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forme. L'être B produit par bourgeonnement d'autres masses matérielles restant associées ensemble ou finissant par s'éloigner les unes des autres et repror duisant en tout cas la forme A.
II y a donc alternance, tant entre les formes revèr tues qu'entre les processus par lesquels elles se réalisent, le bourgeonnement dans un cas, la sexualité dans Tautre. C'est en faisant équivaloir ces deux modes différents que Ton arrive à sectionner en indir YÎdualités tenues pour comparables la masse matérielle continue ou discontinue qui s'étend d'un œuf à un autre œuf.
Cette façon de concevoir les choses reçut, en fait, un nouvel appui par les découvertes des botanistes sur la reproduction des cryptogames vasculaires. En 1848, Lesczyc Suminsky examinant un prothalle de fougère, c'est-à-dire la petite lame verte qui résulte du développement de la spore et que l'on prenait encore à cette époque pour un cotylédon, y découvrit des anthéridies fournissant les anthérozoïdes, déjà identifiés avec les spermatozoïdes animaux chez les mousses par Unger, en 1837, et des organes spéciaux, plus tard dénommés archégones, hors desquels pousse une nouvelle fougère. La plante feuilléc à laquelle on réserve d'ordinaire ce nom est donc une génération née d'un œuf. Elle produit à son tour des spores dans les petites taches jaunes situées au revers de ses feuilles et qu'on appelle des sporanges. Les spores sont des cellules germes qui, sans fécondation, se développent non en une fougère mais en un prothalle sexué à partir duquel recommence le cycle.
En 1849, Hofmeister établit le parallèle d'une part entre la tige feuillée de la mousse et le prothalle des fougères comme génération sexuée et d'autre part entre la lige feuillée des fougères et le sporogone, petit filet qui croit à la cime des mousses et porte à son sommet une capsule remplie de scores.
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Chez tous les cryptogames vasculaires on trouva tes mêmes phénomènes. 11 y a donc alternance régulière entre une génération sexuée et une génération asexuée. On compara sans hésiter le fait à ce qu'on connaissait déjà chez les animaux inférieurs ; mais le parallélisme est moins précis qu*on ne l'a cru et fait plutôt surgir une difficulté de plus. Chez les plantes, en efTet, il y a bien deux générations réelles et diverses, commençant toutes les deux à un germe cellulaire, Tune à un œuf Tautre à une spore. Chez les animaux il n'en est point de même. La forme née de l'œuf donne par la voie du bourgeonnement, c'està-dire par un mode très banal de la croissance, les unités de forme réunies ou dissociées que Ton compare à la génération issue chez les plantes d'une spore, élément singulièrement mieux défini et plus précisément qu'un bourgeon.
Cependant, en 1851, Leuckart fit ressortir l'intéressante diversité qui survient entre les dilTérentes unités de forme réunies en un môme amas par le fait qu'elles sont nées de bourgeons. Quoique réductibles, en eflTct, à la même forme type, les bourgeons d'un cormus, suivant leur place, revêtent des apparences quelque peu variées qui leur permettent de jouer des rôles spéciaux dans la vie de l'ensemble. C'est ainsi, par exemple, que dans un siphonophore, certains polypes, courts, gros et munis d'une large bouche absorbent les aliments capturés et les digèrent ; d'autres, très allongés, chargés de cellules urticantes, battent l'eau ambiante, saisissent les proies vivantes qui passent au voisinage, les tuent avec leur venin et les introduisent dans les précciicnts ; d*aulrcs encore élaborent les éléments génitaux, ce sont les bourgeons médusoïdes capables de se détacher comme un fruit et de flotter libres pendant quelque temps.
Les parties différenciées qui concourent ainsi toutes ensemb'e à assurer la vie commune peuvent être trai-
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iées comme les organes d'un môme corps, à moins que, frappé par leur équivalence formelle, on ne leur attribue à chacune une égalité priginelle et une individualité, surtout si l'on pense que chacune de ces formes peut en effet dans d'autres circonstances vivre librement. L'organisme total sera pris en ce cas pour une association de personnes entre lesquelles est divisé le travail physiologique, comme la chose a lieu dans les sociétés humaines pour le travail industriel.
De Quatrefagcs en 1855 se rendit compte des particularités offertes par les phénomènes de génération alternante chez les animaux. Il fut surtout frappé du fait que dans ce cas Tœuf, repère précis pour commencer à suivre une évolution, ne donne point naissance à un seul individu mais, au contraire, à une multitude et à toute une génération. Il avait pour traduire ce fait créé le terme de généagenèse et l'individu, tel qu'il le concevait, était surtout caractérisé par rindépendance de sa vie, par la séparation d'avec les autres fragments issus comme lui du même œuf La question de forme n'intervenait que médiocrement dans son étonnement fondé surtout sur la multiplicité des masses libres.
Dès 1851, Huxley avait bien vu tout ce que la notion d'individualité renfermait de difficultés inextricables en raison même des acceptions différentes où Ton était induit tantôt par la forme, tantôt par le fonctionnement, tantôt par la conscience sans que Ton y prît assez garde. Une définition précise était indispensable ; elle devait englober tous les faits et par convention unanime s'appliquer à tous les cas.
