CHAP. I. LA CONCEPTION CATHOLIQUE
faut pour faire bonne figure à la cour, plaire au roi, et partager avec lui les soins du gouvernement.
Et vous entrevoyez déjà que d'autres questions se rattachent h cette première question ; et comment les réponses sont liées entre elles et se commandent Tune l'autre.
On se demande sans cesse : « L'homme nait-il bon ou mauvais? » « Il naît bon », disent les uns ; « il naît mauvais et corrompu », reprennent les autres. — Si la bonté et les perfections d'Adam étaient une bonté et des perfections naturelles, des propriétés nécessaires de la nature humaine, il faut dire que la nature privée de cette bonté et de ces perfections est, en elle-même, viciée et corrompue ; l'homme naît mauvais, et cela à ne regarder que sa nature : il n'a pas la perfection et la bonté qu'il doit avoir comme homme. Mais si ces perfections et cette bonté étaient quelque chose de supérieur, où la nature n'eût aucun droit et ne put légitimement aspirer, l'homme qui naît privé de ces perfections et de cette bonté supérieures naît mauvais, si vous voulez, mais en un sens purement relatif, par comparaison avec l'état meilleur auquel il était destiné en fait ; à ne regarder que la nature et ses légitimes exigences, il naît bon. — à peu près comme du vin qui contient moitié d'eau est mauvais comme vin, mais peut être excellent comme boisson.
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On se demande encore si l'homme a on non tonte sa liberté naturelle. La réponse dépend toujours de celle que l'on donne à la question de l'état naturel de l'homme. [Si l'élat nalnrcl csl celui d'Adam, dont la liberté échappait aux influences des ap[iclils sensibles qui fonl perdre à la nùlrc son équilibre, et l'inclinent vivement d'un côté ou de l'autre avant que la voix de la raison se soit fait entendre, après 'même que la raison a nettement prononcé contre les suggestions de la passion, il faut dire que nous n'avons plus toute noire liberté naturelle. Si, au contraire, l'admirable étpiilibre de la volonté d'Adam, son indépendance des passions, ou plutôt sa maîtiise absolue sur elles, de façon qu'il pouvait les exciter, les apaiser, les diriger à son gré, si tout cela n'était pas la condition naturelle de la liberté humaine, mais un don supérieur libéralement accordé comme surplus parle Créateur à son enfant bien-aimé, on pourra dire, à ne regarder que l'ordre essentiel des choses, c]ue l'homme, en perdant les piivilèges de sa liberté primitive, n'a rien perdu de sa liberté nalu relie.
Distinctions et conclusions analogues poui- la question des misères de cette \ie. La douleur, la mort, l'ignorance, l'inclination au ma! ne devaient pas, dans l'intention divine, être le lot de l'humanité ; elles sont donc, en un sens, la conséquence
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du péché. Est-ce à dire qu'elles ne sauraient être la condition naturelle de l'homme ? Oui, si la condition d'Adam était la condition naturelle. Non, si la chute d'Adam n'a eu pour elTct cpie de dépouiller l'humanité des dons gratuits de la libéralité divine, pour la réduire à ce qui eût été, sans cette libéralité, sa condition naturelle.
Enfin l'homme peut-il quelque bien sans la grâce ? SI par bien vous entendez l'acte moral qui nous ordonne à la fin où était ordonné Adam et nous donne droit à la vision divine, à ces biens que « l'œil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, que le cœur de l'homme ne saurait concevoir », il faut répondre non. Si par bien vous entendez l'acte conforme à la nature raisonnable de l'homme et à l'ensemble de ses relations avec Dieu et avec le monde, pourquoi pas, au cas où l'homme aurait gardé, même après la chute, et sa liberté naturelle et les énergies de sa nature ') Même réponse pour les vertus. Si par vertus vous entendez des dispositions, des aptitudes spéciales, d'ordre supérieur et divin, telles qu'Adam les avait reçues de Dieu pour produire ces actes de moralité surnaturelle dont nous parlions il n'y a qu'un instant, il est clair qu'il ne saurait y avoir de vertus naturelles ; mais si la vertu est une bonne disposition de l'âme ayant son germe dans la nature et se développant par la répétition des