CHAP. VIII. LA REPARATION
Jésus-Christ. Aucune grâce, depuis la chute, n'a été faite à l'humanité que pour Jésus et en vue des mérites de Jésus. Mais cela ne veut pas dire que les hommes, avant la Rédemption, fussent ahandonnés à leur misérahlc sort. Jésus-Christ était hier, comme il est aujourd'hui et comme il est ]iour jamais. Le fleuve de grâce qui coule du Calvaire ne descend pas seulement vers les âges qui ont suivi ou qui suivront, il remente le courant des siècles, amenant jusqu'à Eve et Adam les attraits prévenants qui les ont conduits au repentir, à la réconciUalion avec Dieu, au recouvrement de la belle robe qu'ils avaient follement déchirée, comme il atteint, au seuil même de l'Incarnation, l'àmc immaculée de Marie pour la couvrir et la défendre des moindres atteintes du péché sans excepter le péché originel. Dieu donnait la grâce en vue de la Rédemption avenir, comme il la donne en vue de la Rédemption accomplie : il donnait à crédit, ce qu'il donne à présent sur présentation du prix. Ainsi l'influence du Christ s'est fait sentir avant comme après la Rédemption ; moins abandonnement sans doute, mais assez pour que nul n'ait été privé des avances divines ; et ces avances, s'il Y voulait répondre, devaient avoir pour effet de le conduire à la justification et au salut.
Ceci nous amène à la seconde question, celle des infidèles. Ceux-ci ont-ils leur part, évidem-
mcnl 1res restreinte, mais ont-ils quelque parla la Rédemption du Christ i^ Reçoivent-ils, en vertu des mérites de Jésus^ les grâces strictement suffisantes. Il faut répondre oui, bien que la cliose ne soit pas définie par l'Eglise. Comment expliquer celai' La difficulté vient de ce que la foi, au moins implicite, au Christ, à rinlervention de Dieu dans le monde, à la Providence surnaturelle se révélant à nous en quelque façon, semble être à l'entrée du monde surnaturel comme la porte j>ar où Jésus vient à nous pour que nous puissions aller à Jésus. Il est vrai, il faut la foi ; mais qui nous dira combien ont eu et peuvent avoir encore cette foi, même parmi ceux qui n'ont pas vu la grande et pleine lumière de la ré\élation chrétienne '} Va si beaucoup — il faut bien croire, en effet, que c'est le cas de beaucoup — si beaucoup n'arrivent pas même à cette foi strictement sufii santé, qui peut dire sans parti pris que la f^\ute n'en est pas à eux, mais à Dieu ? Il y a dans la Providence surnaturelle et dans les voies de Dieu sur les Ames des mystères que nous saurons aux jours des grandes révélations ; mais nous en entrevovons assez pour croire que Dieu ne manque à personne, qu'il n'oublie personne parmi ceux que Jésus a rachetés de son sang, et que nul n'échappe complètement aux rayons de lumière et de chaleur qui parlent du Calvaire.