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CIIAP. 11. L IDEE DU SURNATUREL

un peu après : (( Je prierai le Père, et il vous donnera r Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir : car il ne le voit ni ne le connaît. Mais vous, vous le connailrez, car il demeurera avec vous, et il sera en vous... Parce que moi je \\s, vous vivrez aussi. Et vous saurez alors que je suis en mon Père, et vous en moi, et moi en vous... Celui qui m'aime sera aimé de mon Père, et moi je l'aimerai, et je me manifesterai à lui... » Interrompu par un disciple, qui n'a compris qu'à moitié ou n'a pas compris du tout, il poursuit sa pensée : « Si quelqu'un m'aime, mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous demeurerons avec lui. » Aller au Père, voilà la fin surnaturelle. Personne n'arrive par soi-même. Il y faut des moyens surnaturels, qui se concentrent en Jésus. Une connaissance due au Saint-Esprit^ une vie étroitement liée avec la vie de Jésus, un amour de Dieu pour l'âme et de l'âme pour Dieu se nouant, pour ainsi dire, en Jésus, et, ensuite de cet amour, des communications intimes de Jésus à l'âme, des relations familières de Dieu avec elle et une présence spéciale de la Trinité en elle : voilà quelques-uns des traits par lesquels nous est décrit ici ce conmierce admirable entre le ciel et la terre, entre le Créateur et sa créature.

Au chapitre suivant, Jésus s'explique par une

62 NATUHE ET SLU>ATlUKr.

comparaison ([ui dil tout : (( Je suis la vigne véritable, et mon Père est le vigneron. Toute branche qui ne porte pas de fruit en moi, il l'ôte ; et toute branche qui porte du fruit, il l'cmonde pour qu'elle porte plus de fruit... Demeurez eu moi, et moi en vous. Gomme la branche ne peut porter de fruit par elle-même, sans demeurer dans la vigne, ainsi vous non [)lus, si vous ne demeurez en moi. Je suis la vigne, et vous êtes les branches : celui qui demeure en moi et moi en lui, celui-là porte beaucoup de Iruit ; car sans moi vous ne pouvez rien faire. Si quelqu'un ne demeure pas en moi, il est rejeté comme une branche, il se dessèche, on le prend, on le Jette au feu, et il brùlc... Gomme mon Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez en mon amour. Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme moi je garde les commandements de mon Porc et demeure en son amour. » u Le Père vous aime, dit-il quelque temps après, parce que vous m'avez aimé, et avez cru que je suis venu de Dieu. » Pouvait-on indiquer plus nettement que par la comparaison du cep et des branches la communauté (évidemment surnaturelle) de vie entre Jésus et les siens, et l'union d'amour nécessaire à la circulation et à la fécondité de cette vie ?

Enlin la prière de Jésus est toute pleine de la

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même doctrine : (( Mon Père, l'iienrc est venue ; glorifiez votre Fils, afin que votre Fils vous glorifie : comme vous lui avez donne pouvoir sur toute chair, afin que tout ce que vous lui avez donné, il leur donne la vie éternelle. Or, c'est ici la vie éternelle, qu'ils vous connaissent vous, le seul vrai Dieu, et celui que vous avez envoyé, Jésus-Christ. Je vous ai glorifié sur terre,... et maintenant glorihez-moi, mon Père, auprès de vous, de la gloire que j'ai eue près de vous avant que le monde fût... Que tous ils soient un, comme vous, mon Père, êtes en moi et moi en vous, afin qu'eux aussi soient un en nous... La gloire que aous m'avez donnée, je leur en ai fait part, pour qu'ils soient un, comme nous nous sommes un. Je suis en eux, et vous en moi, pour qu'ils deviennent parfaitement un, et que le monde sache que c'est vous qui m'avez envoyé, et que vous les a\ez aimés comme vous m'avez aimé moi-même. Mon Père, ceux c|ue vous m'avez donnés, je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi : pour qu'ils voient ma gloire, que vous m'avez donnée ; car vous m'avez aimé avant la création du monde... Je leur ai fait connaître votre nom, et je le ferai encore, afin que l'amour que vous avez eu pour moi soit en eux, et que moi-même je~«ois en eux. » Ce sont toujours, on le voit, les mêmes réalités ineffables, se manifestant de plus en plus et se

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rapprochant, pour ainsi dire, de nous. Lnion étroite des apôtres et des fidèles en Jésus et avec Jésus, formée sur le type idéal de celle qui existe entre Jésus et son Père ; par suite, débordement sur eux du même amour que le Père a pour son Fils, et participation en eux de cette vie glorieuse dont le Fils a vécu de toute éternité, vie de connaissance et d'amour qui commence pour eux dès ici-bas et qui s'achève dans la connaissance et l'amour de l'éternité.

