NATUnE ET SUIVXVTCUEL
(( Il ne dit pas : Je confesse mes fautes et je demande grâce pour avoir commis l'adultère, pour avoir fait périr Urie. Il prend toute la nature humaine, toute pécheresse... Il ne parle pas de quelques actes ou œuvres mauvaises qu'il ait faites, mais de la matière dont il a été formé, et il dit : La semence humaine, c'est-à-dire la semence dont j'ai été engendré, est toute corrompue par le péché ; l'argile, le limon dont a été fait le vase, ne vaut rien et est condamné, que dois-je confesser de plus? Ainsi suis-je, ainsi sont tous les hommes. La conception, le développement et la croissance de l'homme encore au sein de sa mère, non né encore, avant même cpie nous soyons hommes, tout cela est péché... La cause de ce péché et de la colère de Dieu, c'est que notre chair a été toute corrompue dans le Paradis par le péché d'Adam : elle ne peut craindre Diou comme il faut, ni l'aimer, ni avoir confiance en lui ; elle ne cherche que soi, et n'a pour le prochain aucun amour qui soit pur (i). »
Sa pensée est exprimée avec plus de pittoresque dans les Propos de fable :
(c Le péché originel, après le haptùme, est comme une blessure qui commence à guérir. C'est bien une blessure, mais elle se guérit... Ainsi le péché originel demeure dans les baptisés jusqu'à la mort, mais il y
(i) Voir D' M.vuTiN LuTiiERS Werice, In e'uier das Bedurfniss der Zeit berûcksichtigenden Auswahl, t. IV, p. 20 1- 252. Hambourg, 1827.
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est mortifié tous les jours et sans interruption : la tète est coupée, et il ne peut plus nous condamner nous autres chrétiens, ni nous accuser (i). o
Il s'en expliqua un autre jour par une jolie comparaison toute de circonstance :
« Un jour cpic le barbier lui coupait les cheveux et lui rasait la barbe, il disait au docteur Jonas que le péché originel est dans l'homme comme la barbe. On peut bien la couper aujourd'hui, de sorte cjue le visage est tout lisse, mais le lendemain la barbe repousse. Cette croissance des cheveux et de la barbe ne cesse pas tant que l'homme est en vie. Ainsi le péché originel demeure en nous et s'agite aussi longtemps que nous vivons (2). »
Plus clair encore est un passage de Luther sur le chapitre III de la Genèse :
(( ^ oyez, dit-il, ce qui arriverait si nous tenions la justice originelle non pour chose de nature, mais pourvu! don... surajouté. Si, comme vous le dites, cette justice n'est pas de l'essence de l'homme, ne faut-il pas aussi que le péché qui lui a succédé ne soit pas de l'essence de l'homme (3) ') »
(1) Ibid.,t. lU, p. 58.
(2) Ibid.
(3) Voir Mouler, SjinboUk. 5^ édition. Mavence, i838 § G, p. 73, n" 3.
lu
Quenstedt a recueilli d'autres textes de Luther dans le même sens : Naturain hominis esse peccare, hominis essentiam esse peccatiini, hominis nataram post lapsiim esse mulatam, jieccaUim orifjinis esse id ipsiim cjaod nasciUir ex pâtre et maire, hominem esse ipsum peccntam (i). Matbias Flaccius n'avait plus qu'à soutenir que le péché originel est l'essence même de l'homme.
Mélanchton va moins loin. 11 se contente de dire ceci :
u Tout comme le feu a la propriété de monter et l'aimant d'attirer le fer, ainsi il y a dans 1 homme une propriété naturelle de pécher, ita est in homine natura vis ad peccaiam. n
Ailleurs les protestants semblent se rapprocher des catholiques. Ainsi, dans le Livre de Concorde, certaines formules pourraient être signées par des catholiques ; l'ensemble cependant est loin d'être catholique.
Il peut être intéressant de donner quelques détails à ce sujet, ne fût-ce que pour nous mettre quelque peu en face des documents protestants.
La formule de Concorde, élaborée enfin en iSjy, on sait après combien de discussions, comprend deux parties, YEpitome ou sommaire des doctrines
(i) Voir MôHLER, /. c p. 74.