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triomphale, de miséricorde et de bonté débordante, d'incomparable amour.
Ajoutez la surabondance de grâce duc à cette intervention. Supposons Adam fidèle et sortant victorieux de l'épreuve décisive, l'humanité recevant à titre d'héritage la grâce originelle et les dons connexes : le péché restait possible pour ses descendants, comme il l'était pour lui ; quelquesuns eussent probablement péché. Et quel eût été leur sort? Perte irréparable .^^ Pardon sans satisfaction ou sans satisfaction suffisante? En tout cas, nous n'aurions pas ce divin cmbrassement de la justice parfaite et de la parfaite miséricorde. Et pour ceux mômes qui seraient restés fidèles, y aurait-il rien eu de comparable à ces délicatesses de la Providence surnaturelle, à ces effusions de grâce par les canaux des sacrements, à cette ingéniosité, si je puis dire, de l'amour divin trouvant un remède pour toute maladie, prenant de chaque misère une occasion de triomphe ? Et quelle profusion de grâces, dans la proportion parfaite avec la surabondance des mérites !
Il y a enfin Jésus au lieu d'Adam comme chef surnaturel de l'humanité : nous eussions été solidaires d'Adam pour la réception de la grâce originelle, nous sommes solidaires de Jésus pour tout l'ordre surnaturel. Le Verbe incarné eût-il été, en toute hypothèse, au sommet du monde surnaturel,
en tête de toutes les voies de Dieu sur rimmanitc ? Encore une lois, nous ne savons. Mais il est sûr que notre solidarité avec lui eût été moins parfaite, notre dépendance de lui moins étroite : moindre, par conséquent, notre union avec lui et en lui.
Ces raisons, qu'on ne peut indiquer ici et d'autres du même genre, nous l'ont voir assez combien est fondé le mot de l'Eglise. inirabiUler condidisti, mirahiliLis reforinasti, combien divine a été la magnificence du plan de Dieu, combien belle la restauration ou, comme dit saint Paul, la récapitidation de toutes choses dans le Glirist. A qui voudrait, malgré tout, trouver scandale dans le péché originel, montrons plus en détail la magnifique surabondance de la réparation.
Cette œuvre de réparation a comme un triple aspect. On peut la regarder du côté de Dieu, du côté du démon, du côté de l'homme. Du côté de Dieu. Infini, en quelque sorte, était l'outrage fait à Dieu par le péché originel, infini l'outrage que lui fait chaque péché mortel. Infinie, en effet, est la majesté outragée, et l'on sait assez que l'outrage est d'autant plus énorme que la personne outragée est plus haute et que la distance est 'plus grande
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de l'otTenseur à l'offensé. Mais infinie est aussi la réparation: riiumanilé, en Jésus, rend à Dieu un honneur infini, qui répare surabondamment non seulement l'injure faite à Dieu par le péché originel, mais toutes les injures que lui font tous les péchés du monde. Car quoique limités dans leur être physique, les actes de réparation offerts par Jésus à son Père ont une valeur morale infinie, h cause de J'infinie dignité de la personne qui agit. Du côté du démon. Il ne faut pas dire que le démon eût, à proprement parler, quelque droit sur l'homme, ni qu'il y eût une dette à lui payer, une rançon pour qu'il lâchât l'homme captif. C'est une opinion qu'Origène semble avoir eue, et quelques Pères ont semblé parfois parler dans le même sens. Mais saint Anselme, dans le Ciir Deiis hoino, a parfaitement éclairci la question. Si saint Bernard, dans l'ardeur de sa lutte contre Abélard, n'a pas évité les anciennes confusions de langage, c'est d'Anselme que relèvent les explications des scolastiques : saint Thomas n'est pas moins explicite qu'Anselme (i).