Voilà, en gros, l'idée que nous donnent du surnaturel les paroles mêmes de Jésus telles que les rapporte saint Jean (i). Le disciple bicn-aimé l'a exprimée pour son propre compte en quelques mots pleins et profonds. Après avoir montré dans le Verbe la vraie lumière qui éclaire tout homme, il ajoute : « A tous ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu » ; entendez, explique-t-il, « à ceux qui croient en lui ».

(i) Je ne prétends pas tout relever. Je n'ai rien dit, par exemple, des titres d'amis et de frères que Jésus donne à ses apôtres avec une intention marquée : le premier, dans le discours après la Cène [Joan., xv, i5) ; le second, après sa résurrection (Joan., xx, 17) ; — et notez le corrélatif Patrem meam et Patreni vestriiin, Dean meum et Deum vestrum. On pourrait signaler, chez les autres évangélistes, quelques traits analogues, mais beaucoup moins nombreux et moins expressifs. Cf. Matth., xi, 25-3o ; v, 48 ; formule du Pater : Pater noslvr...

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Il est l'unique du Père, mais il vient à nous plein de grâce et de vérité. Pourquoi, sinon poiu' nous donner do sa propre plénitude, selon que l'explique saint Jean-Baptiste, dont le témoignage se fond, pour ainsi dire, avec la pensée de l'évangélisle, pour nous laisser voir Dieu invisible et incommunicable se manifestant et se communiquant par et en Jésus-Christ (i) ?

Mainte fois, les apôtres expriment à leur façon la doctrine du Maître, la grande doctrine de notre vocation surnaturelle en Jésus-Christ, de notre adoption divine, de notre régénération à une vie nouvelle. Il faut se contenter ici de quelques indications (2).

(i) On trouve les mêmes idées dans la première épitre de saint Jean, i, i-3 ; 11, 23-25 ; m, i-3, 9, etc.

Le mot « enfants de Dieu n ne signifierait pas à lui seul une vraie filiation (cf. fil'n lacis, filii diaboli, vos ex pâtre diabolo estis, et analogues) ; mais le contexte et l'ensemble de la doctrine montrent à l'évidence qu'il ne s'agit pas uniquement d'affinité morale.

(2) Pour plus amples développements, voir en particulier

Les apôtres nous parlent de la vocation chrétienne comme d'un grand mystère caché en Dieu, supérieur à toute conception, que peut seul pénétrer l'Esprit de Dieu qui scrute les profondeurs de Dieu ; il s'agit donc de quelque chose de divin. I Cor. II, y-i'i ; cf. Eph. i, i5, srjq. ; m, 17, sqq. ; Coloss. i, 10, scjq; 26, sqq.

Ils la représentent comme une adoption, comme une filiation divine. Non seulement Dieu nous pardonne ; mais il nous fait ses enfants, et il veut que nous l'appelions notre père. A l'esprit de crainte qui convient à l'esclave succède l'esprit d'amour, l'esprit filial. Par nature, nous étions esclaves ; par grâce, nous sommes enfants de la maison, héritiers du ciel, cohéritiers de Jésus- Christ, avec lequel nous ne faisons, pour ainsi dire, qu'un. Eph. 1 et 11, passlm. ; Galal. iv, '1 , sqq. ; Rom. VIII, i/i, sqq.

Cette union avec le Christ dont nous avons l'admirahle expression dans les paroles mêmes de Jésus, les apôtres ne cessent, eux aussi, de nous la présenter comme la source, le moyen, la condition de toute notre vie surnaturelle.

11 nous est montré comme le nouvel Adam, chef surnaturel de l'humanité régénérée, en face du premier Adam, le chef naturel de l'humanité terrestre

ScHEEBEN, Dogmatique, t. lit, Hc In trarlTiction fran'^aisc, n. 624 sqq.

