VUniven. Paris, 1872, p
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Un peu plus de calme n'aurait pas élé de trop. Telle est surtout la réflexion que suggère ce texte à 30 ans de distance. Ceux aujourd'hui qui croient à la nécessité de la génération spontanée à une époque quelconque ou à la possibilité de la réaliser un jour s'y prennent d'une tout autre façon, et pas un d'entre eux ne conteste les résultats désormais acquis de Pasteur et de ses élèves.
Il est d'ailleurs un ensemble de faits connexes aux précédents dont l'examen a certainement eu pour résultat d'accentuer le différend entre les partisans de la génération seule et ceux qui admettent les possibilités de la genèse. Nous voulons parler du rôte qu'il convient d'attribuer dans la génération à chacun des deux sexes.. Toujours on a su distinguer ceux-ci, soit dans l'espèce humaine, soit dans les animaux supérieurs étudiés à cet égard avec le plus grand soin, attendu que la reproduction en captivité était la condition même permettant de changer leur apprivoisement en domestication.
A l'origine on ne savait pas bien exactement dans quelle mesure étaient générales les conditions du rapprochement sexuel que Ton connaissait pour quelquesuns, et, par exemple, l'habitude qu'ont les oiseaux de se becqueter en période d'amour flt croire à beaucoup d'auteurs que leur accouplement se faisait par le bec. Anaxagore attribue au corbeau et à l'ibis celte particularité, ce qui fut bien des fois répété depuis.
Dans l'antiquité on croyait assez facilement, par extension anthropomorphique, que la sexualité était l'état obligatoire de tous les êtres vivants. Le fait, vériflésur les animaux supérieurs et les plantes très utiles comme le dattier, le pistachier et d'autres, fut tenu pour la condition universelle. C'est à ce titre que la vallisnérie, plante aquatique dont la sexualité est facile à voir et dont la fécondation est très remarquable, fut ainsi que nous l'avons montré distinguée et employée à profusion par les décorateurs égéens. En
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généralisant ces cas types on considérait comme femelle l'être qui était producteur du germe, de l'œuf, du fruit ou du jeune chez les vivipares. Le mâle était défini comme ne portant pas de germe et par sa stérilité. Théophraste ne donne pas pour les plantes, que d'ailleurs il croit toutes sexuées, d'autres caractères de la sexualité.
L'androgyne, réunissant tous les attributs nécessaires à la fécondité, n'était qu'un symbole construit pour représenter le divin. Cependant l'accord n'était pas unanime et Empédocle savait déjà que très ordinairement les sexes ne sont pas séparés chez les plantes. Il avait des idées, justes en partie, sur le rôle respectif du mâle et de la femelle dans la procréation et leur accordait à l'un et à Tautre autant d'influence. Il supposait que le déterminisme de leur production et de la diversité secondaire dans leur rôle tenait aux conditions de leur évolution première. C'est l'état de la mère qui pour lui détermine le sexe du produit; mais il précisait à tort que dans un utérus chaud il se forme des mâles et dans un utérus froid, des femelles. Il prend, en reconnaissant aux deux sexes une action également importante dans la génération, un parti moyen entre deux écoles adverses qui se sont combattues presque jusqu'à nos jours et qui s'opposent par la valeur attribuée soit à un sexe, soit à l'autre.
Sur diverses peintures égyptiennes nous voyons nettement la semence du mâJe représentée avec les qualités et par le môme dessin que les germes. Anaxagore fut en Grèce le représentant de cette idée. Pour lui, la femelle lie donne que le lieu et en quelque sorte le terrain de culture ; le germe vient du mâle. Les petits mâles sont issus de son testicule droit et les femelles du gauche ; la femelle mère n'y est pour rien du tout, puisque dans un môme utérus on rencontre soit des femelles, soit des mâles.