(i) Les historiens protestants du dogme ont Ijeaucoup exagéré, en présentant comme générale, aux premiers siècles, l'erreur d'Origène, et en prêtant un sens faux à des textes qui sont tout au plus obscurs et confus. Cependant unévèquc français a paru leur faire écho naguère pour arriver à conclure que nous devons à la critique moderne
N\TCUE ET SUUNATLUEL
Mais il est vrai que le démon avait triomphé de riiomme ; l'homme était comme en son pouvoir, vaincu et captif. Ce n'était pas une qucslion de droit, c'était une question de fait. Qu'est-ce alors que la Rédemption? >> 'est-ce pas un rachat? Un rachat, oui, et delà captivité du démon ; mais c'est à Dieu qu'est payée la rançon et c'est en vertu du prix payé à Dieu, que Dieu, réconcilié avec riiomme, l'arrache triomphalement à la captivité du démon. Entre Jésus et le diable, il n'y a pas pacte ni compromis ; il y a une lutte à mort d'où Jésus sort vainqueur en mourant, et, triomphant de la mort et du démon, arrache à son ennemi impuissant les âmes que celui-ci tenait captives. C'est cette lutte victorieuse de Jésus contre le démon dont saint Paul évoque à chaque instant
de voir maintenant la rédemption sous un nouvel aspect, en y faisant enfin « intervenir Taniour, l'idée de l'épreuve, une sorte de solidarité gracieusement établie entre Dieu et l'homme ». Mgr Migxot, La mélhode de lu Uiéologic, discoun prononcé à l'Institut catholique de Toulouse le i3 nov. 1901. Cette explication de la Rédemption par l'amour, cette place à l'idée d'épreuve et de solidarité , est-ce bien là « un nouvel aspect » de la question ? N'a-t-on pas toujours dit, depuis saint Paul et saint Jean, dilexit ? L'idée d'épreuve, tentaluin per oinnia, n'est-elle pas au fond de l'ascétisme chrétien, et celle de solidarité à la base même du christianisme ? Peut-être avons-nous mal saisi la pensée de l'éminent iirélat.
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l'idée ; c'est elle que l'Eglise chante magnifiquement dans le Pangc lingiia au temps de la Passion ; elle, qui est rappelée dans la Préface De cruce : ut qui in ligno vincebat in ligno quoque vinc?/"e/a/". Et Jésus, ainsi victorieux, inaugure une ère nouvelle, de "\icloire pour l'humanité, jusque-là vaincue et captive ; de défaite pour le démon, jusque-là vainqueur et maître tvrannique des âmes.
Du côté de l'homme. Jésus nous réconcilie avec Dieu ; il renoue les liens entre le ciel et la terre ; il rouvre les chemins par où descend la grâce, par où remonte vers Dieu l'humanité priante et sanctifiée : Jésus nous arrache à la captivité du démon ; il ferme les portes do l'enfer et ceux là seuls y passeront désormais qui voudront les rouvrir par leurs propres fautes. L'homme recouvre les dons perdus ; il n'a qu'à les prendre, par les moyens dont nous dirons un mot dans la suite. Il les recouvre, les uns pleinement et en réalité: ainsi la grâce et les dons surnaturels, c'est-à-dire le principal; les autres, en partie, en principe, en espérance : ainsi la maîtrise sur ses passions, qui commence ici-has dans la pratique des vertus, et qui sera parfaite au ciel ; ainsi la victoire sur la mort et la souffrance, qui commence dès ici-bas pour les chrétiens, même quand ils souffrent et quand ils meurent, par l'élévation de leur âme au-
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dessus de la lerrc, dans les régions où ils contemplent Jésus vainqueur de la souffrance et de la mort, et qui sera complète au jour de la résurrection glorieuse.
Et qui dira combien parfaite est celte réparation, combien nombreux et puissants les moyens mis à notre disposition par le divin Réparateur ? L'Iiomme avait été frappé dans l'intime, la ré[iaration pénètre jusqu'à l'intime. Aux principes profonds d'orgueil et de sensualité qui viciaient tant d'actions dont ils élaient l'àrne, se substitue l'amour de Dieu et du prochain, se substituent l'humilité et l'abnégation germant de l'amour et s'épanouissant en amour. Voici en Jésus l'idéal de vie morale à la fois le plus haut, le plus accessible, le })lus entraînant. Avec la lumière, voici la force : avec la loi nous montrant ce qu'il faut faire, la grâce qui nous aide à le faire. A coté de la loi, les conseils qui la parent, et qui en assurent la parfaite observation. Près de l'àme, soumise aux touches directes de la grâce, en rapport immédiat avec Dieu par les actes de foi, d'espérance et d'amour, des canaux de grâce et des remèdes toujours à portée : sacrements qui donnent ou qui rendent la vie surnaturelle, sacrements qui l'augmentent, tous guérissant peu à peu, comme des remèdes bienfaisants, les traces du péché dans notre être infirme et blessé. Tout cela dans l'atmosphère lumi-
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neuse et vivifianle, de l'Eglise, avec des niaitres à la doctrine lumineuse, avec des médecins de l'âme, qui savent manier les remèdes préparés par Dieu, qui savent prescrire au malade et à quiconque désire la santé parfaite le régime liygiéni([ue et fortifiant de l'ascétique chrétienne. L'œuvre réparatrice du Christ s'étend à tout l'homme, jusqu'à ce qu'elle en ait fait, si l'homme n'y met ol)stacle, un nouvel Adam, oii Dieu règne en maître, disons mieux, un nouveau Christ, calqué sur l'incomparable modèle, et partageant avec lui, dans la mesure où il le reproduit en lui-même, les complaisances du Père céleste.
