconde alternative est réalisée dans la manière antique qui attribuait à des êtres quelconques la vie, de la façon même ou elle était conçue chez l'homme. Chacun de ceux-ci, on le sait surtout par les textes égyptiens, était censé posséder un double, un peu distinct de ce que nous nommons aujounihui Tàme mais lion toutefois sans analogie. Beaucoup d'autres objets ont été considérés comme possédant ce double. Par extension anthropomorphiquc, il y avait Tesprit des piliers sacrés, celui qui parlait dans le chêne de Dodonne, les âmes des chênes ou hamadryades. Les sources, les grottes, les cavernes, les rochers en étaient aussi doués. Toutes les forces de la nature, tous les phénomènes étaient dédoublés et représentés

do cette façon. Parmi les dm os des choses quelquesunes entrèrent comme divinités dans le Panthéon païen et les autres continuèrent d'errer dans la connaissance humaine comme lutins, gnomes, farfadets, fées, korrigans, etc.

L'identification panpsychiste de la vie et de la non vie n'a pu conduire à des concepts scientifiques parce qu'elle a porté surtout sur les propriétés les moins accessibles à la mesure, sur celles qui étaient relatives dans les vivants à la pensée et à la conscience. La seule œuvre d'allure scientifique où Ton retrouve à la base une conceptioti semblable est celle de René Robinet. Né à Rennes, il publia sous le titre ^ De la Nature » un ouvrage en 4 volumes (1). Il y exprime une philosophie profonde et hardie; pour lui tous les êtres sont animés, se meuvent, se multiplient, tous, même les planètes et les étoiles. Du reste toutes nos distinclions sont passibles de critique; le classement en vivants et non vivants, inspiré par quelque sentiment obscur, n'a guère de précision et dès qu'on veut tracer les limites et les définir, elles s'évanouissent. En outre, dans ce qu'on nomme ordinairement les vivants, tout ce qu'on catégorise et tout ce qu'on classe n'a d'existence que dans notre esprit, et pour Robinet la réalité se compose des seuls individus. Encore dans les individus les qualités sontelles reliées les unes aux autres par d'insensibles transitions et l'espèce est-elle une coupure que nous faisons par incapacité de distinguer ces chaînes ténues qui relient les individus entre eux. Les modifications qui nous donnent Tidéc de la diversité sont produites comme résultat de l'action des forces physiques sur les germes; c'est une vue qui fut plus tard reprise par Geofi'roy Saint-IIilaire. Robinet va donc très loin dans la connaissance des continuités.

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