CHAP. A'III. — LA- RÉPARATION
difTérence que les œuvres mettent naturellement entre les méchants et les bons. Mais il pouvait se contenter de ce que l'homme était capable de lui offrir, la contrition prévenue par la grâce, le retour du cœur qui a entendu l'appel miséricordieux du Père céleste, et qui se jette à ses pieds en disant comme l'enfant prodigue : « Mon Père, j'ai péché contre le ciel et contre vous ». Dans ce cas, tout eût pu se passer à peu près comme à présent. Nul n'eùl payé pour nous, ou du moins n'eût payé autant que nous devions. Mais Dieu, par pure bonté, eût pu instituer quelque chose comme un sacrement de baptême pour effacer le péché originel, quelque chose comme le sacrement de pénitence pour effacer les péchés actuels, d'autres canaux de grâce encore ; à côté ou à défaut de sacrements proprement dits, produisant la grâce ex opère operalo, il y aurait eu les actes surnaturels faits avec la grâce prévenante et disposant l'âme à recevoir soit la grâce sanctifiante, soit une augmentation de cette même grâce. Tout se fût donc passé ou aurait pu se passer à peu près comme dans l'état actuel. La seule différence eût été celle-ci : maintenant nous vivons des mérites de Jésus, alors nous aurions vécu de la seule miséricorde de Dieu, débiteurs éternels qui n'ont rien à offrir ni pour attirer le bienfait, ni pour en témoigner leur reconnaissance.
ayo NATURE ET SURNATUREL
Ces deux liypollièses sont possiljles ; elles auraient pu èlre la réalité. Mais Dieu a trouvé mieux dans les trésors infinis de sa puissance, de sa sa gesse et de sa bonté. Il a voulu l'Incarnation ; il « a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique ». Et l'on comprend déjà combien magnifique devenait ainsi la réparation.
Mais à supposer l'Incarnation, plusieurs hypothèses sont encore possibles. Jésus pouvait nous sauver par un seul acte d'amour et de réparation, offert au nom de l'humanité coupable, comme Adam nous avait perdus par un seul acte de désobéissance. Ce seul acte de Jésus avait une valeur infinie ; il suffisait donc à réparer non seulement pour le péché originel, mais encore pour tous les péchés actuels de tous les hommes passés, présents, à venir. Dieu a voulu autre chose ; il a poussé à l'extrême son amour en poussant à l'extrême sa justice, il a choisi la réparation par la mort de Jésus en croix. En fait, c'est donc sur la croix que s'est opérée noire rédemption ; c'est là que se ramène toute l'œuvre de Jésus : ce qui précède la prépare, ce qui suit l'achève.
Admirables sont aux yeux du croyant les con-