Et toute cette œuvre se ramène à Jésus, se résume en Jésus ; Jésus en fait l'unité, il en est la clef de voûte. A la base, la foi en Jésus, au sommet l'unité en Jésus ; comme moyens, la grâce donnée en vue de Jésus, donnée surtout par les sacrements qui sont comme les canaux par oii s'écoulent les grâces acquises par le sang de Jésus. C'est la magnifique théologie de saint Paul résumant en Jésus la foi chrétienne, l'ascétique chrétienne, l'amour chrétien.
Dans cette œuvre, Marie a sa part, près de Jésus. Non seulement elle est le chef d'œuvre de la rédemption, l'idéal de l'humanité régénérée, celle en qui, et en qui seule la réparation a eu tout son cU'et, combien beau et magnifique ! Mais elle y coo-
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I)èreavec sonfils Jésus. Gomme Eve est avec Adam dansl œuvre deruineetpoury lemplirun rôle actif, Marieest avecJésusdans l'œuvre de reslauralion. Ce n'est paselle qui nous sauve, c'est Jésus ; mais Jésus veut avoirsa mère indissolublement unie à lui. Non seulement elle coopère de loin à notre rachat en nous donnant celui qui doit nous sauver ; elle y coopère directement et prochainement. Et sa coopération ne se borne pas au premier acte du grand œuvre, à l'Incarnation ; elle s'étend à tout, à la Rédemption par la mort de Jésus en croix, à la distribution des grâces, qui font en chacun de nous l'œuvre rédemptrice, à notre salut enfin, qui est le terme et le but final de la réparation. Ce n'est pas le moment d'expliquer ces grandes et douces vérités, encore moins d'en faire la preuve (i). Il fallait les signaler cependant, pour avoir une idée juste de l'œuvre rédemptrice, et de la façon dont la revanche est complète, Dieu voulant que la femme, première victime du démon et par là cause de ruine pour l'humanité entière, ait aussi sa part dans la grande victoire de Dieu sur le démon.
(i) Le P. J. B. Terrien a traité ces (juestions en maître dans ses deux volumes sur Marie mère des hommes, Paris, Lethielleux, 1902. Voir aussi un mémoire sur Marie, mère de grâce, présenté au Congrès mariai de Frihourg, 1902, rejDroduit dans les jE'iudes, mars 1908, et tiré h part chez Retaux.
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On ne peut parler de notre réparation sans qu'aussitôt une question se pose : l'Incarnation était-elle nécessaire pour défaire l'œuvre du diable et refaire riiuuianité ;' Y fallait-il un Dieu-IIonimc, et fallaitil que ce Dieu- Homme mourût pour nous racheter '}
C'est la grande question traitée par saint Anselme dans un ouvrage célèbre, dans le Ciir Deiis hoino, Pourquoi l'Incarnation ? Beau livre, certes, et l'un des plus puissants clTorls de la pensée catholique, de la foi qui cherche à comprendre. Anselme y voudrait faire une sorte de démonstration chrétienne a priori, c'est-à-dire sans recourir à l'histoire ni à l'autorité, par le simple examen philosophique des choses ; et par là son œuvre ressemble un peu à d'autres essais tentés de nos jours, lesquels d'ailleurs en dilTèrent profondément par la méthode et par le choix des points de départ. Anselme veut démontrer à un infidèle, qui ne sait rien de l'Evangile, rien même de l'Eglise chrétienne, que rien ne s'explique sans Jésus-Christ et que Jésus-Christ seul explique tout. Voici en gros son argumentation.
