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CHAPITRE I

La diversité des esprits dans le courant général des recherches.

Sommaire, — L*orientatioQ générale est dynamique et Ton place hors des vivants Texplication de la vie. — Diversité permanente des esprits sous Tuniformité du langage. — Les abstractions statiques de Le Dantec. — Multiplicité dos recherches, ingéniosité des techniques. — Hardiesse des comparaisons entre la vie et la non vie.

Si Ton cherche à se rendre compte du sens dans lequel se développe la science actuelle, caractérisée par ses travaux les plus remarqués et par les sujets qui suscitent au plus haut point l'activité des chercheurs, on reconnaît un manifeste courant dynamique. Ce n'est pas à dire évidemment que tous les esprits aient été d'un seul coup transformés et uniformisés ; maiS| à notre époque plus qu'à toute autre, les rapides communications scientifiques, les multiples échanges d'idées entre les travailleurs, du reste plus nombreux^ constituent un milieu de pensées et de préoccupations communes, répandues par une terminologie qui se diiïuse rapidement et que tous sont plus ou moins tentés d'employer.

Il y a, si Ton nous permet le mot, une mode intellectuelle, sous le vernis général de laquelle on dis-

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tingue encore cependant par leurs qualités particulières les diverses sortes d'esprits, et quoique habillées de même toutes les pensées ne se ressemblent pas.

Nous avons déjà fait voir, dans les théories de Weismann, savant très informé des découvertes actuelles, une construction véritablement statique. Les interprétations qui se sont inspirées de la sienne se rangent facilement dans le même groupe.

Il est plus curieux de montrer cette forme de pensée chez un écrivain où on la reconnaît moins au premier examen. En divers ouvrages, publiés depuis une dizaine d^antiées, Le Dantec fait les plus consciencieux efforts pour se montrer dynamiste. Il y réussit vraiment dans les parties didactiques de son œuvre, dans lesquelles il expose avec un talent consommé et une fraîcheur nouvelle les idées courantes sur les qualités physico^^himiques des réactions vitales. Il y réussit encore dans les parties critiques, par lesquelles il combat avec beaucoup de perspicacité et de précision les interprétations statiques de pure morphologie. Hais quand il crée, quand il construit ses propres idées, il montre une personnalité sta^ tique aussi manifeste que celle de Weismann et de Cuvier.

Tout d'abord, il croit à la substance vivante et qu'il est permis de la caractériser par une propriété la distinguant absolument des corps bruts. C'est la propriété de l'assimilation fonctionnelle. Dastre discute avec lui pour savoir si l'assimilation est fonctionnelle ou non fonctionnelle ; mais il faut évidemment se préoccuper de définir expressément les cas où le pro« toplasme est dans un état fonctionnel.

De même que, pour employer une comparaison, un professeur ne saurait dire s'il fonctionne quand il débite sa leçon ou quand il la prépare, ou même quand il se repose pour assurer le tassement des

idées et que pourtant ie vulgaire ne compte comme travail que les heures du cours, de môme les physiologistes entendent d'ordinaire comme fonctionnement pour la glande, par exemple, le moment où elle sécrète, pour le muscle, le moment où il se contracte et ainsi de suite. Dans ces cas, il semble bien évidemment que Tassimilation ne soit pas fonctionnelle, ainsi que le veut Claude Bernard.

De son côté, Le Dnntec pense que le fonctionnement c'est la vie manifestée et certainement alors Tassimilation est fonctionnelle, puisqu'elle est vitale ; mais Texcrétion aussi et au même titre; elle devrait tout autant être mise en vedette. Elle l'est bien en réalité dans Téquation que l'auteur emploie pour préciser sa pensée :

a + Q = 'ka + R

mais elle ne l'est pas dans le discours. La vie, c'est en réalité l'assimilation et l'excrétion fonctionnelles. Alors, en supprimant l'abstraction où Le Dantec nous entraine, la vie ne se trouve plus définie du tout.