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et mortelle ; comme le type idéal de tout prédestiné, comme notre paix avec Dieu, comme notre frère premier-né, comme notre vie même. Deux images surtout sont chères à saint Paul, qui montrent, avant tout, les relations du Christ avec son Eglise, mais qui, du même coup, indiquent ses relations avec chacun de nous. Jésus est le Chef, l'Eglise est le corps mystic[uc, et nous sommes les membres de ce corps, vivant de la vie du chef et ne faisant qu'un seul tout avec lui ; Jésus est l'Epoux, et l'Eglise est l'épouse, donc aussi chaque âme fidèle. On entrevoit, sans qu'il soit besoin d'y insister, ce qu'il y a sous ces images de sublimes et admirables réalités. Toute cette vie surnaturelle, par Jésus, en Jésus, avec Jésus, est ordonnée au bien suprême « que l'œil n'a point vu, que l'oreille n'a point entendu, que le cœur de l'homme ne saurait concevoir », à la vision face à face de ce Dieu « qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a jamais vu et ne saurait voir » par ses propres forces.

Saint Pierre enfin donne sur ce sujet le dernier mot, et, sans doute, le plus profond que nous puissions non pas comprendre, mais entendre en quelque façon, quand il désigne la vocation chrétienne et les biens précieux que Dieu nous fait par Jésus comme une participation à la nature divine, divinœ consortes nafurœ. Voilà le mot qvi

68 >ATL"RE ET SURNATIUEL

explique et notre j&liation divine, et notre communauté avec Jésus et par lui avec le Père, et notre \ie ne faisant qu'un en quelque sorte avec celle de Jésus, et notre destination à partager la gloire dont jouit au ciel le Fils unique qui est dans le sein du Père, à voir Dieu face à face et à le connaître comme il se connaît lui-même. Quoi d'étonnant à toutes ces divines merveilles, si nous participons à la nature divine, si nous avons en nous quelque chose de divin ?

Ce je ne sais quoi de divin en nous, que nous nommons couramment la grâce sanctifiante, saint Jean nous le représente comme un germe divin (IJoan. [ht, g). C'est bien la même pensée que dans saint Pierre, mais avec une idée accessoire, celle d'une vie qui commence, qui n'est pas développée encore. Dès à présent, nous dit le disciple bien-aimé, nous sommes enfants de Dieu ; mais notre développement futur, on ne le voit pas encore. C'est quand il apparaîtra que nous lui de- ^iendrons semblables en le voyant comme il est (I Joan., m, 1,2). Ainsi la grâce n'est pas la gloire encore, c'en est le germe. Nous avons en nous la vie divine ; mais cette vie n'aura qu'au ciel son plein épanouissement.

D'ici là, c'est la transformation laborieuse du vieil homme en Thomme nouveau, c'est l'cfîort pour former Jésus en nous, pour mettre notre ac-

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tion à l'unisson du principe divin qui doit l'animer, pour iu'vre ce que nous sommes. C'est là, on peut dire, le fond de la morale chrétienne, et ce qui la distingue essentiellement de la morale naturelle. Saint Jean l'inculque avec grande insistance en tout ce chapitre m. et toute son épître eu est imprégnée. Saint Paul y revient sans cesse, sous une forme ou sous une autre. Saint Pierre, dans le passage même où il parle de ce consortium dioinœ naturœ, y rattache toutes ses exhortations à fuir le monde, à éviter le péché, à vivre en chrétiens.

Les écrits des apôtres sont pleins de ces grandes pensées (i). Mais ce qui précède donne le principal, et met suffisamment en relief, avec l'indication d'un être surnaturel en nous, les différents traits qui caractérisent ce surnaturel.

(i) Quelqu'un s'étonnera peut-être de ne pas trouver ici la comparaison de la greffe, si souvent emplovée pour donner l'idée du surnaturel enté sur la nature. Cette comparaison est, en effet, très juste et très belle. Mais, au sens qui nous occupe, elle ne paraît guère dans l'Ecriture. Saint Paul l'emploie, il est vrai, et en un sens qui a d'étroites analogies avec celui-là. Mais ce qu'il a en vue directement, c'est la substitution d'un peuple à un autre, de la race des croyants à la descendance charnelle d'Abraham. Cf. Rom. XI, 17-34. Le complantati (cjjijlç'jto'.) de Rom. yi, 5, se rapproche davantage de la notion que nous étudions, mais n'est pas peut-être très concluant.

Ces hautes idées, qui sembleraient si peu accessibles, étaienl familières aux premiers fidèles ; elles pénétraient en eux de toute part et comme par tous les pores : les rits de l'initiation, la mort mystique et la résurrection du baptême, les jours d'enfance avec les blancs vêtements, le mot même de néophyte, qui en disait tant, le monde nouveau qui s'ouvrait, toute cette atmosphère d'idées nouvelles et d'usages nouveaux^ ces ruptures avec le passé et ces recommencements de tout, les leçons de l'apôtre et le langage de l'évêque à ces petits enfants qu'il venait d'engendrer au Christ, tout enfin leur faisait sentir et toucher ces réalités ineffables, marquées par les termes sacramentels de rénovation, de régéaération , de nouvelle créature ou d'homme nouveau, de temple ou de maison spirituelle, d'effusion du Saint-Esprit dans les cœurs, de vie nouvelle en et par Jésus-Christ, d'enfant de Dieu et d'héritier du ciel (i).

