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CHAPITRE III La question de l'espèce

Sommatrê. — L'espèce c*est le nom. — Les querelles scolastîqaes eotre oominalistes et réalistes durent toujours. — La réalité de Tespèee fondée sur le critérium de la fécondité. — Opposition sur les mêmes faits entre Tesprit de Cuvier et celai de Darwin. — La réalité on l'objectivité de Tespèce s^évanouit devant l'expériencê.

La notion d'espèce est éminemment statique; elle n'a fourni prétexte à discussions et & querelles que le jour où l'on a voulu la transposer et la scruter à l'aide des faits relevés par la cinématique et la dynamique. A l'origine le terme d'espèce était loin d'avoir la signification rigoureuse que nous lui attribuons aujourd'hui. Il se confondait plus ou moins avec celui de type, lequel n'est pas autre chose que le substratum objectif du nom. L'espèce était en somme le plus petit des groupes exprimé par le plus particulier des noms appliqué à chaque animal, à ceux surtout que leur cohabitation journalière avec l'homme ne faisait pas désigner par un nom personnel, comme il est d'usage de le faire pour les chiens, les chevaux, etc. On ne soupçonnait môme pas en biologie qu'il y eût lieu de discuter et de préciser le rapport de ces appellations abstraites avec la réa-

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lité concrète. Cette sorte de recherche était purement métaphysique.

Il y a cependant pour la science un intérêt de premier ordre à savoir, lorsqu'on crée un nom pour désigner une série de phénomènes, quel ensemble de qualités mesurables amène à rétablir. Il est d'autre part essentiel de rechercher s'il n'y a pas dans l'esprit humain quelques propriétés fondamentales en raison desquelles nous sommes plus frappés par certains aspects des objets que nous retenons et symbolisons à l'aide d'un vocable, tandis qu'elles nous poussent à négliger certains autres aspects, à en faire abstraction et à les oublier. De quelle façon ces divers éléments ont-ils concouru pour établir la notiond'espèce et dans quelle mesure leur valeur respective a-t-elle été la cause des incertitudes du concept et l'a-t-elle rendu discutable et discuté?

A l'origine, le nom spécifique d'un être vivant ou d'un objet quelconque fut appliqué par une instinctive appréciation des ressemblances et des différences. Ce fut un Jugement intuitif, dont on ne songea que beaucoup plus tard à rédiger les considérants et quand on y songea ce fut d'abord d'une façon métaphysique.

Platon est le premier qui s'en soit occupé avec quelque profondeur et ses idées imprégnèrent pendant tout le moyen âge la théologie et la scolastique. La conception générale de l'espèce et du genre était considérée comme une réalité indépendante des choses existantes et non comme une interprétation subjective des phénomènes. Nous avons déjà résumé les traits principaux de cette longue dispute entre réalistes et nominalistes et nous n'y reviendrons pas : montrons seulement qu'elle dure toujours, bien qui tout le monde la croie finie.

Dans la période moderne, en effet, la question de l'espèce se pose à peu près de la même manière et

comporte les deux mêmes éléments, création du nom, vérifleation de sa valeur objective. L'œuvre entière de Linné, la grande réforme qu'il accomplit et le progrès considérable qu'il flt faire aux sciences de la nature montrent surabondamment qu'une partie du problème à résoudre était de déterminer les animaux ou les plantes auxquels il convient d^attribuer le même nom. En tranchant la difficulté technique de la dénomination, Linné avait du coup posé et résolu le problème de l'espèce dans la mesure où il peut l'être en le ramenant au suivant : comment dans les objets naturels est-il possible d'introduire une discontinuité qui cadre d'une manière facile avec la discontinuité de notre pensée, encore accrue par l'usage de traduire ccllc-ci à l'aide de sons. Il est vrai que Linné, parfaitement dupe de l'accord qu'il avait construit et l'esprit en repos, en vint à conclure que l'on trouve autant d'espèces à l'heure actuelle qu'il en a été créé à l'origine, attribuant ainsi une réalité à ses catégories nominales.

Tout de même, si l'on peut établir autant d'espèces que nous sommes capables de créer de noms, il semble que leur nombre doive être illimité, arbitraire et variable avec les descripteurs. En réalité, c'est bien ainsi que les choses se passent, et, dans un seul groupe, on voit souvent certains savants faire une trentaine d'espèces pendant que d'autres en distinguent seulement quatre ou cinq. L'événement dépend de l'impression produite sur l'esprit du naturaliste par les différences qu'il découvre, impression d'après laquelle il estimera celles-ci importantes assez pour être symbolisées par un nom ou pas assez pour mériter cet égard.

Cependant, se refusant comme aux beaux jours de la scolastique a être nominalistes, de nombreux auteurs ont essayé de définir l'espèce d'une façon qui ne la rendit pas, comme nous venons de le faire

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