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Chez les modernes, lorsque Louis de Hammen, en 1677, et Leuwenhœck eurent fait connaître Texistence du spermatozoïde, et que Spallanzanî eut démontré son rôle dans la fécondation, il semblait que ce débat dût prendre fin. Mais la croyance à la préformation de Tembryon dans le germe, c'est-à-dire à son existence réelle, complète, en tout petit qui n*avait plus qu'à grandir, était un grand embarras en face des deux éléments nécessaires pour le constituer. Si l'être était formé de deux morceaux, il n'était pas totalement préformé; puis quel morceau mettre d'un côté, quel morceau de l'autre ?
On reprit la vieille opposition des deux éléments formateurs : l'un était essentiel et l'autre n'était en quelque sorte pour lui qu'un excitant ou un aliment. Mais lequel des deux éléments était l'essentiel? Les ovulistes disaient : c'est l'élément femelle, et l'on comptait parmi eux Swammerdam, Malpighi, Haller, Spallanzani, Charles Bonnet. Les spermatistes prétendaient que c'est l'élément mâle et ils donnaient même des dessins représentant avec un grossissement considérable de petits bonshommes figurés tout entiers dans le spermatozoïde. Les plus illustres partisans de cette thèse furent Leuwenhœk et Boerhaave. Tout récemment, et bien qu'il ne s'agisse plus ostensiblement de préformation, mais seulement d'hérédité ou de conservation de la forme, Boveri reprend la suite de l'école spermatiste en considérant l'élément mâle comme le vecteur des qualités héréditaires.
Cependant les idées d'épigenèse, si elles avaient vraiment et totalement pénétré tous les esprits, auraient dû rendre absolument impossible le retour de pareilles discussions. En outre, la découverte de la parthénogenèse, faite chez un grand nombre d'insectes, de crustacés, de rotifèrcs, révélant la possibilité que des œufs se développent sans aucune fécon-
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dation et pendant plusieurs générations de suite où il n'existe que des femelles, démontre que la sexualité et la fécondation, malgré que ce soient des phénomènes fréquents, ordinaires, usuels en quelque sorte, ne sont point nécessaires et par suite ne sont point des données primordiales dans le concept d'être vivant, même s'il s'agit de formes élevées déjà comme les insectes chez lesquels la fécondation est de règle.
Si donc la fécondation arrive souvent mais peut être supprimée, c'est qu'elle n'est point indispensable et qu'elle est seulement une condition réalisée d'habitude parce que les circonstances qui la déterminent sont largement répandues. C'est d'ailleurs ce qui fait la difflculté de les découvrir, car elles sont noyées dans un ensemble constant que nous ne savons pas analyser encore.
Il faut d'abord examiner les exceptions aux règles de fréquence afin de pénétrer le sens de celles-ci. Au surplus chez les végétaux inférieurs le phénomène de la conjugaison, où l'on voit se réunir deux éléments parfaitement égaux et dont on ne peut dire que l'un soit m&le ou l'autre femelle, la formation des spores par division d'une seule masse plasmique sans aucune fécondation préalable, la karyogamie qui consiste en un simple échange entre deux cellules d'une partie de leur noyau respectif, enfin la sisciparité, c'est-à-dire la coupure en deux d'un être antérieur pour en constituer deux autres, tous phénomènes que Ton peut faire varier ou que Ton peut suppléer par les conditions extérieures du milieu, permettent justement d'évoluer hors de la loi de fréquence.
Voici maintenant que l'on remplace par des agents convenablement choisis la fécondation elle-même, ainsi que nous le dirons dans les pages suivantes et l'on commence à voir enfin cette question de la sexualité approcher de son terme. La solution mon-
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\ trcra de plus une des voies par lesquelles on pourra saisir des liaisons de continuité entre la génération et la genèse, seule circonstance qui permettrait de laisser provisoirement reposer cette controverse. Mais il n'y a aucune raison d'espérer qu'elle ne renaîtra pas, d'une façon d'ailleurs que nous ne pouvons pas prévoir.