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pas absolument vraie; elle ne Test qu'ordinairement, exprime par suite un état fréquent d'équilibre, au même titre que n'importe quel caractère d'espèce, comme la longueur de la queue ou la couleur du poil, mais elle n est pas plus absolue ou nécessaire que cela et ne peut guère prêter à de plus importantes conclusions.

Par exemple, parmi les vers parasites de Tintestin du cheval de Tespèce ascaris mégalocephala, très souvent étudiée à cet égard en raison du petit nombre de ses chromosomes qui les rendent faciles à compter, on trouve des individus ayant à leurs cellules somatiques deux anses seulement et une seule à leurs cellules sexuelles, tandis que d'autres individus se distinguent des premiers uniquement parce que leurs cellules somatiques ont quatre chromosomes et leurs cellules sexuelles deux. On a beau dire que l'espèce comporte deux variétés et, pour fortifier l'idée par un nom, les appeler: univalens et bivalens, il reste tout de même vrai que, dans l'espèce en question, le nombre des chromosomes varie du simple au double. Ce n'est pas au reste le seul cas. Chez un petit crustacé du genre Artemia, on a compté tantôt cent soixante-huit chromosomes, tantôt quatre-vingtquatre ; dans une annélide, Korschelt trouve quatre chromosomes dans les premiers stades embryonnaires, puis à partir de la blastula rencontre des cellules avec huit chromosomes et d'autres avec quatre.

La réduction du nombre à sa moitié pour passer à la cellule sexuelle n'est donc pas absolue, ni surtout pas absolument spécifique, puisque, d'après Kulagin, les cellules des disques imaginaux dans les larves d'insectes ont la moitié seulement des chromosomes que montrent les autres cellules du corps. En plus do cela la réduction chromatique apparaît comme une conséquence toute naturelle du fait minime que la division cellulaire, présidant à l'émission du deuxième

globule polaire dans le cas de Tœuf, ou celle qui lui correspond dans la seconde des deux divisions de la spermatogonie en spermatozoïde, est précipitée. Elle se fait sans que les chromosomes aient eu le temps de se remettre bout à bout en un nouveau spirème, pendant une phase de repos. Quand le fuseau se montre dans le protoplasme, les chromosomes, encore séparés les uns des autres, sont attirés par moitié à un pôle par moitié à l'autre et, par ce fait seul, ils sont en nombre deux fois moindre qu'à l'ordinaire.

Si Ton prend la chromatine pour une substance gluante quelconque qui, suivant les circonstances de l'équilibre dans son milieu, aura une tension superficielle diiïérenle et par suite une cohésion plus ou moins grande, on ne sera pas étonné de voir que les gouttes plus ou moins étirées qu'elle peut faire sont plus ou moins grosses et par suite moins ou plus nombreuses. Mais si l'on traite les chromosomes comme des objets solides, comme des unités nécessaires, chacun d'eux devient une petite personne dont la vie propre se poursuit de cellule en cellule. La division en deux est, pour elle comme pour la cellule, le processus de durée et de propagation. En période de repos elle se dissimule bout à bout avec ses sœurs, mais elle ne perd point pour cela son individualité et reparaît telle qu'elle était à la division prochaine. De cette façon, le nombre doit en être constant et toute modification qu'il subit est un phénomène curieux capable, à ce qu'on croit, de donner la clet d'une énigme.

Avec cette représentation mentale on imagine que TcBuf dans sa maturation, ou le spermatozoïde dans la dernière division qu'il subit ont expulsé la moitié de leurs chromosomes. Les éléments sexuels sont ainsi devenus des cellules incomplètes et c'est pourquoi la fécondation est nécessaire, puisqu'elle a pour objet de les compléter l'une par l'autre. Ah

fond il n'y a dans tout cela rien qu'une nécessité purement intellectuelle, une impuissance à raisonner sans unités; et, comme on retrouve cette manière aussi bien en mathématiques qu'en physique ou en chimie, il en faut conclure qu'elle dépend plus de l'esprit humain que de la réalité objective.

