CHAP. II. L IDEE DU SURNATUREL
avec la vie de la grâce, n'a pas été sans agir sur la formation de l'idée du siu'naturel. Les mystiques, en effet, ont une certaine expérience des même réalités surnaturelles qui sont en nous par la grâce même et des vertus qui l'accompagnent, de l'amour ineffable des trois personnes divines et de leur présence spéciale dans l'âme en état de grâce; et c'est justement dans cette expérience du surnaturel que consistent, semble-t-il, les états mystiques. De là vient que les mystiques ont pour décrire ces choses des expressions non pas plus exactes, mais plus vivantes et plus concrètes, que les formules de la théologie : ils trouvent pour en donner l'idée des analogies et des images imparfaites sans doute, et qui peuvent parfois induire en erreur, mais les plus aptes, en somme, et qui suppléent le mieux à l'expérience même de la réalité.
On comprend quelle ressource il y a là pour la théologie. Ainsi le théologien peut prendre contact avec la réalité; et c'est toujours un grand bien. Tel mot de saint Bernard ou d'un moine inconnu du moyen âge sur le silence de l'âme en la présence de Dieu, sur la louche divine au plus intime de l'être, sur le mystérieux passage de Dieu comme d'un éclair dans la nuit profonde, en fait plus entrevoir que toutes les formules abstraites, et sert singulièrement à vivifier les formules.
Souvent aussi les mystiques, même quand ils
yS NATURE ET SURNATUREL
ne disent pas des choses inexactes, les disent inexactement, ce qui fournit aux théologiens l'occasion de préciser, de distinguer, de dégager ce qui est juste et vrai de ce qui ne l'est pas — le tout à l'avantage de la science et de l'idée. Mais surtout ils montrent ces réalités si belles et si sublimes qu'ils donnent le désir de les étudier. Et quand la mystique est traitée par des théologiens comme saint Bonaventare ou saint François de Sales, on comprend combien cette comparaison qu'ils font sans cesse des données de la foi avec celles de l'expérience est favorable à la science du surnaturel.
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La scolastique ne laissa rien perdre de ce que lui léguait la tradition ; elle ordonna le tout, elle systématisa, elle éclaira la question par ce que lui donnaient la philosophie et la raison ; elle unit ce que saint Augustin avait dit de la grâce et de l'intégrité parfaite de noire nature selon l'intention du Créateur avec ce qu'avaient dit les Grecs sur le don surnaturel et divin qui élève notre nature au-dessus d'elle-même, en la rendant participante de la divinité ; elle regarda la question à la fois du côté