‹ Nature et surnaturelChapitre 27 sur 89 · CHAP. IV. — LE SLRXATUUEL ET LA. >ATLTRE I · texte numérisé non relu

CHAP. IV. — LE SLRXATUUEL ET LA. >ATLTRE I

utile d'y insister encore. Il y a, en effet, sur ce point de la coopération de la nature à l'acte surnaturel une différence capitale entre Catholiques et Protestants. Je ne parle pas uniquement de la liberté niée ou affirmée. Ce n'est là qu'une applition particulière d'une conception plus générale.

Pour les Protestants, la nature humaine est essentiellement viciée et corrompue. Il ne saurait donc rien en sortir que de vicié et corrompu. Et dès lors toute coopération de l'homme à l'acte surnaturel est impossible. L'homme ne peut être que l'instrument inerte et passif : tout ce qui viendrait du fond de la nature serait en opposition avec l'acte à produire. Luther n'avait-il pas dit « que le libre arbitre, quand il fait ce qui est en lui, pèche mortellement » ? N'avait-il pas dit que « plus l'homme essaye de se disposer à la grâce, plus grièvement il pèche » ;* L'homme, répétaient-ils de toute part, ne peut pas plus coopérer à l'action de la grâce qu'une borne ou une bûche.

La position catholique est tout autre. Sans doute, nous reconnaissons que l'homme « n'a de son fond que le mensonge et le péché » : le libre arbitre est de lui-même impuissant à toute œuvre surnaturelle. Mais nous ajoutons que sous la motion divine, dans les mains de l'ouvrier divin, nous agissons nous-mêmes, et répondons nous-mêmes à la

touche divine. L'œuvre surnataielle n'est pas de Dieu seul, elle est de Dieu et de nous, tout entière de Dieu, tout entière de nous, de Dieu comme cause principale, de nous comme cause seconde ( i ). Et ainsi Dieu et Thomme s'unissent pour produire ensemble cet acte à la lois humain et divin, l'acte surnaturel. On ne saurait y faire, autrement que par abstraction, la part de Dieu et la part de l'homme, celle de la nature et celle de la grâce ; car cet acte est un et simple : tout ce qui est de Dieu est aussi de l'homme, et tout ce qui est de l'homme est aussi de Dieu. Sans doute, il faut dire qu'il est de Dieu en tant qu'acte surnaturel cl de nous en tant qu'acte vital ; mais c'est l'acte surnaturel qui est vital, et c'est l'acte vital qui est surnaturel ; rien de surnaturel qui n'y soit vital, rien de vital qui n'y soit surnaturel. Ainsi nous trouvons dans l'acte surnaturel non seulement cette conlinuité de la nature et du surnaturel qnc l'on cherche vainement dans je ne sais quelles notions d'exigence ou d'appétit ; c'est plus

(i) On sait qu'il y a sur le mode de notre coopération à l'œuvre divine des divergences notables entre les écoles catholiques. Mais ces divergences portent sur l'explication du fait et sur le jeu de l'action humaine sous l'action divine, non sur le fait même de la coopération. Nous ne donnons ic[ que ce qui est admis par tous les catholiques, la doctrine même du Concile de Trente.

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que r«/i/o/2, c'est l'/t/i/Ve des deux principes dans un même effet, un et simple.

Enfin le surnaturel domine et Iransforme la nature, sans rien détruire. Il s'empare peu à peu de nos énergies naturelles, les ordonne vers Dieu et vers Jésus, les dirige toutes en ce sens. C'est au point que les principes d'action ne sont plus les mêmes, et que les tendances de la nature sont toutes changées. Au lieu d'agir par amourpropre, par intérêt, par vanité, j'agis par amour de Dieu et du prochain ; au lieu d'agir en vue de moi, j'agis en vue de Dieu. Bref, selon l'énergique expression de saint Paul, ce n'est plus moi qui vis, c'est Jésus-Christ qui vit en moi. Je vise à rendre mes actes conformes aux siens, parfaits comme les siens, à penser comme lui, à juger comme lui, à aimer ce qu'il aime et comme il aime, à vouloir ce qu'il veut et comme il le veut ; à ne plus agir que par les motifs qui le faisaient agir lui-même, par le pur amour de Dieu et du prochain. Cette merveilleuse union à Jésus, cette transformation en lui est le fond de la vie chré-

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tienne : elle en est le commencement et elle en est la perfection consommée. La morale chrétienne, l'ascétique chrétienne se ramènent là tout entières.

Mais, remarquons-le, il y a là transformation, divinisation de la nature ; il n'y a pas destruclion. En n'aimant plus que Dieu et tout le reste en lui et pour lui, en ne faisant rien que pour lui, je n'enlève rien à mes puissances d'aimer ou d'agir ; je les épure, je les élève, je les fais toutes converger vers la fin la plus noble.

Il y a des degrés dans cette transformation de la nature et dans celle domination du surnaturel. Dans l'enfant qui vient de recevoir le baptême, il y a déjà cette vie divine de la grâce, il y a les vertus et les dons surnaturels, principes des actes surnaturels ; mais tout cela reste à l'état stalique : ils y sont comme s'ils n'y étaient pas. Ils ne commenceront à entrer en acte qu'avec le développement de la vie naturelle. Et même, c'est la vie naturelle qui semble avoir le pas : vie purement animale d'abord, mais avec des lueurs de raison, et ces premières lueurs sont très précoces.

Quand commence la vie surnaturelle ? Je ne sais ; mais ce ne peut guère être dans l'enfant, que sous la suggestion du dehors, quand la mère a donné au petit chrétien les premières notions de Jésus et du monde surnaturel. Il est sûr que le premier acte méritoire a dû être un acte délibéré.

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et que cet acte, pour être surnaturel et méritoire, a dû être préparé, en quelque façon, par des lueurs de foi, par des excitations et des attraits surnaturels.

Dès les débuts, c'est la lutte entre la nature et la grâce : elle ne cessera qu'avec la vie. Souvent peut-être la grâce sera vaincue, et Dieu devra se retirer tristement du temple qu'il avait si magnifiquement orné pour lui-même, laissant la place au péché, c'est-à-dire à la ruine et à la dévastation, aux hôtes des ténèbres et aux passions dégradantes.

Cependant Dieu peut rentrer, et, chose merveilleuse, quand il rentre, il ramène avec lui toutes les richesses surnaturelles accumulées par l'âme avant sa chute et follement dissipées par le péché. Si alors on le laisse faire, il relève peu à peu la nature elle-même, il guérit les blessures, il rend les forces perdues, il renouvelle la jeunesse. Quand l'âme est docile à la grâce, la grâce prend de plus en plus possession de l'être tout entier, elle devient de plus en plus maîtresse dans la maison. Heureux état où l'homme n'agit plus, pour ainsi dire, que sous la motion du Saint-Esprit, où ce n'est plus nous qui vivons mais Jésus-Christ qui vit en nous !

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