CHAPITRE IV Le Droblëme de l'individualité
Sammairg. — L^indifidu est à U fois Tunité de forme, l'unité de vie, Vumté de conscience. — Impossibilité de fondre les trois eoncepts en un seul. — Les générations alternantes ches les animaux et chez les végétaux. — Le polymorphisme. — fluxlej introduit dans l'individualité un quatrième concept : l'unité de germe. — Les individualités de divers ordres. — Théories cellulaire, polyzolque, coloniale. — Elles n'ont d*autre fondement que des confusions sous le vocable d'individualité entre qnûre eoncepts distincts.
Comme celle de Tespèce, Tidée d'individualité participe à nos incerlitudes sur la génération qui est la controverse type et comme la source unique oA les autres prennent naissance, tant il est vrai que notre plus grand embarras relatif aux animaux résulte de ce que nous ne savons pas les faire nous-mêmes
Un individu, si l'on s'en rapporte du moins à Tétymologie, est un ôlre que Ton ne peut ni couper, ni diviser, sans lui faire perdre par cela seul ses attributs essentiels. Il représente Tunitô qui nous est nécessaire pour comprendre et que, en raison de cette nécessité subjective, nous voulons retrouver comme une donnée naturelle. C'est au fond un concept arithmétique et les difficultés soulevées à son occa-
LE PROBLEME DE l'iNDIVIÛUALITÉ 239
sion proviennent d'un manque d'accord entre cette construction de notre esprit et les réalités vivantes.
L'idée de nombre et l'idée de vie sont absolument indépendantes; mais la vie se manifeste à nous dans des objets vivants, et l'on peut appliquer à ceux-ci la notion de nombre. Comme d'autre part les objets vivants ne sont séparés pour nous que par les qualités de la forme, qu'ils répètent identiques ou différentes, tandis qu'ils sont au contraire réunis comme vivants par les propriétés de leur fonctionnement, il nous apparaît que dans l'esprit l'individu est l'unité de forme. Telle est la première définition à laquelle on pourrait se tenir; mais elle conflue avec d'autres retirées de considérations différentes pour former le concept banal qui n*a jamais été analysé avec assez de précision et duquel on extrait tantôt un sens et tantôt un autre, sans y prendre garde.
L'individualité, en effet, unité de forme, a aussi été considérée comme équivalente à la quantité de substance vivante capable de mener une vie indépendante, c'est-à-dire, puisque l'indépendance absolue avec le milieu n'est pas possible, une vie indépendante de toute autre substance vivante, une certaine sorte de vie effectivement séparée des autres vies dans l'espace et le temps. Remarquons tout de suite que la séparation dans le temps nous ramène à la génération; nous y reviendrons. £n outre, avec la donnée de vie indépendante dans l'espace, il ne pourrait y avoir jamais, pour le savant informé des phénomènes, aucune individualité, et Ton devrait avoir le courage de renoncer à l'emploi scientifique de ce terme.
Laissons de côté la dépendance obligée avec le monde minéral quant à la rcspiralion pour tous les vivants et quant à la nutrition totale pour les végétaux, et ne considérons que la liaison d'un être avec son aliment vivant. Elle est en apparence discontinue
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et accidentelle si Ton pense uniquement à la préhension chez les prédateurs, mais devient continue et permanente à mesure que l'on évoque graduellement les êtres de plus en plus parasites. C'est à ce point que, très justement d'ailleurs, Giard considère un être donné infesté de parasites comme formant avec eux un bion, c'est-à-dire un complexe vivant, unité supérieure pour laquelle il a raison de ne pas employer le terme d'individualité, mais qui est un multiple de Tunité de forme, tout comme un cormus est multiple du zoïte.
Voilà donc déjà enfermés dans le vocable d'individu deux concepts qui ne sont pas adéquats. Il y en a encore un troisième. La notion d'individualité est en cllcttrès difficile à distinguer de celle de conscience et tous les faits qui, à partir du xvui* siècle, ont posé tant de problèmes à propos des animaux étaient depuis un temps immémorial connus pour les végétaux sans soulever la moindre difficulté. Il paraissait naturel que Ton pût, par une bouture ou une marcotte, reproduire la forme d'un végétal; on ne se doutait même pas que l'on avait fait deux individus au lieu d'un seul; on ne pensait pas qu'une forme de plante fût en même temps une individualité, tout simplement parce qu'on n'avait pas l'idée de lui supposer une conscience. L'aphorisme de Linné avait codifié ces intentions. « Mineraiia crescunt; vegetalia crescunt « et vivunt; animalia crescunt j vivunt et sentxunt. » C'est eu égard à cette existence du sentiment que la greffe, si familière chez les végétaux, sembla paradoxale quand elle fut pratiquée sur les animaux et que les travaux d^Ollier, de 1857 à 1867, et ceux de Paul Bert en 1866 retirèrent tant d'éclat de cette extension.
Le terme d'individu renferme donc trois idées différentes suggérées toutes les trois par l'examen des phénomènes fréquents, c'est-àAlire par Texamen des