Que fait donc une tache de rouille sur une barre de fer, si ce n'est de croître, d'assimiler aux dépens du milieu ambiant et d'y rejeter des déchets. Tout corps qui se constitue assimile, croît et excrète. La différence avec le vivant ne sera jamais qu'en ceci : nous pouvons faire commencer le phénomène dans un cas, nous ne pouvons pas le faire commencer dans l'autre sans prendre d'abord de la substance vivante toute faite. La seule caractéristique des vivants est une ignorance de notre part à leur endroit ; ce n'est point un critère objectif.

A la suite de cette grande discontinuité que Le Dantec crée par abstraction à la mode des statiques, il se rapproche d'eux encore par la netteté et la vigueur avec laquelle il classe, distingue et catégorise. Il y a la vie du métazoaire ; il y a la vie élémentairOi

la vie élémentaire manifestée, la vie élémentaire latente, la condition n* 1, la condition n* 2, la condition n* 3, comme si les mots n'étaient point assez capables de créer une discontinuité propre à le satisfaire et que les nombres seuls pussent atteindre ce but.

D^aillcurs, l'opposition qu'il crée entre la vie du métazoatroct celle du protozoaire repose sur une iliu» sion dans laquelle il se complaît.

« Prenons, dit-il, pour Tétudier une cellule de levure de bière » ; et tous ses lecteurs entraînés par la logique serrée de son style croient qu'il étudie vrai* ment une cellule de levure, alors qu'il raconte les phénomènes qui se passent dans une cuve* Or, une cuve de levure n'est pas un protozoaire, c'est un mésozoaire; Texcrétion de l'acide carbonique et de l'alcool est le résultat global do sa vie comme celle de l'urée ou de Tacide carbonique dans le métazoaire. La croissance en poids de l'une ou l'autre masse matérielle suit la même loi et si l'on ne peut pas conclure de la vie totale chez le métazoaire à la vie cellulaire, pourquoi le peut-on dans le cas de la cuve ? Pour la raison pcul-ètrc que, dans cette circonstance, les cellules sont toutes semblables entre elles et qu'elles ne le sont pas dans le métazoaire compliqué.

La ressemblance est plus apparente que réelle; les cellules profondes, les cellules superficielles, les cellules jeunes, les cellules vieillies, celles qui contiennent des ascosporcs ne sont pas toutes dans le môme élat et il n'y a point de raison pour attribuer indifféremment à chacune sa petite part exactement divisée du phénomène total. Le faire est déjà entrer dans la voie de l'atomisme le plus grossier. Pourquoi aussi croire que chaque cellule fonctionne uniformément tout le temps. N'a-t-clle pas des alternatives de suractivité et de repos relatif, et qui sait si ce n'est pas dans son repos qu'elle assimile et dans son activité qu'elle détruit.

A l'analyse de la première idée, le fondement de toutes les autres, nous apercevons la décomposition arithmétique des phénomènes qui procède directement des conceptions statiques et qui se poursuit dans la spécificité chimique, dans les constructions précises et compliquées sur la polarité sexuelle et dans t)eaucoup d'autres parties de cette œuvre parfaitement logique dont nous avons vu tant d'autres types. En sorte que Teuphrasie dynamique n'est qu'un vêtement conventionnel dans lequel se drape Toriginalité statique.

Ce bref exposé suffit à montrer qu'aujourd'hui, comme à toutes les époques, la nature des esprits joue le rôle capital dans la discussion des problèmes généraux et dans la construction des théories simples et précises qui prétendent enfermer la complexe réalité. Mais, plus qu'en aucun temps, l'investigation dans le domaine des faits relève des résultats qui déroutent les formules.

Lorsque, au siècle dernier, on découvrit les phénomènes connexes de Téleclricité et du magnétisme, on en retira pour les sciences naturelles à la fois des moyens d'exploration nouveaux et des interprétations permettant de se faire une image du vieil influx vital moins isolée et plus rattachée aux agents physiques. Aujourd'hui, les données de la physique, bien qu'incomplètes encore, sur les radiations, sur les corps radio-actifs, sur l'osmose et la cryoscopie, les travaux entrepris pour déceler la structure chimique des albuminoïdes ouvrent autour des phénomènes naturels des horizons insoupçonnés et sèment dans beaucoup d'esprits l'impression que le moment n'est pas à la construction de théories pour résumer le passé. Il semble au contraire qu'une ère nouvelle d'inconnu commence et que la parole soit d'abord et surtout à l'expérimentation.