(i) L'Office de sainte Agnès est i^lein de cette idée, soit

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Aussi les saints Pères — et les plus anciens plus encore peut-être que ceux qui vinrent après —

qu'il représente Jésus Epoux de la vierge, la prévenant do son amour, la revêtant d'une robe magnifique, la parant de pierres précieuses, lui mettant au doigt l'anneau de l'alliance ; soit qu'il parle en termes m}sléricux du signe que l'Epouse lui a mis au front pour qu'elle n'ait pas d'autre amant que lui, du miel et du lait qu'elle a reçu de sa bouche, du sang de Jésus qui orne ses joues. Sainte Lucie exprimait les mêmes idées quand elle disait que les bons chrétiens avaient en eux le Saint-Esprit.

Ce qui est plus inattendu peut-être, c'est de les retrouver chez un de nos poètes du xvi^ siècle, Charles Fontaine. Il s'adresse à son nouveau-né:

Jean, petit Jean, viens voir co tant beau monde... Viens voir le tout à souhait et désir.

Mais si le monde est beau, l'enfant est bien pauvre :

Petit enfant, peiis-tu le liienvenu

Etre sur terre, où tu n'apportes rien ?...

Petit enfant, tu viens bien pauvrement.

C'est ici que la foi intervient et que la pensée se relève, fière et grande :

De ton honneur ne veuil plus être chiche. Petit enfant, de grand bien jouissant.

Tu viens au monde aussi grand, aussi riche Comme le roi et aussi florissant; •Ton héritage est le ciel splendissant ; Tes serviteurs sont les anges sans vice ; Ton trésorier c'est le Dieu tout puissant ; Grâce divine est ta mère nourrice.

-j1 NATURE ET SURXATLRnL

supposent-ils ces notions et s'y appuient-ils sans cesse. C'est au point que saint Justin et sainl Irérée, sans parler des autres, ne voient plus l'àme, pour ainsi dire, qu'à cette lumière, et en viennent à regarder cet élément surnaturel — qu'ils appellent TTvsùjjia ou 7Tv=j[jL'a-:'./.ôv, à cause de sa relation étroite au Saint-Esprit spécialement présent dans les baptisés — comme ne faisant qu'un seul tout avec l'âme elle-même : ce qui les rend inintelligibles à quiconque veut les étudier sans se mettre dans l'hypothèse de ces réalités surnaturelles. Les Pères en parlaient donc, quand l'occasion se présentait, comme de choses connues et familières. Ils furent amenés par les hérésies à en relever quelques aspects spéciaux.

Contre les rêveries panthéisliques des Cnostiques et des Manichéens, ils maintinrent la distinction de la nature divine et de la nature humaine, et ils montrèrent que cet élément divin qu'ils reconnaissaient dans l'homme, nous l'avions par grâce et par la communication du Saint- Esprit : saint Justin est déjà très précis à cet égard. D'autre part, quand il fallut maintenir et prouver contre les Ariens ou les Macédoniens la divinité du Fils ou du Saint-Esprit, ils tirèrent un parti admirable des notions courantes sur la déification de l'âme par le Fils ou le Saint-Esprit. Le Fils et le Saint-Esprit, disaient-ils, nous sont

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montrés comme vivifiant et sanctifiant par leur présence et par la communication d'eux-mêmes à l'àme qu'ils vivifient et sanctifient. Donc, l'un et l'autre est Dieu ; car Dieu seul est vivant et saint de façon à être vivifiant et sanctifiant.

Ces considérations amenaient à mettre en relief ce qu'il y a de divin dans cette sanctification de l'àme, dans cette opération surnaturelle du Saint- Esprit en nous ; elles amenaient aussi à insister sur la communication de la personne divine plus que sur l'étude, moins directement pratique, de l'élément divin par lequel notre âme est divinisée. Enfin, les Pères employaient diverses comparaisons pour donner quelques idées de ces réalités ineffables : celle du fer plongé dans le feu et devenant feu lui-même ; celle de la boîte à parfums, qui non seulement est embaumée, mais qui contient le baume lui-même, etc.

