‹ Nature et surnaturelChapitre 3 sur 89 · GH\P. I. L\ CO>CEPTIO\ CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

GH\P. I. L\ CO>CEPTIO\ CATHOLIQUE

Mais je veux aller, clans ce cours, au fond même de la question, étudier avec vous les données catholiques si souvent mal présentées sur la nature et le surnaturel, regarder bien en face ce qu'est notre état présent, en quel sens nous sommes des êtres déchus, jusqu'où la nature et la grâce sont ennemies, et ce que signifient les recommandations ascétiques, si familières à nos oreilles, de combattre la nature, de fuir le monde comme un ennemi, de lutter contre nous-mêmes et de nous mortifier.

Il ressortira de cet examen, entre autres conclusions, que ce que nos adversaires présentent comme la doctrine catholique est en fait la doctrine de Luther et de Calvin, à tout le moins celle de Baius ou de Jansénius, et que. par conséquent, si leurs raisonnements prouvaient quelque chose, ils ne le prouveraient pas, en tout cas, contre les catholiques. Il ressortira aussi que l'ascète et le prédicateur, en nous criant : « Mortifiez-vous, renoncez-vous, réfrénez vos passions », ne fout que dire, en un langage moins flatteur mais moins équivoque, et qui prête moins à l'illusion : « Développez votre vraie nature, ne laissez rien périr en vous des bons germes que Dieu y sema, soyez libres ».

Essayons pour aujourd'hui de nous faire une première idée de la question.

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Le problème peut se poseï' ainsi : « Quel est, suivant la conception calliolique, l'état naturel de l'homme? est-ce celui d'Adam, est-ce le notre?)) Gela, il est à peine besoin de le dite, n'a rien à faire avec les rêveries de Rousseau sur un prétendu état de nature qui serait le contraire de l'état social, ^ous n'avons pas à démontrer ici que l'homme est un élre nalurellement sociable, ne pouvant vivre et se développer normalement et complètement que dans la société, qu'il est, pour employer le langage du vieil Aristote, u un animal politique ». Il s'agit de tout autre chose. Nous nous demandons si l'état naturel de l'homme, son état normal, celui qui suffît aux exigences et aux aspirations légitimes de la nature, est l'état d'Adam ou le nôtre. La position même de la question montre assez que nous parlons dans l'hypothèse chrétienne, dans l'hypothèse de la révélation. Nous croyons ce que la foi nous enseigne sur l'état bienheureux du premier homme dans le paradis terrestre, et sur la perte de ce bienheureux état par la faute de notre premier père. Que nous

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ayons raison de croire cela, ce n'est pas le lieu de le démontrer, et s'il y avait quelque incroyant parmi ceux qui m écoutent, il doit, s'il veut comprendre quelque chose à la suite de cette leçon, se mettre lui aussi, au moins provisoirement, dans l'hypothèse du paradis terrestre et de la chute originelle.

Ces préliminaires posés pour écarter tout malentendu, revenons à notre question : <( L'état naturel et normal de l'homme, suivant la conception catholique, est-ce celai d'Adam tel que nous le connaissons par la Bible; est-ce le nuire? » En autres termes, l'état bienheareux d'Adam était-il dû à la nature humaine, comme sont dus à un enfiint l'amour de ses parents, l'entretien, l'éducation, la part à tous les biens de famille, de sorte que Dieu n'eût clé ni bon, ni juste, ni sage, s'il avait créé le premier homme autrement que dans cet état bienheureux? Ou bien, au contraire, cette amitié divine, cette exemption de toute peine, cette immortalité, cette soumission parfaite des appétits inférieurs à la raison, cette royauté sur la nature, tous les privilèges de l'état primitif que le péché d'Adam nous a fait perdre, étalent-ils de purs effets de la libéralité divine, des dons gratuits d'un ordre supérieur, ajoutés par pure bonté aux dons naturels que Dieu ne pouvait refuser à l'homme dès lors qu'il voulait le créer? Dieu enfin

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cûl-ilpu créer riioinme mortel, passible, à peu près comme nous le voyons aiijourd'hni, sans aucun des privilèges de l'élal primitif? lùU-il pu le faire sans manquer ni à sa sagesse, ni à sa justice, ni à sa bonté, moins libéral seulement qu'il ne lui a plu de l'être, mais ni injuste, ni cruel, ni peu sage? Dire oui, c'est dire que l'état d'Adam n'était pas proprement l'état normal et naturel de l'homme, ce à quoi il avait droit comme homme ; mais un état privilégié, surnaturel, comme sérail, pour employer le langage des temps qui ne sont plus, d'un enfant qu'un roi aurait un jour rencontré sur la route, amené à sa cour, traité en lils et en héritier.

Et voyez la conséquence. Si l'état d'Adam était son état naturel, la perte et la privation des privilèges de cet étal sera une diminution de l'homme en ce qui lui est essentiel, une vraie mutilation, une corruption de la niture dans le sens propre des mots. Si cet état était un état privilégié, dépassant toutes les exigences et les aspirations de la nature, la perte de ce bienheureux état sera sans doute un grand malheur; mais enfin, l'homme réduit à ce qui lui est strictement du comme homme, sans rien de plus, sans rien de moins, reste un homme encore, el un homme complet. C'est l'enfant dont nous parlions tout à l'heure, que le roi s'est vu obligé de renvoyer à son village et à ses troupeaux, parce qu'il n'avait pas ce qu'il

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