Sans doute, en une période pareille, où les

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savants sincères ont l'intuition que tant de données vont être renouvelées, la marche de la découverte n'est guère méthodique ; c'est comme une ébuilition confuse dont on ne peut encore prévoir le résultat.

Dans le domaine des sciences biologiques, les expériences se croisent déconcerlantes. A celles qu'ont faites jusqu'ici les physiologistes pour arriver à connaître les fonctions dans leur essence la plus abstraite, et dégagées tant qu'il se peut de la forme, s'ajoutent celles qu'entreprennent les zoologistes et les botanistes pour essayer de comprendre la forme même, son existence, sa complication progressive. L'édification d'une morphologie expérimentale occupe de nombreux savants; un recueil s'est fondé pour publier exclusivement les mémoires relatifs à la mécanique du développement. 11 faut un volume pour donner chaque année une analyse en quelques lignes des mémoires parus dans cet ordre d'idées. Aussi nous nous bornerons à en signaler quelquesuns comme exemples pour essayer de suggérer une idée claire des questions qui se posent, des énigmes qui surgissent, et de la hardiesse nouvelle des préoccupations biologiques soutenue par une croissante ingéniosité technique.

Tout récemment, en 1901, Jolies soumet diverses matières albuminoïdes à l'oxydation par le permanganate de potasse, en milieu acide, et par cette simple réaction chimique arrive à produire de Purée. Cette expérience de laboratoire réalise artificiellement la substance la plus importante dans les déchets organiques, d'une façon conforme à toutes les prévisions qui considèrent le résultat final de la vie, ainsi que Tavait déjà deviné Lavoisier, comme une oxydation analogue à la combustion, quoique sans doute plus complexe.

Comment se rendre compte des régions où se produi sent dans le corps les oxydations les plus actives ? Les

observations de Gautier et d'Ehrlich entament le problème par un ingénieux procédé. Si Ton injecte dans le sang d'un animal des substances colorées, telles que rindigo, le bleu d'alizarlne ou de céruléine, qui se décolorent en absorbant Thydrogène et par suite dans les régions où se trouvent les tissus les plus puissamment réducteurs, on constate une décoloration dans la substance blanche du cerveau et de 1& moelle, dans les nerfs, les muscles, les cartilages, le foie, récorce des reins et le parenchyme pulmonaire. Les liquides au contraire restent bleus dans le sang, dans la lymphe, sur les nerfs périphériques, dans les synoviales, dans les ganglions lymphatiques, dans le pancréas, les glandes salivaires, les glandes à mucus et la partie centrale des reins. Le pouvoir réducteur est donc variable avec le tissu et semble en rapport avec les phénomènes d'assimilation dont il est le siège.

D'autre part, les éludes de bactériologie sur les toxines et les antitoxines ont trouvé le plus large emploi dans Tinterprétation des événements qui se passent au sein des organismes compliqués. Pour indiquer seulement ce qui intéresse les qualités usuellement retenues par les zoologistes, on a compris de cette façon les glandes à venin, car les venins sont chimiquement et physiologiquement identiques aux toxines. Les glandes qui les produisent sont des organes excréteurs et le produit de Texcrétion, au lieu d'ôtre rejeté sans précaution, est mis en réserve et trouve un emploi dérivé dans la défense de l'organisme ou dans la capture des proies nécessaires pour Valimenter.