La compensation, de la sorte reportée sur la chromatine, n'est en réalité qu'une transformation et un transport sur des objets différents de l'idée que Sabaticr avait émise déjà en exposant que l'œuf est devenu femelle par abandon de protoplasme périphérique, tandis que le spermatozoïde est devenu mâle par abandon de protoplasme central. La fusion dans la fécondation a pour effet de compléter l'un par l'autre les deux protoplasmes.

Les petites individualités chromatiques ayant, à ce que l'on croyait, un si grand rôle dans la fécondation ne pouvaient être indifférentes à la transmission des caractères héréditaires ; on voyait même en elles le vecteur de celte hérédité. On se demande pourquoi personne n'a eu la hardiesse de représenter celle-ci sous les traits d*une femme, puisque le mot hérédité est féminin, à cheval sur un chromosome.

Toutes les idées relatives à la compensation et à rindividualité des anses chromatiques sont fort ébranlées par diverses observations ou expériences. D'abord les œufs parthénogénétiques, qui normalement se développent sans fécondation, devraient ne jamais émettre qu'un seul globule polaire, puisque c'est à la sortie du second que la réduction s'effectue. Or Bloch mann et Platner ont vu des œufs parthénogénétiques émettre leurs deux globules polaires.

D autre part, si Ton revient aux expériences d'iicrlwig et de Bovcri relatives à la fécondation des fragments d'œufs d'oursins privés de leur noyau, on doit rccounaitre que ces fragments susceptibles de se

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développer aussi bien que des œufs complets sont incomplets pourtant. Ils ne devraient point avoir plus d*anses chromatiques que n'en avait le spermatozoïde, c'est-à-dire la moitié du nombre normal, ou bien alors le nombre des chromosomes ne signifie plus rien du tout. Y. Delage, reprenant Tétude de ces phénomènes qu'il a appelés mérogonie et suivant attentivement le sort ultérieur des fragments nucléés et des fragments sans noyau, a reconnu : 1* qu'il y a un instant favorable, sans que la circonstance soit indispensable, où Tœuf peut être mis en mérogonie, c'est quand la membrane nucléaire s'eiïace au moment de l'expulsion du premier globule polaire, événement qu'il appelle la maturation cytoplasmique ; 2* que les fragments d'œufs sans noyau se développent avec le même nombre de chromosomes que les fragments nucléés.

Si donc, dans toutes ces apparences formelles, on ne voit absolument rien qui puisse donner une explication de l'hérédité ni même faire comprendre son existence, il faut y renoncer complètement et entrer dans une voie nouvelle. L'hérédité, la répétition des formes, existe seulement parce que celles-ci sont les elTcls du milieu extérieur. Il y a identité dans les etTels par suite de l'identique répétition des conditions et des causes. Yves Delage, qui professe également ces idées, précise, à tort suivant nous, que les causes en question sont actuelles. Il faut, pour être complet, ne pas fixer le temps et concevoir comme agissantes aussi bien les causes du moment présent que les impulsions dues à des causes passées.

La théorie des causes actuelles, seules créatrices des elTcts formels, pense mieux que toute autre rapprocher les corps vivants et les corps bruts. Elle tendrait au contraire à spécialiser ceux-là ; car ils deviendraient ainsi les seuls sur lesquels seraient sans elTet des forces antérieures disparues.

Si l'état actuel d'une barre do fer dépend non seulement de son ambiance présente mais encore des torsions, flexions, secousses, martellements, échauffcments qu'elle a subis auparavant, pourquoi donc un corps vivant, continu dans l'espace par la succession des germes avec tous ses ascendants, ne gardcrait-il pas la trace des efl'ets anciens, alors même que les forces auxquelles ils sont dus se sont évanouies? Pourquoi, par une réaction paradoxale, Thérédilé serait-elle expulsée du seul domaine de la vie? La vérité est qu'elle y existe comme partout et pas autrement. C'est un problème qu'il convient d'aborder expérimentalement et tout y est encore pour ain^i dire à faire.

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