Pour y parvenir, Huxley introduit un quatrième concept, l'unité de germe. Il appelle individu toute masse matérielle issue d'un œuf et tant qu'un autre œuf n'est pas venu interrompre la série des phénomènes. Il distingue nettement de l'individu l'unité de forme qu'il appelle un '^oïte. Ceux qui naissent direc-
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tement de l'œuf sont des oozoîles, ceux qui se produisent par bourgeonnement au cours de la vie sont des blaslozoîtes. Leur somme constitue un individu. La définition de celui-ci renferme sans peine le concept banal retiré des êtres supérieurs ; maïs elle remplace par d'autres les difficultés auxquelles conduit l'étude des êtres inférieurs.
L'individualité chez les êtres inférieurs ne contient plus comme nécessité la continuité de substance, conception plus conforme à la réalité des faits et pas plus choquante, en somme, que la coalescence des individualités dont elle est l'inverse. D'ailleurs il est impossible sur cette question de ne pas heurter la connaissance banale et c'est en voulant s'astreindre à ne pas le faire que Ton reste empêtré dans les difficultés. Les personnes non cultivées auront incontesr tablement de la peine à se figurer tous les saules pleureurs de France comme formant ensemble un seul individu. Cela est pourtant conforme à la définition d'Huxley, puisque le premier pied de cette plante apporté étant monosexué ne put être reproduit par graine et que tous les autres en sont dérivés par boutures.
L'unique solution définitive serait d'écarter le concept d'individualité des préoccupations scientifiques, de reconnaître comme distinctes l'unité de forme, Tunité de vie, l'unité de conscience et l'unité de germe, de ne pas s'étonner en les trouvant tantôt concordantes et tantôt discordantes puisqu'aussi bien ce sont des abstractions diversement fondées. Une fois de plus nous voyons la réalité échapper à nos nomenclatures.
Tous les savants ne peuvent se résoudre à traiter comme un problème métaphysique et relatif à la connaissance les difficultés résultant de ce que les vieux concepts n'enferment plus les phénomènes nouveaux. Quelques-uns persistent à combiner ces phénomènes
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de façon à les plier dans les cadres anciens de Tindividualité.
L'édification de la théorie cellulaire avait par son grand succès habitué les esprits à regarder un être complexe comme une somme de cellules, êtres très simples par la forme et par la structure, lesquels eu certains cas peuvent mener une vie libre en tant que protozoaires isolés. C'était déjà une conception polyzoïque des vivants, c'est-à-dire qu'elle considérait une individualité comme Tagrégat d'individualités d'ordre inférieur. Par cette interprétation bien ébranlée aujourd'hui, les esprits se trouvèrent en même temps préparés à mieux comprendre des idées antérieurement émises par Moquin-Tandon et Dugès.
Le premier, en 1827, avait remarqué que le corps des hirudinées ou sangsues est décomposable en un certain nombre de tranches transversales ou anneaux; chacun de ceux-ci possède un ganglion de la chaîne nerveuse, un organe excréteur, une paire de poches intestinales, exactement comme celui qui le précède et celui qui le suit. De telle façon que la sangsue totale apparaît comme une somme d'unités semblables entre elles, chacune de celles-ci ayant tous les organes tels qu'on les trouve dans un être capable de vivre indépendant. Par. la rencontre de l'unité de forme et de la possibilité d'indépendance on évoque Tindividualité ; et de celte association naît la conception du zoonite, petit animal composant du premier.
£n 1830, Dugjs généralisa la théorie en l'appliquant à tous les animaux. Sa doctrine peut lenir dans les quatre propositions suivantes résumées par Edmond Perrier: 1* Tout animal supérieur est composé d'un certain nombre d'organismes plus simples, de zoonites. 2* Les zoonites constituant un animal peuvent se grouper, soit en une série linéaire unique, soit en deux séries alternes ou symétriques, soit en couronne
autour d'un axe, soit d'une façon tout à fait irrégulière. Chez un même animal ces divers modes de groupement peuvent être combinés entre eux. 3* Dans un même animal les zoonites peuvent présenter des formes diverses, se partager, se distribuer le travail nécessaire au maintien de leur collectivité. 4* Les zoonites ou les organes qui les composent peuvent présenter plusieurs degrés de fusion, de manière qu'il devient souvent impossible de déterminer leur nombre ou leurs limites.
La théorie des colonies animales est tout entière dans ces quatre propositions, jusques et y compris le terme de fusion employé pour exprimer les cas où les zoonites sont moins distincts, terme qui préjuge d'une séparation antérieure plus profonde, qui substitue ridée de rassemblement à celle de séparation et la métaphore d'association à la réalité qui est dissociation.
Lacaze--Duthier8 professa lui aussi cette thèse vers 1865 et l'un de ses élèves, Edmond Perrier, la restaura en 1881 comme théorie des colonies animales en y faisant rentrer les phénomènes de génération alternante, découverts depuis les travaux de Dugès.
En introduisant cette dernière notion, on semble opposer deux modes de génération, Tovogenèse et la blastogenèsCy et considérer deux types d'individualités, le blaslozoïte et ToezoTle, caractérisés par leur origine. Le bourgeon parait un début d'individualité au même titre que l'œuf. Au fond il n'en est rien, c'est la seule unité de forme, à laquelle on aboutit dans un cas et dans l'autre, qui fait attribuer aux ébauches la même valeur d'individu naissant. La preuve c'est que chez certains tunicicrs (Diplosomides, Didemnides) chaque blastozoîte débute par deux ou trois bourgeons d'abord isolés, ultérieurement confluents ; on devrait dire, si vraiment le bourgeon a droit à l'individualité, qu'il y a deux ou trois individus