Les pigments, jusqu'ici examinés seulement pour les ualités dllIérencicUes qu'ils signalent à la vue et qui ^rmettent de classer les êtres dans nos catalogues, notamment de distinguer les espèces parmi les lépidoptères, sont au même titre que les venins des

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substances excrétées par les organismes. Ceax-ci n'arrivent pas à s'en débarrasser tout à fait et doivent les supporter tels quels sur eux, s'y accoutumer et, suivant les circonstances, tirer parti de la protection qu'ils leur donnent en les confondant avec le milieu où se passe leur vie, ou bien souffrir de Téclat qu'ils leur confèrent et qui les signale à leurs prédateurs.

Uopkins a fait quelques analyses sur le pigment orangé ou pourpre qui recouvre les ailes des « euchloe », papillons de l'Afrique du Sud. La couleur pourpre, dissoute dans l'eau et évaporée, donne la réaction de la muréxide et par suite contient de l'acide urique; la couleur jaune est acide et contient de l'acide mycomélique, dérivé de l'acide urique, c'est donc aussi un produit d'excrétion. Il y a dans cette voie toute une série de recherches à entreprendre bien capables de donner d'intéressants résultats.

L'action des intoxications sur la forme a encore été d'une autre façon étudiée par Bohn. Il a montré que les divers genres de crabes ont un mode circulatoire et respiratoire, et les organes appropriés à ces fonctions, en rapport avec les intoxications ordinaires dans les fonds où ils vivent.

L'action des rayons Xy l'action des rayons émis par le radium sont à peine entrevues dans les recherches sur la morphologie et donnent déjà des résultats curieux.

Même les agents depuis longtemps connus sont loin d'avoir livré tout le secret de leur mode d'agir. S. Leduc introduit dans un lapin un courant électrique par une anode entourée de coton hydrophile imbibé de sulfate de strychnine; la cathode est simplement imbibée de chlorure de sodium. Sur un second lapin on réalise le dispositif inverse. Le premier animal accuse des symptômes très nets d'empoisonnement par la strychnine, le second ne présente

rien de parliculier. Puisqu'aussi J. Perrin a montré (1903) que la charge électrique d'un corps, positive ou négative, se détermine et varie pour une infime quantité d'acide ou de base diffusée autour de lui, on prévoit que dans les organismes mille circonstances peuvent produire des courants électriques; ceux-ci ont sans doute un rôle considérable dans les transports de matière entre les cellules et, comme certainement aussi entre Tétre et le milieu de pareils courants surviennent, il y a là tout un champ dans lequel doivent s'étendre les investigations.

D'autres expériences encore montrent que rien n'arrête plus Tampleur des comparaisons. Telles sont celles qu'a réalisées J. Chunder Dose, en 1901. Il prend sur une plante un pétiole de feuille, un bout de racine où n'importe quelle partie bien vivante; en reliant les deux extrémités de ce fragment à un galvanomètre par un fil conducteur, on ne constate aucun courant électrique. Il en est de même si Ton excite le fragment dans toute sa longueur, si on le tord par exemple; mais si on y détermine une excitation inégale, en plaçant une pince sur son milieu et en tordant seulement une des moitiés, l'autre étant laissée au repos, un courant électrique se manifeste comme il le ferait en provenant d'un muscle excité. On peut aussi retrouver tous les caractères que l'on signale dans l'activité musculaire : fatigue par les excitations répétées, retour à la condition première par le repos, exaltation de l'activité par certains sels, dépression par d'autres, empoisonnement par la potasse, les acides forts, les sels de mercure, guérison par des antidotes appropriés, anesthésies par le chloroforme, mort, c'est-à-dire cessation définitive de tous ces phénomènes par immersion dans Tcau bouillante.

Le plus curieux, c'est qu'on obtient les mêmes résultats avec n'importe quelle substance, en particulier des fils métalliques, surtout d'étain. Un fil

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d'élain donne par la torsion un courant, manifeste des effets de fatigue que le repos fait disparaître, subit des exaltations ou des dépressions, des ânesthésies, des empoisonnements, la guérison, la mort, tout comme le fragment de substance vivante.

i A rentrée des diverses voies dans lesquelles on i s'engage à la fois, des résultats imprévus remettent tout en question et le moment est mal choisi pour théoréliser.

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