Comparant, d'autre part, l'homme divinisé par la grâce et le \erbe incarné, ils montraient la différence entre Jésus fils de Dieu par nature (/.a-à -vJT'.v), et l'homme son fils par adoption (x2-à (iiT.'/j ; Tun d'une manière essentielle et inamissible. l'autre par participation. Ils montraient de même la différence entre le Saint-Esprit, saint par essence, et les hommes qu'il sanctifiait en se communiquant à eux.

Ces distinctions faites, ils aimaient à revenir sur cette divinisation de l'homme. Rien ne leur montrait mieux la grandeur et la bonté du Créateur. Rien, à leurs yeux, ne rendait mieux compte de VIncarnalion. Est-ce trop, disaient-ils, que Dieu se fasse homme, quand cette condescendance divine aboutit à faire de l'homme un Dieu ? Et ils ne tarissaient pas sur cet « admirable commerce... oii le Créateur du genre humain prend un corps... et naît dune \ierge, pour nous faire part, en Amenant comme homme, de sa propre divinité (i). »

On peut suivre dans Scheebcn le développement de ces belles idées par des textes bien choisis — depuis Irénée, qui « en fait le pivot de sa théologie » , jusqu'à saint Cyrille d'Alexandrie, qui plus peut-être que personne a insisté sur cette divinisation de l'homme, corrélative, en quelque sorte, à l'Incarnation d'une personne divine qu'il mit si vigoureusement en relief contre Nestorius (2).

On trouve la même doctrine chez les Latins, et très fréquemment exprimée. Il semble pourtant

(i) Paroles tirées de l'Office de la Circoncision et de la Purification. On voit par là combien est étroite, dans la pensée de l'Eglise et des Pères, la relation entre l'ordre surnaturel et l'Incarnation du Verbe. Ils parlent de ce qui est en fait. Il ne suit pas que celte relation soit essentielle et absolue, ni qu'elle dût être la môme en toute hypothèse.

(2) ScHEEBEN, Dogmatique, t. III, n. fi'y'i srjrj.

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que, d'ordinaire, exception faite des Pères chez qui l'influence grecque est plus visible (saint Ambroise, par exemple, et saint Pierre Ghrysologue), l'expression de ces grandes réalités a quelque chose de moins concret, pour ainsi dire, et de moins physique. Non pas que la théologie occidentale perdît jamais de vue notre transformation en Dieu par la grâce ; mais sa tendance eût été peut-être à regarder plutôt la rectitude morale et les relations d'amitié avec Dieu que la participation même de l'être divin, si l'influence grecque et celle de la théologie mystique (lesquelles vont d'ailleurs ensemble) n'avaient ramené sans cesse l'attention sur la réalité sublime qui est à la base de cette union morale entre l'âme et Dieu.

Deux hommes surtout, dont les œuvres furent de bonne heure connues en Occident, ont été les agents de cette influence : le mystique Denis, et Maxime le Confesseur ; on peut y joindre, si l'on veut, Jean Damascène. Ces maîtres trop peu connus de la pensée théologique, précurseurs de la scolastique et déjà scolastiques par le fond de la méthode, recueillirent et exprimèrent, avec un sens profond des choses et avec une singulière intensité, la doctrine traditionnelle sur ce sujet. Les Latins s'en inspirèrent, et quelques-uns y joignant leurs propres expériences mystiques, lis arrivèrent eux aussi à donner de celte déification de l'homme

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des descriptions qui ne le cèdent en rien à ce qu'avaient dit les Grecs. Qui ne connaît les paroles de saint Bernard sur l'âme déifiée par l'amour : semblable à la goutte d'eau qui, perdue dans le vin, prendrait, sans cesser d'être ellemême, le goût et la couleur du vin ; semblable au fer plongé dans le feu qui, tout en étant encore du fer, semble devenir loul feu, avanl même substance mais avec autre forme, autre gloire, au Ire action ?

Il est vrai, Bernard et les mystiques parlent ainsi de l'amour mystique ou de l'amour même du ciel. Mais ce qu'ils disent de notre transformation en Dieu vaut pour toute vie surnaturelle, pour toute âme en état de grâce. La Aie mvstique, en effet, qu'est-ce, sinon la vie de la grâce devenant consciente, connue expérimentalement ? Et la vie du ciel, qu'est-ce, sinon la vie de la grâce, épanouie, parfaite, arrivée au terme de sa lento et obscure évolution ?

Et précisément cette unité de la vie surnaturelle, cette identité notamment de la vie mystique

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