Le péché est dans le monde, c'est un fait.
aGO NATUUE ET SLU^.VTLUEL
Anselme va même jusqu'à prendre le péché originel comme un fait donné, peu importe d'ailleurs par quelle voie. Mais le péché, c'est la ruine de l'homme et de toutes ses espérances, le péché originel, commun à toute l'humanité, est la ruine de l'humanité tout entière, à moins d'une expiation suffisante et proportionnée au péché. Il laut donc que l'humanité périsse, ou il faut une expiation. Mais Dieu ne saurait laisser périr l'humanité tout entière. Car il faut que lenomhre soit complet des hienheureux, qui doivent être chacun comme une pierre de la cité céleste, où rien ne saurait manquer, où tout doit être parfait — et cenomhre ne sera complet, dans le plan divin, que par la substitution de l'humanité aux Anges rebelles, pour occuper les places laissées vides par ceux-ci. D'autre part, aucune créature n'est capable d'expier lùt-ce un seul péché. Car la réparation olîerle par une créature est nécessairement finie, et il y a dans le péché quelque chose d'infini. Il fallait donc une réparation infinie, et pour avoir une réparation infinie, il fallait que Dieu le Fils se fît homme, olTrant comme homme à son Père l'hommage infini qui seul répondait à la malice infinie du péché.
Anselme montre très bien qu'il y a dans l'outrage fait à Dieu par le péché quelque chose d'infini, et que par conséquent un Ilonnne-Dieu pou-
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vait seul expier dignemenl pour le péché. S'ensuitil que l'Incarnation fût absolument et strictement nécessaire? Non, et il n'est pas sûr qu'Anselme ait voulu affirmer cette nécessité stricte et absolue. Quoi qu'il en soit, il faut affirmer la gratuité absolue de rincarnation. Dieu ne la devait ni à sçs perfections infinies, ni à l'humanité misérable ; c'est une œuvre toute de miséricorde et d'amour, et si la sagesse y rekiit merveilleusement, comme y reluisent la puissance et la justice, aucun de ces attributs ne l'exigeait : Dieu pouvait, sans y manquer, choisir un autre plan que celui de l'Incarnation. Il pouvait laisser l'humanilé à son état misérable, ou il pouvait la relever et lui rendre ses bonnes grâces sans exiger un paiement rigoureux de la dette.
Il pouvait la laisser à elle-même^ déchue à jamais de l'ordre surnaturel, sans grâce, sans espérance de voir Dieu face à face. j\près tout, ce n'était que la laisser sans les privilèges auxquels elle n'avait nul droit. Dans ce cas, c'eût été la damnation pour tous ; mais non au sens plein où nous entendons le mot dninnalion. Il n'eût pas dépendu de l'homme de se remettre dans l'ordre surnaturel, d'aspirer à voir Dieu face à face, de vivre ici-bas cette vie divine de foi, d'espérance et d'amour, qui s'épanouit comme naturellement dans la vision béatifique. En ce sens, il eût été
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damné. Mais il restait libre, a\ec la providence naturelle, que Dieu eût substituée en ce cas à la Providence surnaturelle, d'atteindre sa lin d'être raisonnable en accomplissant ici-bas son devoir de créature. Il ne dépendait pas de lui d'être fils ni héritier des biens paternels ; mais il pouvait être le lidèle serviteur, qui, le jour venu, reçoit la récompense de ses travaux. Cette récon^spense eût été une sorte de béalilude naturelle, dans la connaissance et l'amoiu- de Dieu, tels qu'ils peuvent con- Aenii' à l'autre \ic. Ce n'eût pas été le ravissement dans la vision face à face ; mais ce n'eût pas été non plus ni la peine du dam, telle que la font l'inimitié divine et l'horrible aversion qui retourne l'àme contre la beauté, contre la bonté, contre la justice infinie, contre Dieu enfin ; ni la peine du sens, qui est comme naturellement due à ceux qui ont cherché indûment dans la créature la satisfaction qui ne se trouve qu'en Dieu, et qui, en quelque sorte, ont fait de la créature leur fin dernière. Dieu pouvait pardonner, relever rhomme à l'état surnaturel, lui rendre ses bonnes grâces, sans exiger de réparation, ou sans exiger une réparation égale à l'offense. Je ne dis pas que Dieu pouvait pardonner à l'homme, sans repentir, sans conversion, sans démarche aucune de la liberté humaine : cela ne paraît guère convenir à la justice divine, ni à son horreur infinie du péché, ni à la